La journaliste reprend le siège occupé par Anne-Sophie Lapix. Elle ne rempilera pas à la matinale de France Inter la saison prochaine.
France Télévisions a décidé d’accélérer. Après la volte-face de Caroline Roux, qui a finalement décliné la présentation du JT de 20 heures de France 2, Léa Salamé va reprendre le flambeau, a annoncé le groupe audiovisuel public. Elle remplacera à ce poste Anne-Sophie Lapix, qui doit quitter ses fonctions le jeudi 26 juin. Sonia Chironi prendra sa suite jusqu’au 10 juillet, puis ce sera Julien Arnaud jusqu’à l’arrivée de Léa Salamé.
« Nous sommes heureux de pouvoir compter sur son talent et son lien fort avec le public pour porter haut, avec l’ensemble de la rédaction, notre exigence pour le grand rendez-vous du “20 Heures” », a déclaré Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions jeudi, aussitôt après la signature du contrat avec la journaliste. « Grande journaliste et figure du service public, Léa a porté ces dernières années de grands rendez-vous démocratiques et citoyens et a incarné avec talent la couverture des Jeux de Paris 2024. Depuis deux ans, elle renouvelle les samedis soir du service public avec “Quelle Époque !” », a vanté la dirigeante.
Conséquence, Léa Salamé va arrêter la matinale de France Inter, qu’elle anime depuis onze ans aux côtés de Nicolas Demorand. Âgée de 45 ans, la journaliste a annoncé à la direction de France Inter « son souhait de quitter la matinale pour de nouveaux projets professionnels », a déclaré la station dans un communiqué. « Son histoire avec France Inter n’est pas terminée », a toutefois ajouté la directrice de la radio, Adèle Van Reeth, évoquant des discussions autour de « nouveaux projets pour l’avenir ».
« Léa Salamé a tout intérêt à se retirer de la matinale de France Inter maintenant, alors que les audiences sont au plus haut, confie un expert des médias. C’était le moment de passer à autre chose », poursuit-il. « Le JT de 20 heures n’était pas l’option qu’elle préférait, glisse une source au fait du dossier. Elle a sans doute négocié le fait d’avoir les mains libres pour moderniser le format et l’incarner davantage. L’idée, quoi qu’il en soit, n’est pas de se glisser dans les pantoufles de sa prédécesseure. Elle a trop de caractère pour ça, elle imposera sa marque », assure cette source. « Léa Salamé va rentrer dans un cadre très normé et un environnement très exigeant », tempère-t-on du côté de la rédaction de France Télévisions.
À l’origine, Léa Salamé n’était pas partante pour récupérer le JT. « Elle a accepté à la condition de conserver la présentation du magazine “Quelle Époque !”», chaque samedi en deuxième partie de soirée sur France 2, confie une source proche du dossier. Peu avant, « elle avait reçu une proposition de la part du groupe CMA Media, propriétaire de BFMTV, que peu de gens auraient refusée », glisse un bon connaisseur du dossier.
« Un très joli coup de la part de France Télévisions, décrypte l’ancien dirigeant d’un groupe audiovisuel privé. L’état-major du service public pousse une stratégie cohérente. » « D’abord, il s’offre une vraie marque, très puissante et ultra-tendance actuellement au sein de l’écosystème médiatique, abonde-t-il. Offensivement, c’est plutôt bien joué vis-à-vis de son concurrent TF1. Ensuite, alors que Delphine Ernotte se positionne comme la possible patronne du futur holding de l’audiovisuel public, mettre Léa Salamé à la tête du JT de 20 heures c’est une manière de réaffirmer la logique de synergies et de passerelles éditoriales entre télévision et radio publiques. » « Et accessoirement, badine-t-il, c’est peut-être pas mal d’avoir dans son groupe la femme du prochain président de la République. »
Léa Salamé est en effet la compagne de l’eurodéputé et leader de Place Publique, Raphaël Glucksmann, qui figure parmi les candidats potentiels de la gauche pour la présidentielle de 2027. Ce lien, d’ailleurs, devrait la conduire à se mettre en retrait des sujets politiques et soirées événementielles si Raphaël Glucksmann se lançait effectivement. « Pour l’instant, il n’est pas candidat, balaye-t-on chez France Télévisions. Et puis l’on ne va pas réduire une femme à ce que fait son mari ! » Une certitude : les politiques l’attendront au tournant sur cette question.
Ce choix, toutefois, interroge. La journaliste est souvent perçue comme clivante alors que la grand-messe du « 20 Heures » impose en principe de rassembler un public le plus large possible. Surtout, la moyenne d’âge des téléspectateurs du JT de France Télévisions dépasse les 60 ans. « Depuis qu’il a été rallongé, ce JT est de toute façon en perte vitesse. Recruter Léa Salamé envoie un signal fort », estime un observateur des médias. À une époque où l’offre de programmes est devenue pléthorique, « elle apporte une vraie distinction », analyse-t-on au sein d’une société de production.
« C’est une professionnelle de l’information, qui pourrait impulser une forme d’énergie sur le plateau du JT, estime un acteur de l’audiovisuel. Mais elle n’a pas non plus le profil d’une journaliste très proche des Français. Au-delà de l’effet de curiosité qu’elle suscitera, quelle sera sa marque sur le JT ? Et quid du grand écart entre un format sérieux, rigoureux, comme le JT et la présentation d’une émission d’infotainment le samedi soir ? Cette configuration est totalement inédite. Est-ce que l’on peut être deux personnes différentes et crédibles de la même manière ? », interroge-t-il. « Sans doute que son rôle au sein de “Quelle Époque !” évoluera un peu. Léa Salamé est avant tout une journaliste, qui a aussi des talents d’animatrice », glisse-t-on à France Télévisions.
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