Tabac : le marché des cigarettes de contrebande et de contrefaçon en nette hausse en France

L’Hexagone se place à la première place de la consommation parallèle de tabac en Europe, avec 16,8 milliards de cigarettes illégales consommées en 2023, soit près de la moitié des volumes illégaux de l’Union européenne.

À l’abri des regards et parfois même en pleine rue, des vendeurs proposent des paquets de cigarettes à prix bradés aux passants. Problème, en France, il s’agit généralement de produits de contrebande ou des contrefaçons des célèbres marques de tabac. En 2023, ce trafic a représenté 2,3 milliards d’euros en France, selon une étude EY, commandée par Philip Morris International et Japan Tobacco International.

Pour produire ces cigarettes, des usines clandestines s’installent sur le territoire français, avec des conditions de travail, elles aussi, illégales. «On estime que créer une usine en France, c’est un retour sur investissement de 80% en trois mois. On a des réseaux qui sont en capacité de faire cet approvisionnement, de produire en France et surtout de distribuer en direct via des vendeurs de rue et les réseaux sociaux», souligne à CNews Guéric Jacquet, associé dans le cabinet EY. À noter que les acheteurs de cigarettes à la sauvette risquent une amende de 135 euros.

En plus des circuits illégaux, s’ajoutent également les achats à l’étranger. Louise*, 24 ans, se rend régulièrement en Espagne pour acheter ses cartouches de tabac à moindre coût. Cette habitante de Pau en profite également pour faire le plein d’essence de sa voiture. «Une pierre deux coups», sourit-elle. Le paquet de cigarettes est en effet 40 à 100% plus cher en France par rapport aux pays frontaliers, selon EY. En associant les cigarettes de contrebande et de contrefaçon, ainsi que les achats à l’étranger, ces ventes hors des bureaux de tabac représentent 38% du marché français en 2023, contre 23% en 2019.

Des «fumeurs dans le système D»

Un chiffre presque similaire à celui d’une étude KPMG, qui avançait que plus de 43% des cigarettes consommées en 2023 ont été achetées hors du réseau domestique légal, soit une hausse de près de 9% sur un an. 

La France se place même en championne d’Europe de la consommation des cigarettes de contrefaçon et de contrebande avec 16,8 milliards de cigarettes illégales consommées en 2023, soit près de la moitié des volumes illégaux de l’Union européenne. L’Hexagone se place ainsi loin devant la Grèce (3,5 milliards) ou encore l’Allemagne (1,6 milliard). 

Pour Philip Morris International, le plan tabac du gouvernement qui s’étale de 2023 à 2025 n’a pas «permis d’inverser la tendance avec des achats parallèles qui pourraient représenter une cigarette sur deux consommée en France», selon l’un de leurs communiqués. «Au lieu de réduire le nombre de fumeurs, la politique fiscale a maintenu les fumeurs dans la cigarette en faisant flamber un marché parallèle complexe à endiguer. Les plans de lutte mis en place par les autorités sont louables et indispensables, mais incomplets… En tentant de rendre la cigarette légale inaccessible économiquement, les hausses répétées des taxes ont fait basculer les fumeurs dans le système D», pointe Xavier Puech, président de Philip Morris France SAS.

«Une urgence absolue»

Alors que le gouvernement cherche des solutions pour combler le déficit abyssal de la France, le déport des consommateurs vers l’achat de tabac hors des buralistes constitue un manque à gagner important. Il est ainsi estimé à 7,26 milliards d’euros sur l’année 2023, dont 2,7 milliards d’euros directement liés à la contrefaçon, selon le communiqué de Philip Morris de septembre dernier. «Depuis trois ans, le produit des hausses annuelles de taxes tabac ne parvient plus à combler l’érosion des revenus liés à la baisse des volumes légaux, entraînant une aggravation du déficit public de plus de 1,3 milliard d’euros», souligne le géant du tabac.

Le 21 novembre dernier, la rapporteure générale de la commission des affaires sociales, Élisabeth Doineau, a inséré un amendement dans le budget de la Sécurité sociale de 2025 pour porter le prix de paquet de cigarettes à 12,70 euros dès 2025, et conserver ce prix jusqu’en 2027. Pour l’heure, le texte a été adopté par le Sénat à 241 voix contre 2. Si cette mesure fait grincer des dents les consommateurs, pour l’Alliance contre le tabac, il s’agit d’une «urgence absolue». «Il ne tient à présent qu’au gouvernement et aux élus de s’en emparer et de mettre fin au moratoire fiscal qui perdure depuis maintenant trois années consécutives», glisse l’association, alors même que les discussions se poursuivent au Sénat. 

Le gouvernement, lui, a assuré en octobre dernier qu’il ne prévoyait pas de nouvelle hausse des prix des paquets de cigarettes l’an prochain. Devant les buralistes réunis en congrès, le ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, a promis que l’indexation sur l’inflation sera «contenue». «Des écarts trop importants avec nos voisins européens peuvent conduire à une fragilisation des débits, en particulier de ceux installés dans les territoires frontaliers, et à la persistance d’un marché parallèle trop important», a justifié le ministre, qui a également annoncé une nouvelle opération d’ampleur de lutte contre la fraude et les trafics illégaux, Colbert III, prévue pour 2025.

*Le prénom a été modifié.

Source du contenu: www.lefigaro.fr