Afrique économie – La difficile mise en application de l'accord de l'OMC pour lutter contre la surpêche

Le poisson est la première source de nutrition pour près d’un Africain sur trois. La pêche pourrait représenter plus de 20 millions d’emplois directs et indirects sur le continent d’ici la fin de la décennie. D’où l’importance de protéger les réserves de poissons, aujourd’hui menacées par la surpêche. En 2022, les membres de l’Organisation mondiale du commerce se sont mis d’accord pour mettre fin aux subventions aux pêches les plus nocives. Mais sa mise en œuvre s’avère compliquée…

Il aura fallu près de 25 ans de négociations aux membres de l’Organisation mondiale du commerce pour parvenir, en 2022, à un accord sur la fin des subventions à la pêche. En septembre dernier, deux tiers des membres l’ont officiellement ratifié, ce qui a permis son entrée en vigueur. « Historique, souligne la directrice générale adjointe de l’OMC, Jennifer Nordquist. C’est la première fois que nous avons un accord qui se concentre à la fois sur l’aspect économique ET sur la question de l’environnement. L’idée est de lutter contre les subventions néfastes alors que 35 % des réserves mondiales de poissons sont déjà menacées par la surpêche. »

Depuis, 120 des 166 membres de l’OMC l’ont adopté, ce qui veut dire qu’ils se sont mis d’accord sur un premier volet concernant l’interdiction des subventions les plus nocives : celles qui, de fait, encouragent la pêche illégale ou non déclarée. Pour aller plus loin, il faudra parler aussi des subventions au carburant ou sur les bateaux, souligne la numéro 2 de l’organisation : « Le chronomètre est lancé, les membres ont 4 ans pour s’entendre sur le deuxième volet de cet accord. En cas d’échec, même la première partie de l’accord pourrait tout simplement disparaître », avertit-elle.

À lire aussiMadagascar: à bord avec les Vezo, pêcheurs itinérants menacés par la surpêche

« Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires »

Les négociations se poursuivent donc en coulisses. En attendant, l’OMC aide ses membres à faire respecter l’accord. « Nous avons mis en place un système d’aide financière à destination des économies les moins développées, explique Jennifer Nordquist à RFI. Cela a par exemple permis au Ghana de travailler avec les organisations de pêche locales pour lutter contre la pêche illégale. »

Mais les choses ne vont pas assez vite pour le docteur Arvin Boolell, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue de la République de Maurice : « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires en développement : cela met une énorme pression sur nos pêcheurs et entraîne l’épuisement des réserves de poissons. C’est pourquoi nous demandons à l’OMC de mettre en œuvre des mesures de suivi et de surveillance. »

« Certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d’être soutenus »

Son homologue et voisin, Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue des Seychelles, voudrait, lui, qu’on prenne mieux en compte les spécificités des États insulaires. « De mon point de vue, certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d’être soutenus, particulièrement dans notre cas : quand on parle d’artisans pêcheurs locaux qui contribuent à la sécurité alimentaire de leur communauté », soutient-il.

Une aide publique qui, selon lui, n’a pas forcément besoin d’être financière. Cela peut passer par la mise en place d’infrastructures ou une aide logistique à l’échelle locale. 

À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles

Source du contenu: www.rfi.fr