Équitation : «Notre modèle est envié dans le monde», les chantiers de Frédéric Bouix, le nouveau président de la FFE

ENTRETIEN – Seul candidat à briguer la présidence de l’instance, l’ancien délégué général de la FFE (47 ans) succède à Serge Lecomte, en poste depuis 2004. En dix points, il trace la feuille de route des chantiers qui l’attendent.

«Une fierté» de devenir le 17e président de la FFE

«C’est une grande fierté d’accéder à ces responsabilités. Je mesure le poids de cette charge, le poids des responsabilités qui vont avec. Je serai le 17e président de la FFE, qui a été créé en 1921. De par mon parcours, j’y suis préparé. J’ai été délégué général de la FFE pendant 13 ans, j’ai occupé différentes fonctions électives ou salariées depuis près de 25 ans. Je pense qu’aujourd’hui, je suis tout à fait préparé à occuper cette fonction avec l’équipe avec laquelle je suis élu.»

L’évolution de la FFE depuis son arrivée

«La FFE a un modèle sportif particulier, on a la présence de l’animal qui conditionne beaucoup de choses dans notre sport. Les établissements équestres, qui sont pour la plupart des exploitations agricoles, sont des installations privées. Il y a tout une gestion du vivant, avec les poneys, les chevaux, du matériel lourd, des infrastructures importantes. Et tout cela avec très peu de soutien de la collectivité. C’est un monde qui est très fortement professionnalisé. L’ensemble des encadrants sont salariés des entreprises, donc on est un employeur important. La Fédération a hérité ce modèle économique du Poney Club de France, dans les années 1980-90, qui a infusé dans la Fédération pour entrer dans le XXIe siècle. C’est ce qui fait aujourd’hui la force de la Fédération. Elle a réussi à développer, sous la présidence de Serge Lecomte (en poste depuis 2004), un véritable modèle de la pratique équestre qui nous est envié dans le monde entier.»

On a un véritable rôle pour accompagner un certain nombre de politiques publiques dans le cadre du soin, de l’insertion, de l’inclusion, de l’accueil des personnes en situation de handicap

Associer pratique en club et sport de haut niveau

«On a aussi dans cette même fédération le sport de très haut niveau, avec les résultats qu’on a pu encore observer aux Jeux olympiques de Paris cet été. Donc on a un équilibre, finalement, entre ce développement de la pratique et le haut niveau. Pendant la campagne électorale, certains m’ont demandé : «Mais alors, ça va être quoi votre priorité, le développement ou le haut niveau ?» La priorité, c’est bien évidemment les deux. C’est un équilibre, il ne faut pas opposer les pratiques. Et si la Fédération, aujourd’hui, fonctionne, et qu’elle a traversé les décennies, c’est justement en maîtrisant l’équilibre entre ces deux grands ensembles : à la fois le développement de la pratique au sein des établissements équestres, et par ailleurs la préparation des sportifs pour aller chercher des médailles au plus haut niveau. C’est assez subtil, c’est ce qui fait la richesse de nos activités.»

Le rôle sociétal de la Fédération

«En plus de cela, la FFE a un véritable enjeu quant à la place du cheval dans la société. Aujourd’hui, on développe bien sûr – comme toute fédération sportive – des missions autour du sport et de la compétition. Mais on a également un véritable rôle pour accompagner un certain nombre de politiques publiques dans le cadre du soin, de l’insertion, de l’inclusion, de l’accueil des personnes en situation de handicap. Et grâce au cheval, on y parvient très bien. Ce sera aussi un enjeu pour demain, pour continuer à positionner le cheval et les activités autour du cheval au sein de ces différentes politiques publiques.»

L’héritage de Serge Lecomte

«Tout d’abord, la Fédération se porte bien. C’est une belle fédération, une grande fédération. C’est une fédération qui est très autonome sur le plan économique, qui n’a pas de dettes. Une fédération qui a un patrimoine avec le Parc Équestre Fédéral (à Lamotte-Beuvron dans le Loir-et-Cher, NDLR), que Serge Lecomte a lancé dès 1994, lorsqu’il était à la tête du Poney Club de France. On va dire que les voyances sont au vert. J’ai eu la chance de collaborer avec Serge Lecomte pendant près de 20 ans, dont 13 ans en tant que délégué général. Nous avons eu une grande proximité ces dernières années dans la conduite de la Fédération, avec l’ensemble des autres administrateurs. Mais la FFE doit aussi faire face à des enjeux sociétaux nouveaux. Aujourd’hui, on voit qu’on a une situation économique qui se tend dans le pays, en général. Ce n’est pas propre à l’équitation, donc il faudra y faire face. On a un léger recul depuis deux ans de nos nouveaux pratiquants, des primo-accédants, des gens qui découvrent la pratique pour la première fois. On avait déjà eu cet effondrement entre 2012 et 2020, mais on avait eu un très bon rebond après le Covid. On voit qu’on a des petits tassements de l’ordre de 80% sur les deux dernières années. Donc il va falloir être très attentif sur cet aspect-là.»

