Pays-Bas : Jonathan Meijer, le «serial» donneur de sperme aux centaines d’enfants de nouveau devant la justice

Le Néerlandais de 43 ans, qui a donné son sperme à des centaines voire des milliers de parents, est de nouveau engagé dans une bataille judiciaire. Il est accusé d’avoir tenté de contacter les jeunes issus de ses dons via sa chaîne YouTube.

Encore devant la justice. Jonathan Jacob Meijer, rendu célèbre par la série documentaire Netflix L’homme aux 1000 enfants qui lui est consacrée, est une fois de plus poursuivi pour ses actions polémiques. Entre 2007 et 2019, ce musicien néerlandais de 43 ans «a donné sa semence  par l’intermédiaire de banques de sperme officielles, de forums et de sites non officiels dans le monde entier»rappelle le quotidien néerlandais NRC . Pour le moment, on ne sait pas combien de naissances ont pu avoir lieu grâce à ses dons en 18 ans. Celui qui pourrait avoir entre 550 (selon sa propre estimation) et 3000 enfants biologiques (selon le documentaire du géant du streaming américain) comparaît en ce moment même devant le tribunal de La Haye contre Natalie Dijkdrenth, la mère d’un enfant issu de son don et contre la Fondation néerlandaise Donorkind. Cette mère et la Fondation accusent le «serial donneur» de tenter de contacter les centaines d’enfants fruits de ses dons.

Et ce n’est pas la première fois que son activité lui vaut de se retrouver devant un tribunal. En 2017, il avait été placé pour la première fois et après 10 ans d’activité sur une liste noire des cliniques néerlandaises qui recensent les personnes interdites de pouvoir donner leur sperme dans le pays. Il avait en effet fait des dons dans plus de dix cliniques différentes, alors que la limite est de 25 enfants par donneur. L’avertissement n’a pas effrayé Jonathan Meijer qui, alors épargné par les poursuites judiciaires, a redoublé d’énergie et d’inventivité pour continuer à donner à l’étranger, notamment au Danemark, en France et en Ukraine, mais aussi via internet.

En avril 2023, après qu’une mère et la Fondation Donorkind ont porté plainte, le tribunal de La Haye a interdit à Jonathan Meijer de se proposer comme donneur de sperme ou de faire un don, sous peine d’amende de 100.000 euros par infraction. À ce moment-là, des scientifiques avaient déjà partagé leurs inquiétudes quant au risque que des demi-frères et sœurs, ne sachant pas qu’ils sont apparentés, s’accouplent.

«Une sorte d’oncle»

Aujourd’hui, bien qu’il semble avoir respecté sa condamnation, Jonathan Meijer est poursuivi car accusé de tenter de rentrer en contact avec les enfants issus de ses dons, notamment via sa chaîne YouTube, qui cumule près de 25.000 abonnés. Dessus, il y promeut un mode de vie «traditionnel» et donne des conseils divers, comme par exemple «Comment attirer une “tradwife” (femme traditionnelle, NDLR, ce qui permettrait, selon lui, d’avoir une famille nombreuse et traditionnelle, et une femme pour s’en occuper. Souvent à l’étranger, il conseille aussi à ses internautes de ne pas poursuivre d’études ni de chercher de travail, qu’il considère être «de l’esclavage», les incite à manger essentiellement de la viande crue, à ne pas mettre de crème solaire et à s’accoupler «avec des personnes qui leur ressemblent». C’est cette dernière incitation, qui rappelle les inquiétudes que des enfants issus des dons s’accouplent et qui est jugée incestueuse, qui a poussé la Fondation Donorkind et Natalie Dijkdrenth à poursuivre Jonathan Meijer en justice.

«Jonathan se considère comme une sorte d’oncle, mais de cette façon, il élève “ses” enfants à distance, il essaie d’acquérir un rôle dans nos familles», a déclaré Natalie Dijkdrenth au journal néerlandais de Volkskrant . Jonathan Meijer «s’adresse aux enfants à travers ses messages sur YouTube et fait des déclarations – sans consultation des parents – sur des questions qui font partie de leur éducation», indique également la Fondation Donorkind dans un communiqué. «Les enfants peuvent ainsi être désorientés ou vivre un conflit de loyauté». Natalie Dijkdrenth ajoute : «Certains de ces enfants sont à un âge où ils sont influençables et, en tant que donneur, il exerce un attrait immérité. C’est inquiétant. Il doit garder ses distances, c’est ce qui a été convenu», conclut-elle. Les donneurs ne peuvent en effet pas entrer en contact avec les enfants issus de leur don sans l’accord des parents.

La «cigogne de La Haye»

La Fondation et Natalie Dijkdrenth exigent que Jonathan Meijer cesse de publier ces vidéos et demandent la fermeture de sa chaîne YouTube. Ils citent par exemple l’une d’entre elles publiée le 22 mai 2024, intitulée «MESSAGE IMPORTANT POUR TOUS MES ENFANTS», dans laquelle il les appelle à le contacter s’ils se sentent maltraités par leurs parents. Vidéo qui a, depuis, été supprimée. L’autoproclamée «cigogne de La Haye» se vante par ailleurs d’être «le MEILLEUR et le plus noble, le plus fidèle et le plus honnête donneur de sperme». Il est même allé jusqu’à qualifier certaines mères de «tyranniques», «d’horribles», et les a accusées de pratiques parentales douteuses, tout en publiant des photos des parents légendées par leurs noms. Il les a rapidement supprimées après avoir reçu des documents signifiant le début d’une procédure judiciaire cette année.

Kaspar Ripken, l’avocat de Jonathan Meijer, affirme dans les colonnes de NRC qu’il ne s’adresse pas aux enfants issus de ses dons et que la suppression de son compte YouTube constituerait une restriction excessive de son droit à la liberté d’expression. En amont du procès, Jonathan Meijer aurait supprimé les vidéos que la Fondation Donorkind juge problématiques, comme celles où il s’adresse directement aux enfants ou aux mères, et promis de «limiter ses déclarations publiques».

Lors de l’audience le 28 janvier, le juge a laissé une dizaine de jours aux deux parties afin de parvenir à un accord. S’ils n’y parviennent pas, c’est le juge qui prendra lui-même une décision.

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