Nouvelle vie, bande dessinée, handball… Les confidences du jeune retraité Nikola Karabatic

Cinq mois environ après avoir mis un terme à sa carrière lors des JO 2024, le handballeur a pris le temps de se confier sur sa vie de retraité.

À 40 ans, Nikola Karabatic coule désormais des jours heureux, et paisibles. Même si l’ancienne tête de gondole du handball français n’en demeure pas moins très active, et occupée. Ainsi, fin novembre, il était à Tignes pour assister aux Étoiles du Sport en compagnie de nombreux autres champions. L’occasion pour l’ancien joueur du Paris SG d’évoquer les derniers mois passés depuis la douloureuse défaite en quarts de finale des Jeux de Paris 2024, qui a sonné la fin de son immense carrière.

Sa nouvelle vie

«Quand je suis arrivé ici à Tignes pour assister aux Étoiles du Sport, j’ai envoyé un message à mon frère (Luka) et à Mathieu Grébille. Ils m’ont répondu : «Ah, t’as de la chance !» Je leur ai dit : «Oui, c’est sûr que je suis mieux ici qu’à l’entraînement ou en vidéo à préparer le prochain match». C’est incroyable de pouvoir découvrir à 40 ans une nouvelle vie et se réinventer. Je reste toujours au contact du sport, mais d’une autre manière. C’est un vrai privilège. Je suis très heureux, très serein. Je me réjouis aussi de vivre quelque chose de nouveau, de me confronter un peu à l’inconnu, d’apprendre à gérer mon emploi du temps, les sollicitations, voire aussi à me connaître et à découvrir ce qui me fait plaisir en dehors du handball. Cela me permet de sortir de ma zone de confort en allant intervenir dans des entreprises, en utilisant tout ce que j’ai appris lors de ma carrière dans d’autres domaines que le handball.»

Nikola Karabatic aux côtés de Daniel Narcisse
Federico Pestellini / PANORAMIC

Une retraite mûrement réfléchie

«Je m’étais beaucoup préparé à passer de l’autre côté du rideau, à vivre cette petite mort du sportif. Et pour l’instant, ça se passe très bien, je suis content. Le fait d’avoir eu une carrière où j’ai dépassé tous mes rêves, où j’ai vécu tellement de grandes choses, et en ayant l’impression d’avoir bouclé la boucle plus d’une fois, m’aide à partir plus sereinement. Néanmoins, cela reste quand même un challenge de mettre un terme à une vie aussi pleine, aussi passionnante et animée d’une constante quête de la victoire pour passer à autre chose de très différent. Comme je l’ai dit, cela a nécessité une vraie préparation, un vrai travail sur moi.»

Pas le moindre regret

«Je n’ai aucun regret parce que je crois profondément que sans chaque évènement qu’il y a eu durant ma carrière, je n’en serais pas là aujourd’hui, avec cet état d’esprit aussi heureux, aussi apaisé. Je n’ai pas de regret, que ce soit dans ma carrière, sur mes victoires, mes défaites, ou dans ma vie personnelle, dans tout ce que j’ai traversé. Je n’en ai pas parce que j’ai appris, tout m’a fait grandir, et je suis très heureux de la personne que je suis. Bien sûr, j’aurais aimé avoir encore plus de médailles, mais je pense que c’est comme tous les sportifs, on n’est jamais satisfait de ce qu’on a.»

Un retour dans le handball bientôt ?

«Peut-être que dans quelques années, je vais avoir envie d’entraîner, de revenir au contact du monde pro ou du haut niveau, mais aujourd’hui je n’en sais rien. Maintenant, j’ai appris à fonctionner dans le très court terme et à suivre mes envies. Mais si un jour un projet intéressant se présente, je ne ferme pas du tout la porte. La transmission a toujours beaucoup compté pour moi, mais pour l’instant ce côté s’effectue pour moi davantage auprès de la jeunesse et du monde de l’entreprise, que de l’univers purement handball.»

Retour sur la défaite contre l’Allemagne en quarts des JO 2024

«C’était quand même un moment très brutal. C’était la première fois dans ma carrière où je passais comme ça, en quelques secondes, d’un moment où on était en demi-finales, dans la plus grande des compétitions, avec un chemin ouvert vers la médaille, à un terrible bug qui nous plonge en prolongation et vers la défaite. Cela a été assez fou, j’étais totalement abasourdi. J’étais préparé à ce que chaque match puisse être mon dernier, mais là, sur le moment, j’ai eu du mal. Néanmoins, sans doute que je l’ai mieux vécu que les autres parce que je m’y étais préparé, que j’ai peut-être pu relativiser plus vite que les autres. Et puis je n’avais pas le choix non plus puisque je n’avais plus d’autres compétitions qui arrivaient, que ce soit en club ou en équipe de France, pour me servir de cette déception et de cette frustration énorme afin de rebondir et d’aller de l’avant. Je ne voulais pas emporter cette tristesse et cette négativité dans mon après-carrière, parce que là j’aurais vécu avec un blues jusqu’à ma mort. Donc de suite, j’ai travaillé là-dessus pour changer mon état d’esprit, en étant plus positif, en essayant toujours de regarder le verre à moitié plein. Pendant quelques jours j’étais triste, je suis parti en vacances et très vite je me suis concentré sur ma fierté d’avoir réalisé ce que j’avais fait, d’avoir pu vivre mes sixièmes Jeux à 40 ans à Paris, et de terminer devant tout mon public, ma famille, mes amis… Cela a été un moment de dingue, devant 28.000 personnes à Lille, avec ce soutien incroyable.»

