Le géant français du jeu vidéo fait l’objet d’une plainte pour non-respect du règlement européen sur la protection des données déposée par l’association autrichienne Noyb.
«Imaginez que le bonhomme du Monopoly s’assoit à votre table et prenne des notes à chaque fois que vous voulez jouer à un jeu de société avec votre famille ou vos amis. C’est la réalité des jeux vidéo», illustre Joakim Söderberg, juriste spécialiste de la protection des données, dans un communiqué publié ce jeudi par l’association autrichienne None of your business (Noyb, «cela ne vous regarde pas» en français). L’ONG vient de déposer une plainte contre Ubisoft auprès de la DSB, l’autorité autrichienne de protection des données équivalente à la CNIL.
Concrètement, Noyb reproche à Ubisoft de collecter illégalement les données personnelles de ses joueurs en les obligeant «à se connecter à internet et à ouvrir un compte Ubisoft avant de pouvoir jouer», même s’il s’agit d’un titre conçu pour un seul joueur hors ligne, explique l’association dans son communiqué. S’il existe une option pour bel et bien jouer hors connexion, elle est «cachée», déplore l’association.
Noyb représente un client d’Ubisoft s’étant rendu compte qu’en laissant tourner dix minutes le jeu Far Cry Primal, près de 150 connexions étaient établies avec des serveurs externes de destinataires de données, dont des serveurs de Google et d’Amazon. «Il n’est pas possible de savoir quelles données sont envoyées puisque les transmissions ont été cryptées», selon la plainte consultée par l’AFP.
Ubisoft s’engage à protéger les données des joueurs
«Le problème, c’est que le plaignant n’a jamais consenti à ce traitement», poursuit Noyb dans son communiqué. «Cela signifie que le traitement n’est légal que s’il est nécessaire – ce qui n’est pas le cas pour le plaignant.» En vertu de l’article 6 du règlement européen sur la protection des données (RGPD), l’ONG réclame aussi l’instauration d’une amende administrative «pouvant aller jusqu’à 92 millions d’euros compte tenu du chiffre d’affaires annuel d’Ubisoft, qui s’élève à plus de deux milliards d’euros».
Contacté par Le Figaro, Ubisoft s’engage «à protéger les données personnelles des joueurs sur ses sites et jeux». L’éditeur de jeux vidéo précise en outre qu’une «connexion n’est obligatoire qu’au premier lancement du jeu pour valider l’achat et ajouter le jeu au compte Ubisoft du joueur», et ajoute que les données collectées lorsqu’un joueur est en ligne «sont utilisées pour améliorer les performances du jeu». La balle est maintenant dans le camp de la DSB, qui doit examiner la plainte de Noyb avant de décider ou non d’une sanction.
Source du contenu: www.lefigaro.fr







