«On m’a pris pour un tricheur pendant des années» : qui est Jack Burke, l’ancien cycliste controversé qui bat des records

PORTRAIT – Stoppé par des affaires de dopage et une grave chute, cet ancien professionnel a fait tomber les records d’ascensions mythiques dans l’espoir de convaincre une équipe de lui (re)donner sa chance.

«Je veux me confronter avec les meilleurs et disputer les plus belles courses du monde» : les revendications de Jack Burke sont claires. Inconnu du grand public, ce Canadien de 29 ans a trouvé une façon originale de se construire un nom ces dernières semaines pour se rapprocher de son rêve. Sur l’application Strava permettant d’enregistrer son parcours et sa vitesse via un smartphone ou des capteurs GPS, le cycliste amateur de 29 ans empile les records KOM (King of Mountain) dans des ascensions mythiques pour attirer l’œil des recruteurs. 

Tout est parti d’un heureux hasard. Frustré par une course amateur ratée, il s’est lancé un défi : «J’ai pris ma voiture sur un coup de tête et je suis allé jusqu’au bas du Stelvio pour me tester», un test plus que concluant puisque le Canadien s’est offert le record détenu par le vainqueur du Giro 2020 Jay Hindley. Après une publication sur ses réseaux sociaux, voyant l’engouement suscité par sa performance, le natif de Toronto ne s’est pas arrêté là et a conquis d’autres records. Ceux de l’Alpes d’Huez en parcourant les 21 virages en 35’56’’ (9 secondes de moins que Sepp Kuss) et le Mortirolo de Vincenzo Nibali (11,85 km à 10,8 % en 43 minutes et 45 secondes soit une minute de mieux que le «Requin de Messine»). Précisons qu’à l’inverse des cyclistes professionnels, les temps du Canadien sont réalisés sur des montées sèches et non après des centaines de kilomètres dans les jambes : «Je ne fais pas beaucoup de virages avant, juste un échauffement rapide et je me lance comme dans un contre-la-montre» précise-t-il. 

S’il a avoué qu’il souhaitait faire une pause, il a déjà plusieurs autres objectifs à l’instar du Sa Calobra à Majorque ou de la Côte de la Madone à Nice. Présenté comme un amateur, Jack Burke est loin d’être un monsieur tout le monde puisque son CV est rempli de plusieurs expériences professionnelles. 

Une affaire de dopage stoppe ses débuts prometteurs 

Jack Burke baigne dans le cyclisme depuis le plus jeune âge, en catégorie juniors, il empile les succès et est promis à une belle carrière. Mais en 2013, lorsqu’il remporte la troisième étape du Tour de l’Abitibi, il est déclaré positif à l’hydrochlorothiazide, une substance dopante. À 18 ans, il met sa carrière entre parenthèses pour se défendre de cette accusation pendant un an et demi : «Je suis passé du statut de meilleur junior du pays à celui de perdant» nous raconte-t-il.

J’ai été accusé à tort et ça a ruiné ma vie

Jack Burke 

Au bout du compte, le Torontois obtient gain de cause devant le Tribunal arbitral du sport. L’eau de la municipalité de Malartic, où il avait rempli plusieurs gourdes, a été contaminée et jugée responsable du faible taux dans son sang d’hydrochlorothiazide, un médicament contre la tension artérielle aussi utilisé comme produit dopant. Mais même blanchi, l’étiquette du tricheur a continué à peser au-dessus de lui. «Je suis l’un des seuls athlètes dans l’histoire du sport, à être testé positif pour ensuite découvrir qu’il n’y a pas de faute, je n’ai rien fait de mal, on m’a pris pour un tricheur pendant des années, j’ai été accusé à tort et cela a ruiné ma vie.»

Un parcours professionnel semé d’embûches

Précédé par sa réputation, entre 2016 et 2018, le Canadien enchaîne les courts contrats professionnels dans des formations de seconde zone (H&R Block, Aevolo, Jelly Belly-Maxxis). En 2019, il décide de quitter son Amérique pour passer un cap dans une équipe européenne et rejoint Leopard Pro Cycling mais rien ne se passe comme prévu et son début de conte de fées se transforme en cauchemar. « Quand je suis arrivé en Europe, je touchais des salaires de 500 euros par mois, j’ai vraiment eu du mal à survivre et à me débrouiller, je dormais dans des granges et ne pouvais pas participer à beaucoup de courses.» 

Pour ne rien arranger, un an après, la crise du Covid-19 a court-circuité ses saisons 2020 et 2021 et l’année suivante, lors d’un entraînement, le Canadien s’est fait renverser par une voiture et a failli perdre la vie. Il se rend compte par la même occasion que son équipe a annulé son assurance médicale plus tôt que prévu sans l’aviser. Tant de facteurs qui mettent prématurément fin à sa carrière professionnelle.

D’autres domaines pour se relancer

18 mois d’hôpital plus tard, il s’est remis sur pied pour entamer sa reconversion et payer ses factures de soin. Le retraité a enchaîné les petits boulots, publié un livre, «How To Become A Pro Cyclist», puis créé un podcast du même nom. Dans le même temps pour faire du pied aux recruteurs, il a entrepris des séries de record sur Strava et disputé la Coupe du monde non officielle du marathon cycliste de 227km, l’Ötztal Cycling, qu’il a remportée à deux reprises en 2022 et 2024. 

Pour l’heure, si plusieurs équipes ont déjà pris contact avec lui, il n’a reçu aucune offre concrète. «J’ai surtout reçu des félicitations de coureurs ou membres d’équipes plutôt que des propositions concrètes». Parallèlement, il a commencé le ski alpinisme, une nouvelle discipline olympique aux Jeux d’hiver de 2026 dans l’espoir d’y représenter le Canada.

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