Nikola Karabatic, juste après la défaite en quarts de finale à Paris 2024
SAMEER AL-DOUMY / AFP

Sa place dans le Panthéon du sport français

«Quand tu es encore joueur, tu prends toujours le temps de célébrer et d’être fier des victoires, mais très vite tu les ranges dans un tiroir et tu regardes ce qui arrive devant. Quand tu es compétiteur et que tu as envie d’être le meilleur et de marquer l’histoire de ton sport, mais aussi l’histoire du sport français, tu dois toujours aller de l’avant, aux limites de ce que tu peux faire. Il y a un mix entre cette ultra confiance en toi, cette volonté d’être le meilleur et, quand tu sors du terrain, cette humilité toute aussi nécessaire. Je ne me suis jamais considéré meilleur que toutes les personnes que j’ai eues la chance de croiser dans ma vie. Néanmoins, c’est vrai qu’aujourd’hui, je m’autorise plus de temps d’introspection, de regard vers l’arrière et je m’accorde le droit d’être fier de ce que j’ai fait. Mais en même temps j’ai toujours une petite voix en moi qui me rappelle qu’en fait non, ce n’est rien, ce n’est pas parce que tu as accompli tout ça que tu es plus fort, plus intelligent que les autres. Je veux rester le même en essayant de transmettre, d’apprendre et de partager avec tout le monde, parce qu’au final c’est ça le plus beau. Mon palmarès, s’il est source de fierté, qu’est-ce que j’en fais maintenant ? Est-ce que je mets des médailles sur mon t-shirt et je parade comme ça, en donnant des leçons à tout le monde, ou j’essaie justement d’apprendre, de continuer et de progresser en tant qu’être humain ?»

Le sport toujours (omni)présent dans sa vie

«Oui, totalement. J’ai quitté le monde de la compétition, mais pas celui du sport dont je reste fan. J’en regarde beaucoup, je vais voir mes enfants aussi, je fais du sport avec eux, je vais courir, je m’entretiens physiquement, je joue au padel avec d’anciens sportifs. Ici, aux Étoiles du sport c’est génial, j’ai pu reskier avec Alexis Hanquinquant, avec Sacha Zhoya, avec Matthias Dandois, c’est juste incroyable. J’ai aussi fait du hand-fauteuil avec Mika Jeremiasz, c’est top. Je suis passionné de sport, j’aime découvrir d’autres disciplines et je garde aussi du temps pour ma famille, pour moi. C’est hors de question que le sport quitte ma vie.»

Sa présence au départ du Vendée Globe

«L’équipe du Vendée Globe m’a contacté pour savoir si j’étais intéressé d’assister au départ. J’ai grandi au bord de la mer, mais j’avoue mal connaître le monde de la voile, même si j’ai fait de l’Optimist quand j’étais petit à l’école. J’avais rencontré quelques skippers et discuté avec eux sur d’autres occasions, comme Kito de Pavant, mais je n’avais jamais assisté au Vendée Globe. Donc quand ils m’ont proposé de venir, comme j’aime le sport, j’avais envie de découvrir cela. Et encore plus quand ils m’ont proposé de faire la remontée du chenal sur un bateau, avec Damien Seguin en plus dont je connaissais l’histoire incroyable, le parcours, les médailles. Il m’a accueilli sur son bateau, j’ai pu vivre le départ, j’étais à côté de sa famille quand il a dit au revoir, je me suis senti un peu gêné d’être au milieu de tout ça, de ce moment hyper solennel, hyper personnel… Et puis de faire la sortie du chenal, c’était fou avec ces 400.000 personnes, cette ambiance incroyable, cette énergie. C’était vraiment une expérience particulière, qui m’a rappelé la cérémonie d’ouverture des JO où l’on était aussi sur un bateau mais où il pleuvait (rires).»

Nikola Karabatic
Les Etoiles du Sport

Héros d’une bande dessinée

«Je lis beaucoup de livres et je suis fan aussi de bandes dessinées. On m’a beaucoup approché pour faire des livres, des autobiographies mais je ne voulais pas le faire pendant ma carrière. Mais il y avait le côté BD qui me plaisait beaucoup et quand j’ai été approché par quelques éditeurs, je me suis dit pourquoi pas ? C’est un vecteur que j’aime beaucoup, le côté transmission aussi avec les jeunes, à l’image de mes enfants qui commencent à lire des bandes dessinées. D’en avoir une sur le hand, sur notre histoire avec mon frère, je n’aurais jamais imaginé ça si on me l’avait dit il y a 20 ans. C’était génial de retraverser ma carrière, de mettre mon sport en images, en mouvements. Et puis voir mes enfants avec la BD entre les mains, c’est une émotion folle.» (Les frères Karabatic, Edition Casterman)

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