Italie-France : plus de pardon aux offenses au jeu

Le XV de France, défait en Angleterre, n’a d’autre choix que de s’imposer à Rome, dimanche. Sous peine de voir certains statuts déboulonnés.

La défaite d’un petit point (26-25) en Angleterre il y a deux semaines a provoqué une cascade de conséquences dont on n’imaginait pas l’ampleur au sortir de ce Crunch, certes perdu, mais par la faute d’une maladresse rare, de quatre occasions d’essai anéanties par des fautes de main inhabituelles. Les Bleus ont perdu, c’est rageant. Et ça peut interroger sur la force mentale de cette équipe qui se met à trembler à chaque rendez-vous décisif, du quart de finale de la Coupe du monde 2023 à un déplacement à Dublin, la même année, lors du Tournoi, en passant par un échec face à l’Écosse au Stade de France en 2021.

Mais ce nouvel échec dans la quête d’un Grand Chelem méritait-il autant de chamboulement ? Fallait-il « punir » Damian Penaud, coupable de ses habituelles improvisations défensives, et son manque d’implication dans le soutien au sol ? Son insouciance, voire sa nonchalance, n’est pas nouvelle. Et, dans la colonne crédit, il y a ses 37 essais inscrits (en 54 sélections) pour n’être plus qu’à une unité du vieux record de Serge Blanco. Il se dit que, lassé de ne pas être entendu, le staff du XV de France a voulu marquer le coup, l’écarter pour le piquer, le faire réagir. Vu le personnage, il n’est pas certain que l’avertissement atteigne sa cible.

« Il n’y a pas de sujet ou de doute concernant son niveau ou son engagement. Mais il y a des moments où nous devons arbitrer  des choix entre différents potentiels. Notre vision porte jusqu’en 2027, avec une volonté de développer l’émulation, la concurrence à tous les postes. Théo (Attissogbe) a démontré de grandes qualités, il apporte des réponses très positives dans le jeu offensif, le jeu sans ballon et le jeu défensif. Il répond à nos attentes », s’est justifié Fabien Galthié en conférence de presse. Le message est limpide. Les cadres ne sont plus protégés et la concurrence s’annonce de nouveau féroce. La menace rôde. À la première contre-performance, direction le frigo…

Dupont prend trop de place

Damian Penaud n’est pas le seul à payer le revers de Twickenham. Matthieu Jalibert en fait les frais également : sitôt titularisé, sitôt remballé. Le résumé de sa carrière depuis cinq ans. Il n’a pas la confiance de Galthié et perturbe, en prenant sa part du jeu, l’omniprésence d’Antoine Dupont. C’est le problème quand le plan de jeu semble de plus en plus se résumer à donner toute latitude à la star du XV de France : s’échapper, servir ses ailiers sans passer par les cases ouvreur ou centres, distiller des petits coups de pied souvent décisifs…

Pour accepter de faire la paire à la charnière avec un tel manitou, mieux vaut en être un familier, un coéquipier sous la tunique toulousaine. À savoir Romain Ntamack. Ou Thomas Ramos, quand le premier cité n’est pas disponible (en l’occurrence suspendu pour le déplacement à Rome). Et tant pis si le choix de replacer Ramos en 10, en profitant du retour du Parisien Léo Barré en 15, effrite un peu plus la confiance de Jalibert sous le maillot bleu. L’automne dernier, il avait préféré rentrer à Bordeaux plutôt que subir à nouveau ce déclassement. « J’ai exprimé un certain mal-être », avait-il avoué. Il ne s’est sans doute pas dissipé avec cette nouvelle mise à l’écart.

Penaud et Jalibert pointés du doigt, donc, priés de retourner à Bordeaux. Mais ce n’est pas tout. Les fameux finisseurs chers à Fabien Galthié n’ont pas fait leur boulot à Twickenham. Ils n’ont pas permis au XV de France de conserver sa maigre avance au tableau d’affichage, égarant trois renvois chèrement payés. Exit, donc, Hugo Auradou et George-Henri Colombe, même pas rappelés à Marcoussis. Mais ce n’est pas tout. Pour remédier à cet apport jugé insuffisant, le sélectionneur tente une grande première pour les Bleus. S’inspirant de son homologue sud-africain, il a constitué un banc de poids lourds, avec sept avants et un seul trois-quarts, le demi de mêlée Maxime Lucu (qui succède à Le Garrec, autre victime de la défaite à Londres).

Contrer le jeu au sol des Italiens

On peut juger la crainte de l’adversaire italien, et de son pack en particulier, un brin démesurée, ou, au contraire, estimer que le moment est bien choisi pour tenter cette expérience, selon qu’on se réfère à la dérouillée infligée aux Transalpins lors de la Coupe du monde (60-7) ou au match nul chanceux (13-13), il y a un an à Lille. « Ce banc est axé sur la conquête avec quasiment deux paquets d’avants.  C’est un choix tactique, lié à l’adversaire très particulier. C’est notre stratégie pour répondre présent dans un secteur clé où les Italiens performent énormément : le jeu au sol. »

Fabien Galthié affiche sa nouvelle méthode. La guirlande aux meilleurs. « Aller chercher le maillot» n’est plus une invitation pour amuser la galerie, façon communication positive. Pour jouer en équipe de France, il faudra répondre à ses attentes. Et le pardon des offenses au jeu ne sera plus guère de mise.

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