JO 2030 : Edgar Grospiron désigné président du comité d’organisation

L’inoubliable médaillé d’or de ski acrobatique des JO d’Albertville a été nommé ce jeudi à la tête des Alpes françaises 2030. Il sera le relais entre les deux régions et les instances organisatrices.

Tignes, 13 février 1992, le ski acrobatique fait son entrée officielle aux Jeux olympiques. La discipline des bosses s’offre une tête d’affiche intrépide idéale. La France découvre un champion pétillant, espiègle, insouciant. Le jour de la finale, la neige tombe sur le site de compétition, un sourire et une joie communicative réchauffent l’atmosphère. Edgar Grospiron plongé dans une combinaison aux couleurs éclatantes éclaire le rendez-vous, joue avec la foule, fait de l’événement une fête, dompte les grumeaux, aligne les sauts, décroche l’or.

«Quand je me suis levé, c’était une journée fantastique, je me suis dit chaque seconde doit durer une minute, chaque minute une heure. Si j’arrive à ça, j’aurai réussi ma journée. Après le moment le plus intense c’est quand je suis monté sur le podium. Tous les gens qui étaient là, c’était ma famille, des amis très proches. Et quand on m’a appelé, j’ai entendu la Marseillaise, j’ai vu le drapeau monter et j’ai refait le film de ma vie, toutes les décisions que j’avais pu prendre, tout le travail que j’avais pu faire et les choix qui m’ont amené ce jour-là. Sur le podium. C’était très fort», racontera-t-il sur le site des JO.

Quatre ans plus tôt, à Calgary, l’épreuve, dans l’antichambre olympique, figurait en démonstration au programme, le jeune Français avait arraché la médaille de bronze et été conquis par un univers qui ne le quitterait plus. «Ce qui m’a vraiment marqué, c’est la cérémonie d’ouverture, voir tout le monde réuni à la conquête du même rêve ou du même idéal, il y a une espèce de communion qui se fait et tu sens qu’il y a une famille olympique, tu es olympien. Tu comprends le sens de ce mot-là. Ça m’a fait la même chose à Albertville et à Lillehammer (3e pour sa dernière apparition, en 1994).»

Directeur général du comité de candidature d’Annecy pour les Jeux d’hiver 2018

Ensuite, skis rangés, avec un palmarès qui recense des titres de champion du monde (1989, 1991 et 1995) et de lauréat de la Coupe du monde (1990, 1991, 1992 et 1994), Edgar Grospiron devenu conférencier signe un livre «Quand on rêve le monde», préfacé par Jean-Claude Killy. Il confie les outils pour réussir. Dans la vie privée et la vie personnelle, il se promène également dans le monde de la communication (consultant pour France Télévisions et RMC) et du ski (expert pour Salomon ou conseiller de l’équipe de France de ski freestyle). Puis devient directeur général du comité de candidature d’Annecy pour les Jeux d’hiver 2018.

Durant de longs mois, il anime le projet, parcourt les territoires pour apaiser les tensions, proposer la carte des sites, la défendre dans les montagnes, comme dans les sphères parisiennes. Enthousiaste, il racontait : «Nous sommes dans le berceau des sports d’hiver. Beaucoup de choses ont grandi ici. La région, première destination mondiale des sports d’hiver, est mûre. Il y a des enjeux climatiques, économiques, écologiques qui doivent nous permettre de nous réinventer. J’apprends tous les jours dans un milieu où il faut un savoir-faire. Il faut réaliser le grand écart entre tenir en haleine notre public et se déplacer dans le monde pour faire la publicité du projet. Il faut être fort.»

Avant, faute de temps et de moyens, de renoncer, frustré, sept mois avant le vote du Comité international olympique, à Durban, en juillet 2011. L’homme d’affaires Charles Beigbeder prend le relais mais le projet ne parvient pas à séduire. Le vote du CIO se révèle sans appel : Pyeonchang devance largement Munich. Annecy doit se contenter de 7 voix. Une misère. Après Paris 1992, Lille 2004, Paris 2008 et 2012, Annecy 2018 étirait, en dépit de ses atouts, la liste des déceptions olympiques pour une France en mal de Jeux depuis… Albertville 1992. Paris 2024, puis les Alpes 2030 viendront sécher les larmes et prouver l’attachement de la France aux JO. D’été et d’hiver.

A 55 ans, Grospiron offre de nombreux atouts

Et Edgar Grospiron retrouve une place de choix. Après le renoncement de Martin Fourcade, les noms de Vincent Jay et Marie Martinod étaient revenus plus régulièrement parmi les candidats à la présidence du Cojop, l’enfant de Haute-Savoie (né à Saint-Julien-en-Genevois) s’est finalement détaché. Prêt à renouer avec le fil d’une riche histoire olympique. A 55 ans, Edgar Grospiron offre de nombreux atouts : son passé de sportif, sa notoriété, la faculté de mobiliser en interne et de faire le lien entre les mondes politique, sportif et économique.

Être le trait d’union entre les deux régions (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) et les multiples acteurs (le Comité national olympique et sportif français, le Comité paralympique et sportif français, Marie Barsacq la ministre des Sports et Pierre-Antoine Molina, le délégué interministériel). Ainsi qu’avec le Comité international olympique. Il a expliqué en présentant sa candidature : « Le soutien de mon épouse était une condition sine qua non de mon accord. Je sais que mes proches (j’ai 4 enfants) seront à mes côtés pendant ces cinq ans.»

« Je ne considère pas que tous les voyants sont au vert. Je prends le projet tel qu’il est »

Le temps est désormais compté. Edgar Grospiron connaît l’âpreté d’un défi étalé sur plus de 500 km, de Nice à La Clusaz qui sera critiqué, ausculté, chahuté. Il lui faudra courber le dos, donner l’impulsion, séduire des partenaires, assembler les compétences et les bonnes volontés, faire converger les spectateurs. Il assure : «Je ne considère pas que tous les voyants sont au vert. Je prends le projet tel qu’il est (…) L’enjeu est simple : nous avons 5 ans pour livrer des Jeux impeccables. D’habitude, il en faut 7. Nous avons 2 milliards d’euros de budget pour le faire. Par le passé, il en nécessitait plutôt 3. La question est de savoir avec qui et comment. Il n’est pas question de remettre en cause le concept d’organisation de ces Jeux qui s’étalent des Aravis à Nice en passant par le Briançonnais. Hier, ce concept aurait effrayé les puristes. Aujourd’hui, on doit en faire une force. Hier la concentration était la clé. Aujourd’hui, la déconcentration est l’opportunité pour une meilleure maîtrise de notre impact sur l’environnement et sur l’économie des stations. »

Avec, dans un premier temps, une carte des sites à affiner et une ambition affichée : «N’ayons pas peur des superlatifs : nous proposerons ce qui fait le succès des Jeux Olympiques à savoir, d’abord et avant tout : des sites exceptionnels, propices à des ambiances phénoménales et à des performances incroyables.» Pour essayer de faire rêver. En 1992, les nuits étoilées de Philippe Découflé avaient révolutionné les cérémonies d’ouverture et de clôture et les Jeux étaient entrés dans la mémoire collective, symboles d’un événement ambitieux, créatif porté par Jean-Claude Killy et Michel Barnier. Un exemple à suivre…

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