24 Heures du Mans : cinq questions brûlantes avant une édition qui s’annonce grandiose

Ferrari en danger, que vaut la concurrence, Alpine et Peugeot peuvent-ils créer la surprise, la Bop tue-t-elle la compétition et la pluie peut-elle tout relancer ? Le Figaro fait le point avant le départ samedi à 16h00.

Après les qualifications, l’écurie Ferrari est-elle en grand danger ?

Le constructeur italien est invaincu dans la Sarthe depuis son retour en endurance en 2023 et le début de saison a confirmé la mainmise totale du Cheval Cabré sur le Championnat du monde : trois courses, trois victoires (Losai, Imola, Spa). L’équipe est expérimentée, les deux équipages officiels (une troisième Ferrari est engagée sous la bannière de l’AF Corse) sont ultra-performants et les 499P fiables et rapides. Sur le papier, les Italiens qui visent d’abord le titre de champion du monde des constructeurs, couronne qui leur a échappé ces deux dernières années, sont au-dessus du lot. Quant aux qualifications ratées (la première Ferrari est 7e), elles ne sont sans doute pas significatives du réel niveau des bolides transalpins. «Nous ne sommes pas les favoris, mais nous sommes juste parmi les favoris, c’est assez différent», a affirmé Antonello Coletta, le patron de l’équipe. Pas sûr que le dirigeant ait convaincu le paddock. «Ferrari se moque de nous», a lâché Sébastien Bourdais jeudi soir, accusant l’écurie au Cheval cabré d’avoir caché son jeu. Le Manceau (Cadillac) n’est sans doute pas loin de la vérité.

Ferrari reste sur deux victoires de suite au Mans.
LiveMedia / Icon Sport

Qui sont les grands rivaux de Ferrari ?

Le plateau 2025 est exceptionnel avec 21 bolides en Hypercar et la concurrence semble armée comme jamais pour pousser Ferrari dans ses retranchements. Et ce, même si les Italiens ont survolé le début de la saison du Championnat du monde. Toyota, qui avait échoué à moins de 15 secondes de la Ferrari victorieuse l’an passé à l’issue d’une course épique où les six premiers se tenaient en moins de deux minutes, est taillé pour retrouver son trône (cinq victoires entre 2018 et 2022). Davantage que Porsche après un début de saison très décevant de la firme de Stuttgart, voire inquiétant. La surprise pourrait venir de Cadillac qui aligne pas moins de quatre voitures dans la Sarthe ! L’avantage du nombre et les qualifications ont démontré que les bolides américains étaient extrêmement rapides, comme les BMW d’ailleurs, en forte progression. «J’aurais tendance à dire que nous, on sera là, mais tu n’es pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Ferrari a prouvé qu’ils sont forts. BMW et Alpine ont montré qu’ils peuvent vraiment envoyer», a expliqué Sébastien Buemi (Toyota). «Porsche, honnêtement, ils sont là tout le temps. J’ai l’impression qu’ils ont peut-être caché leur jeu jusqu’à maintenant», avance encore le Suisse, dont la n°8 partira seulement 10e. Enfin, Aston Martin, seul constructeur à engager des voitures non hybrides pour son retour dans la catégorie reine, n’a aucune chance. Mais rien que pour le plaisir d’entendre rugir le fabuleux moteur de la Valkyrie, leur présence est un cadeau tombé du ciel. Ne cherchez pas plus loin les chouchous du public cette année, ce seront les fusées vertes !

Alpine et Peugeot peuvent-ils créer l’exploit ?

Au Mans plus que nulle part ailleurs, il ne faut jamais dire jamais mais pour Peugeot, la mission relève de l’impossible. L’écurie du Lion a beau retourner le problème dans tous les sens, la 9X8, mal née, ne progresse pas assez malgré une éclaircie au niveau des performances lors des dernières Six heures de Spa-Francorchamps. Distancées lors des qualifications et écartées de l’Hyperpole cette semaine, les Lionnes semblent un cran en dessous des meilleures voitures, comme l’an passé. En 2024, les 9X8 (11e et 12e à l’arrivée) avaient tourné dans l’anonymat. Les deux valeureux équipages n’ont rien à se reprocher. Chez Alpine, les qualifications ont quelque peu rassuré après des essais en demi-teinte. La marque française progresse pas à pas et pointe au 4e rang du Championnat du monde avec un deuxième podium consécutif cette saison à Spa-Francorchamps après celui d’Imola. Les «Alpinistes» ont le profil de l’outsider après le désastre de l’an passé où les deux voitures avaient lâché avant l’arrivée de la nuit en raison d’un problème moteur. La fiabilité sera-t-elle au rendez-vous cette année ? «Nous avons traversé cette semaine sans encombre malgré l’évolution des conditions. Le plus dur commence maintenant, mais j’ai le sentiment que nous avons bien préparé la course», a rassuré Philippe Sinault, le patron de l’équipe.

Alpine veut rebondir après une édition 2024 désastreuse.
XPB / Icon Sport

La Bop décide-t-elle de tout ?

Rappelons d’abord ce qu’est la Bop de manière schématique. À l’aide de savants calculs (basé pour les 24 Heures du Mans sur les paramètres d’homologation et non sur les performances des courses précédentes), ce système permet de jouer sur la puissance et le poids des voitures avant l’épreuve de manière à réduire les trop grands écarts et placer l’ensemble des voitures dans une fenêtre de performance assez proche. Cette trouvaille a incontestablement permis d’offrir des courses plus serrées et davantage animées que par le passé mais ses détracteurs dénoncent à juste titre une compétition rendue un peu artificielle, au bon vouloir des ingénieurs qui rendent le verdict de la Bop avant chaque course. Le système a toutefois un autre intérêt : il dissuade les constructeurs tentés de se lancer dans une course aux dépenses et à la recherche pour gratter quelques centièmes de secondes au tour. Un bon point.

La direction du Championnat du monde d’endurance on assure que cet outil ne fausse pas la hiérarchie : les meilleurs restent devant, ceux qui ferment la marche bénéficient en revanche d’un coup de pouce indéniable (dans trois secteurs : puissance maximum sous les 250 km/h, gain de puissance au-delà de ce seuil et consommation maximale d’énergie par relais). La Bop étant recalculée avant chacune des manches du Championnat du monde, il est devenu extrêmement difficile, voire impossible, d’analyser avec certitude les progrès d’une équipe par rapport à une autre. Sachez enfin qu’au sein des écuries, la Bop est en permanence sous le feu des critiques (mais personne ne le verbalise officiellement puisque le règlement interdit tout commentaire à ce sujet).

Qui est le grand gagnant de la Bop cette année au Mans ? Aston Martin assurément mais les Valkyries, même aidées, partent de tellement loin qu’elles ne pourront jouer les trouble-fêtes face aux favoris. Les Toyota semblent avoir bien tiré leur épingle du jeu. Elles restent lourdes mais ont gagné en puissance (1053 kg et 12 kW) alors que les Ferrari ont perdu un petit kilo mais ont gagné 7 kW. Même sort pour Cadillac.

La BoP des 24 Heures du Mans
FIA/WEC

La pluie va-t-elle redistribuer les cartes ?

Bonne nouvelle pour les moteurs soumis à très rude épreuve, les températures vont chuter dans la Sarthe samedi (départ à 16h00). La pluie n’est pas annoncée mais la première journée de course se déroulera sous un ciel très chargé (23°C dans l’après-midi). Dimanche, le temps s’améliorera encore un peu plus et le circuit devrait rester sec jusqu’au bout de la 93e édition.

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Source du contenu: www.lefigaro.fr