Les taxis prévoient de manifester toute la semaine contre le projet de l’Assurance maladie qui instaure un modèle unique pour le transport des malades par les chauffeurs conventionnés.
Plusieurs milliers de taxis ont manifesté lundi à travers la France, à Pau, Amiens, Paris ou Bastia pour protester contre les nouvelles conditions tarifaires du transport sanitaire et la concurrence des VTC.
À Paris, près d’un millier de taxis se sont rassemblés, et des tensions sont survenues en fin d’après-midi pour lesquelles 64 personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police. Quelque 970 taxis étaient présents dans la capitale pour une manifestation nationale contre les nouvelles conditions tarifaires du transport sanitaire et la concurrence des VTC.
Des premiers incidents ont éclaté en fin de matinée avec des pneus et des palettes incendiés sur la voie publique, d’après la préfecture de police (PP) de Paris. Vers 16H00, 250 chauffeurs ont tenté de remonter le boulevard Raspail à pied avec des fumigènes et ont été stoppés après usage de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre, a relaté la PP. Certains souhaitant rejoindre l’hôtel Matignon ont également été bloqués par les forces de l’ordre, a précisé la préfecture, indiquant que 64 interpellations ont été effectuées pour dégradations, violences volontaires et participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences. Selon la préfecture, 532 véhicules étaient encore présents en début de soirée. Au niveau national, la police a recensé 65 actions mobilisant 7.500 taxis.
Un projet approuvé par le gouvernement
Les taxis prévoient de revenir tous les jours cette semaine. Un projet de l’Assurance maladie, approuvé vendredi par le gouvernement dans un arrêté, entend instaurer à partir du 1er octobre un modèle unique sur le territoire pour le transport des malades par les chauffeurs de taxis conventionnés, pour remplacer l’actuelle «usine à gaz», avait expliqué jeudi Marguerite Cazeneuve, la numéro 2 de la Cnam.
L’objectif est de contrôler la croissance des dépenses de transport sanitaire, qui ont atteint 6,74 milliards d’euros en 2024, dont 3,07 milliards pour les taxis conventionnés (avec un bond de 45% depuis 2019). Les taxis seront rémunérés sur la base d’un forfait de prise en charge de 13 euros et d’une tarification kilométrique.
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«25 à 30%» de perte
À Bastia (Haute-Corse), la sortie du port de commerce a été bloquée, selon la police. À Amiens, les taxis ont causé des ralentissements au nord de la ville, selon la préfecture de la Somme. À Montpellier, deux convois ont mené des opérations escargot, vers l’aéroport, la gare TGV ou la caisse d’Assurance Maladie. «Nous ne partirons pas tant que nous n’aurons pas obtenu le retrait de cette convention», a lancé à Paris Emmanuelle Cordier, présidente de la FNDT, revendiquant 3000 manifestants à Paris lundi. «Ça fait des semaines qu’on prévient Matignon (…). On demande à être reçus par les ministres de tutelle (Transports, Intérieur, Santé…) et pas par leurs porte-gobelets», a-t-elle souligné.
Aujourd’hui environ 85% des taxis font du transport conventionné de malades, selon la FNDT. «La convention qui nous a été imposée par la Cnam nous ferait perdre 25 à 30% de notre chiffre d’affaires (…) On va faire de nous des travailleurs pauvres», a lancé Yves Rubicondo, 64 ans, taxi à Pithiviers (Loiret) avec trois salariés, qui dit réaliser 95% de son chiffre d’affaires avec le transport de malades. «La nouvelle tarification sera favorable aux taxis conventionnés dans deux tiers des départements, notamment ruraux», a assuré Marguerite Cazeneuve. Dans le tiers restant, la Cnam veut notamment éviter que les taxis fassent du transport à vide, coûteux, via une coordination avec les hôpitaux pour grouper des patients sur des trajets proches.
«On est envahi par les VTC»
À Pau, de brèves échauffourées ont aussi opposé les chauffeurs aux forces de l’ordre quand les manifestants ont pénétré dans la gare SNCF et jeté des barrières sur les voies. Les taxis ont ensuite gagné, à pied, l’hôtel de ville de Pau pour interpeller symboliquement le premier ministre François Bayrou, également maire de la ville, sans savoir si l’élu était présent dans le bâtiment. «Les taxis ne se sentent pas écoutés, c’est une cause désespérée», a déclaré à l’AFP Rémi, taxi à Bordeaux âgé de 39 ans, disant n’avoir «plus rien à perdre».
Le secteur se dit prêt à discuter, notamment du transport partagé et de «l’optimisation des coûts». Mais il demande le gel du projet actuel, selon lui défini unilatéralement, ne prenant pas en compte par exemple les variations des temps de trajet. De nombreux taxis manifestent aussi contre la concurrence des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), coordonnés par des plateformes comme Uber. «On est envahi par les VTC», a dénoncé à Montpellier Riad Kebairi, l’un des responsables de la compagnie Taxis bleu du Midi, en regrettant un «manque flagrant de contrôle à Montpellier pour mettre fin à cette concurrence déloyale».
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