Top 14 : métamorphose, confiance retrouvée, lutte pour le top 6… Comment Karim Ghezal a redonné du mordant à Lyon

Avant-dernier du championnat début décembre, le club rhodanien est métamorphosé depuis l’arrivée de l’ancien adjoint de Fabien Galthié. Le LOU vise une place en phase finale et un titre en Challenge Cup.

Un électrochoc aux effets spectaculaires. Un réveil impressionnant. Mi-décembre, Lyon est 13e et avant-dernier du Top 14 quand Yann Roubert, le président rhodanien – désormais à la tête de la Ligue nationale de rugby -, fait appel à Karim Ghezal, limogé fin septembre par le Stade Français Paris. Le LOU venait de remercier le Néo-Zélandais Jono Gibbes, qui partageait son temps avec la franchise kiwi des Chiefs et intervenait par… visioconférence. Fabien Gengenbacher, qui était en poste, prend alors un peu de hauteur et reste directeur du rugby.

L’effet est immédiat. Depuis, les Lyonnais, métamorphosés, enchaînent les bons résultats. Fini la sinistrose. Le club a d’abord stoppé l’hémorragie (cinq défaites de rang en championnat) en relançant la machine avec deux nuls en Top 14 et n’a ensuite concédé que trois défaites en Top 14, signant neuf victoires. Et, en disposant avec maîtrise du Racing 92 le week-end dernier, il s’est hissé en finale de la Challenge Cup, une compétition qu’il a déjà remportée en 2022. «Ce que nous faisions avant n’était pas mal mais Karim a amené un peu de sérénité et de confiance collective, détaille le trois-quarts centre Thibaut Regard. Il y a parfois besoin d’un électrochoc, avec un nouvel arrivant.»

Nous parlons d’un effet “Karim”, mais c’est avant tout une prise de conscience collective

Thibaut Regard, centre de Lyon

La méthode Ghezal ? Pas de grands chamboulements du jour au lendemain, à écouter Julien Puricelli, adjoint en charge de la touche. «Il a très peu évoqué la 13e place, regardant vers le haut, mais sur des objectifs atteignables. Cela a enlevé une forme de pression aux joueurs», explique-t-il. Sur le jeu, «il n’y a pas eu de révolution, estime l’ancien troisième-ligne du LOU. Il a insisté sur trois éléments clés, sur des basiques. Cela a amené l’équipe à jouer en équipe.» Et de souligner : «La statistique la plus révélatrice est notre défense qui est la meilleure sur les deux ou trois derniers mois. Ce secteur est un bon baromètre.» 

Aujourd’hui, six équipes se tiennent dans un mouchoir de poche, de Clermont (6e) à Pau (11e) seulement séparés de 4 points. Lyon (8e), est avec Montpellier (9e, +35), la seule de ces six équipes à avoir une différence de points positive (+9). «Sur le terrain, nous ne nous posons pas de questions et on est en action, poursuit le flanker international Dylan Cretin (21 sélections). Il s’agit de faire des bons rucks pour avoir des ballons rapides, de plaquer en bas. C’est très simple, mais si tu t’appliques à faire ça sur le terrain, tu rends le rugby plus facile… Karim y est pour beaucoup car, avec le staff, il a su se focaliser sur des choses très basiques plutôt que de tout révolutionner dans le système.»

Surtout l’ancien adjoint de Fabien Galthié a su redonner confiance à ses troupes. Les libérer du poids des échecs répétés. «Nous parlons d’un effet “Karim”, mais c’est avant tout une prise de conscience collective, reconnaît Thibaut Regard. Peut-être qu’avec un nouveau coach, on en fait un peu plus. Chacun a envie de montrer qu’il a sa place.» Tout en faisant son propre mea culpa : «Nous étions totalement en tort sur le début de saison.»

Selon lui, Karim Ghezal a aussi apporté des «entraînements de meilleure qualité» qui ont permis de relancer la machine : «On commence par une victoire, une deuxième et tu enclenches une dynamique positive avec un regain de confiance.»

Départ tumultueux du Stade Français

L’une des forces de Karim Ghezal – qui a connu de nombreux clubs comme joueur (passé par Béziers, Grenoble, Castres, Montauban et le Racing 92) – est qu’il connaît la maison lyonnaise pour y avoir terminé sa carrière de joueur entre 2014 et 2016 avec un titre de Pro D2 et une accession en Top 14. La réussite du technicien à Lyon tranche avec l’image qui avait été renvoyée de lui après son départ du Stade Français, où il avait été le premier fusible à sauter. Sa collaboration avec Laurent Labit (également licencié par la suite…) a été un échec et , quand il a fallu trancher entre les deux clans qui se disputaient le pouvoir à Paris, c’est l’Anglais Paul Gustard qui l’a emporté. Avec les résultats que l’on connaît (le SFP est aujourd’hui 13e ex aequo avec Perpignan).

«On est arrivé ensemble, j’avais imaginé une collaboration et une organisation. Force est de constater qu’on avait quelques dysfonctionnements, avait déclaré Labit début octobre, avant de sauter à son tour. La gestion d’un staff, des entraînements, la vision du jeu…, il faut être aligné un minimum.» La revanche lyonnaise de Karim Ghezal (jugé trop dur par le vestiaire parisien) tend à prouver que ce n’était pas forcément lui le problème au Stade Français, toujours englué en bas de classement et plus que jamais à la lutte pour le maintien. Alors que le LOU vise, lui, le top 6. Avec un entraîneur qui vient de prolonger son bail dans la capitale des Gaules jusqu’en 2028…

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