Il y a une baisse de la démographie de près de 14% en 10 ans, les enfants ne sont pas à l’école, il n’y a pas de raison qu’ils aillent dans les poney-clubs

Chercher un nouveau public

«On est confronté à un aspect qui touche la société dans son ensemble : c’est un sujet de démographie. On avait une véritable cible sur les plus jeunes de nos concitoyens. Et aujourd’hui, avec une baisse de la démographie de près de 14% en 10 ans, les enfants ne sont pas à l’école, il n’y a pas de raison qu’ils aillent dans les poney-clubs. Donc voilà, on va avoir un véritable enjeu là-dessus pour aller chercher des publics nouveaux. Il nous faut consolider les publics que nous avons déjà mais aussi voir comment on peut capter de nouveaux publics pour garder cet équilibre en termes de licenciés. La licence, ce n’est finalement que la conséquence de l’activité des établissements équestres. Il faut veiller à conserver ce niveau d’activité au sein des 6.000 poney-clubs et centres équestres, et plus globalement des 9.500 adhérents de la Fédération.»

Des possibles recours de la liste d’opposition ?

«J’ai eu connaissance de trois recours successifs devant le Comité olympique qui ont tous été écartés, pour des questions de forme et de fond. En tout cas, on a conduit campagne avec mon équipe comme s’il y avait une liste adverse. On ne s’est pas arrêté pour autant, on a continué jusqu’au bout. On a fait près de 40 réunions, un peu plus même, dans toutes les régions. On a été à la rencontre des dirigeantes et des dirigeants pour exposer notre programme. Aussi pour l’enrichir, le compléter, avec des retours que nous avons pu avoir. Aujourd’hui, la situation est ce qu’elle est, ce n’était pas une situation choisie de notre part. On était prêts pour cette campagne et pour diriger la Fédération demain.»

Des attaques personnelles durant la campagne

«J’ai un peu d’expérience. J’ai vécu les dernières campagnes électorales, notamment celle de 2021, où Serge Lecomte avait également été fortement attaqué par ses concurrents. Je m’y attendais. Après, bien sûr, c’est toujours dur à vivre. On ne s’engage dans le monde associatif pour ces motivations-là. En tout cas, je pense que j’avais l’expérience suffisante pour le vivre. Ça a été plus mal vécu par mon équipe, qui avait une forme de jeunesse. Mais j’ai pris le parti de ne pas répondre à ces attaques, en aucune manière. C’était mon mot d’ordre. Je souhaitais une campagne propre et exemplaire, qui ne parle que du fond. On a des convictions et on n’avait rien à se reprocher.»

On doit aussi informer, former, éduquer nos concitoyens aussi à la vie animale. Mais éviter l’anthropomorphisme sur ce que les chevaux peuvent sentir ou ressentir

Perpétuer les bons résultats des JO

«Concernant le haut niveau, on se rend compte que l’équitation est très souvent présente aux rendez-vous olympiques, notamment grâce au concours complet et au saut d’obstacles. On repart sur une nouvelle olympiade, c’est notre enjeu. Il y a eu ce moment très fort avec les Jeux en France, à Paris, avec un grand élan populaire derrière nos cavaliers tricolores. C’était aussi une fin de cycle pour un bon nombre de cadres sportifs. Donc il va falloir reconstruire une équipe, choisir un DTN (Directeur technique national). Reconstruire une équipe de sélectionneurs et d’entraîneurs pour les disciplines olympiques, mais aussi les autres disciplines mondiales. Et puis la première étape, ce sera la qualification pour les JO de Los Angeles en 2028. Et ensuite, bien sûr, le déroulé du reste de l’olympiade. Mais il faut pouvoir aussi revisiter un certain nombre de dispositifs. On avait fini avec de gros moyens sur le haut niveau fin 2024. Ce sera l’occasion de revoir un peu nos fonctionnements, qui correspondent à nos moyens, pour accompagner au mieux le sport de haut niveau. Sachant qu’en termes d’équilibre économique, c’est la pratique de ceux qui ne font pas de compétition qui finance très largement le sport de haut niveau. Mais cela fait partie de notre équilibre.»

La question essentielle du bien-être animal

«Le bien-être animal est un sujet très présent dans l’ensemble de la société. On a la particularité de pratiquer notre sport avec un animal vivant. Il faut avoir en tête que le regard sur la condition animale a évolué. On doit être extrêmement vigilant sur tout ce qui est fait autour des chevaux par l’ensemble des sportifs. Les Jeux olympiques de Paris ont été exemplaires, avec notamment un «welfare officer» (officier en charge du bien-être animal, NDLR) qui a été désigné par la Fédération internationale qui avait un rôle de supervision de l’ensemble des épreuves pour veiller à ce bien-être animal. Ces exemples sont à reproduire au niveau national. On doit aussi informer, former, éduquer nos concitoyens aussi à la vie animale. Mais éviter l’anthropomorphisme sur ce que les chevaux peuvent sentir ou ressentir. C’est le rôle de la fédération, il y a des travaux en cours, des travaux scientifiques. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir un grand nombre de chercheurs sur ce que les équidés ressentent, sur leur mode de vie, sur tout un tas de choses. La Fédération doit surtout former les cavaliers dès leur plus jeune âge. Pour que notre sport véhicule des images positives.»

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