«Le Yankee latin» : la presse étrangère salue l’élection de Léon XIV et spécule sur ses premiers pas

REVUE DE PRESSE – Léon XIV est le premier pape Nord-Américain de l’histoire à la tête de l’Église. Les journaux, qui saluent l’élection d’un pape réputé modéré, spéculent sur la continuité de l’héritage de François.

«Pas de retour en arrière depuis François», «un Yankee Américain»… Un jour après l’élection du cardinal Francis Prevost à la tête de l’Église catholique, la presse étrangère spécule sur les premières orientations du pontificat de Léon XIV.

La nationalité américaine du nouveau pape, inédite, comme la rapidité de son élection, fait couler beaucoup d’encre. «Un pape américain est presque plus surprenant qu’un pontife jésuite argentin. Et le simple fait qu’après seulement deux jours le seuil des 89 voix ait été dépassé atteste d’une volonté de dépasser les divisions du passé, ce qui n’était pas acquis», souligne ainsi le quotidien conservateur italien Corriere della Sera

«Occasion manquée pour l’Italie»

Ce consensus rapide apaise une certaine frustration de plusieurs titres italiens, qui espéraient un pontife transalpin. Les dernières heures avant l’élection de Léon XIV, le cardinal italien Pietro Parolin, considéré comme le successeur naturel de François, tenait pourtant la corde. «C’est une occasion manquée pour l’Italie et pour l’Europe», pointe ainsi la revue conservatrice Il Giornale.  «Avec Prévost, après Wojtyla, Ratzinger et Bergoglio, l’ère des papes italiens comme tradition, tentation et obligation est véritablement terminée», souligne de son côté un journaliste de La Repubblica .

Donald Trump, en revanche, s’est réjoui de la nationalité de son homologue du Vatican. «C’est un immense honneur de savoir qu’il est le premier Américain», s’est-il exclamé sur X. Sans que les journaux américains ne présagent pour autant d’un renforcement évident des liens entre l’Église et les États-Unis – outre-Atlantique, les catholiques opposés à François, réclament un nouveau pape qui freinerait, voire inverserait les changements opérés par le pontife argentin. «L’ire conservatrice qui a agité le catholicisme durant le pontificat précédent devrait se poursuivre avec ce premier pape américain», conjecture ainsi le New-York Times . En élisant le cardinal Robert Prévost comme pape Léon XIV, le collège des cardinaux a envoyé un message clair de continuité avec l’agenda réformiste de son prédécesseur».

«Pas une copie conforme»

À son arrivée au balcon, où l’attendait une foule innombrable, le nouveau souverain pontife a effectivement semblé s’inscrire dans le sillage de son prédécesseur François, dont il était réputé proche. Dans un italien mâtiné d’accent américain, l’ecclésiastique a appelé à «construire des ponts» à travers «le dialogue» et à «aller de l’avant». «Avec Léon, il n’y a pas de retour en arrière à avant François», titre de son côté l’éditorial du Washington Post

Qui nuance néanmoins les pronostics de ses pairs. «Le pape Léon n’est pas une copie conforme du pape François. (…) [C’est] un homme prudent qui ne sera pas enclin aux déclarations spontanées et exubérantes de François», poursuit encore l’éditorial, qui remarque que Léon XIV est apparu au balcon vêtu des habits ecclésiastiques traditionnels – de quoi envoyer un signal rassurant aux traditionalistes. «Sa rigueur doctrinale, combinée aux études de Saint-Augustin, devrait assurer un retour progressif à des valeurs non négociables comme le non à l’euthanasie, à la maternité de substitution et à l’avortement»appuie Il Giornale . L’objectif du nouveau pape sera de «ramener une diversité qui a frôlé la dispersion et une sorte de fuite de Rome, à une synthèse»complète le Corriere della Sera

D’autant que malgré ses racines américaines, «ce polyglotte de 69 ans né à Chicago est considéré comme un homme d’Église qui transcende les frontières»rappelle le New York Times, à juste titre : Francis Prevost a servi pendant 20 ans au Pérou, où il est devenu évêque et a été naturalisé. Le site officiel du Vatican le présente d’ailleurs comme le deuxième pape des Amériques, plutôt que comme le premier pontife provenant des États-Unis. Dans le pays andin, les quotidiens célèbrent un évènement «historique»El Comercio, l’un des principaux journaux du pays, estime qu’il a «le Pérou dans le cœur». «La presse internationale (…) a souligné son profil bas et sa nature réservée. Dans notre pays, cependant, nombreux sont ceux qui le connaissent bien», parade ainsi le quotidien péruvien.

L’exaltation célébrée dans les quotidiens andins s’inscrit néanmoins en miroir de la frustration qui découle des éditoriaux des journaux africains, dont beaucoup espéraient voir un pape africain. «Un pape noir ? Il faudra revenir»ironise Ledjely , journal guinéen indépendant. Avant de tempérer : «Il y a donc une petite déception en Afrique (…) mais personne ne veut trop s’y attarder. (…) [C’est] un pape qui connaît les contrées reculées que l’on qualifie de périphériques » 

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