FOCUS – Créé en 1999 à Seattle par les mouvances altermondialistes, ce réseau social libertaire international, fréquenté par les anarchistes, a publié le communiqué revendiquant les attaques sur les installations électriques dans les Alpes-Maritimes.
«ET… COUPEZ ! Votre spectacle qui sert de vitrine à une République française grandiloquente, défenseuse des valeurs du Progrès sur la scène internationale, mais surtout deuxième exportatrice d’armes dans le monde» C’est par ces mots que «deux bandes d’anarchistes» ont revendiqué la responsabilité de l’attaque contre des installations électriques sur la Côte d’Azur, qui ont privé d’électricité quelque 160.000 foyers samedi matin. L’objectif (raté) : suspendre le festival de Cannes qui se tenait ce week-end, cette «cérémonie obscène au bord d’une mer devenue cimetière de réfugié.es, et la poubelle industrielle d’une société qui adore porter la révolte à l’écran, mais qui réprime et emprisonne toute personne qui se soulève contre sa domination sur le monde.»
Ce communiqué vindicatif, qui défend une attaque visant à «éteindre [un] système mortifère» a été publié sur l’antenne nantaise du site internet IndyMedia. Ce réseau international, dont le nom est la contraction «d’independant media» est affilié à la gauche radicale. Il héberge une centaine de médias locaux et se fait le porte-voix des groupuscules libertaires et altermondialistes revendiquant des attaques contre l’autorité et le capitalisme.
«Don’t hate the media, be the media»
Indymedia naît en 1999 aux États-Unis de la main de plusieurs mouvances altermondialistes. Ce site internet, qui fonctionne en autogestion, a alors vocation à couvrir les contre-manifestations de Seattle lors de la réunion de l’OMC et du FMI. Indymedia se range alors sous l’étendard du slogan de Jello Biattra ; «Don’t hate the media, be the media» en opposition aux médias dits «traditionnels», accusés d’être à la solde des «gouvernements capitalistes». La plateforme repose ainsi sur le principe de la publication directe, libre et ouverte à tous, et propose texte, photos, sons et vidéos. C’est là que réside l’intérêt du site, qui se pose en courroie de transmission, en simple canal pour les militants de «gauche et anarchistes», et non en média.
On y retrouve pêle-mêle des manifestes, des appels aux rassemblements, des revues de presse. Les cibles sont toujours identiques : les forces de l’ordre, le capitalisme, l’islamophobie, les «fascismes»… Indymedia se réclame d’un discours «antisexiste», «antifasciste» et «anticapitaliste», avec une perspective militante et révolutionnaire. Au cours des années 2000, plusieurs centaines de sites Web Indymedia se créent à travers le monde, dont plusieurs en France comme à Paris, Grenoble, Lille et Nantes.
Sites «anti-flics»
Ces dernières années, plusieurs gouvernements européens ont tenté d’enterrer ces «antennes-relais». Dans leur viseur notamment, une pratique venue des États-Unis et régulièrement pratiquée par Indymedia au cours des années 2010, censée lutter contre les violences policières : le «copwatching», une méthode qui consiste à publier les photos de policiers et gendarmes en service sur la toile, et de les recenser, en les assortissant de contenus diffamatoires. Les sites grenoblois et parisiens publiaient notamment des articles qualifiant les policiers français «d’assassins» et de «déchets», et comparant la police nationale à la milice sous l’Occupation. Les syndicats de policiers ont alors accusé les sites de Grenoble et de Paris d’être des «sites anti-flics» , rappelait à cet effet Le Parisien , et la place Beauvau s’y est prise à deux fois avant de parvenir à suspendre leur activité en 2012.
Les antennes de Lille et de Nantes existent toujours. Sur celle de Nantes, qui a relayé le communiqué concernant les attaques de Cannes, un emploi du temps actualisé tous les mois détaille les manifestations et colloques et autres rencontres : «Permanence d’autoréparation vélo en mixité choisie queer» le 4 mai, «déambulation pacifiste et antimilitariste» le 7 mai à Saint-Nazaire, manifestation contre «la dissolution des orgainsations Urgences Palestine et la Jeune Garde» à Saint-Nazaire le 15 mai…
Anonymat garanti
Outre-Rhin, le ministre de l’Intérieur allemand a également annoncé en août 2017 l’interdiction de la plateforme Linksunten.indymedia. Lors d’une perquisition à Fribourg (sud-ouest de l’Allemagne), les forces de l’ordre y avaient saisi des ordinateurs mais surtout des armes blanches, des matraques, des tuyaux et des lance-pierres. «La poursuite de l’exploitation du site est maintenant une infraction pénale», avait alors précisé le ministre, qualifiant Indymedia de théâtre «quasi quotidien» de propos haineux, de propagande, voire «d’assistance concrète» pour commettre des infractions.
Linksunten.indymedia était notamment soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans l’organisation des violences commises à Hambourg, en marge du sommet du G20, début juillet, égrainant régulièrement les revendications d’incendies commis contre des voitures de policiers, de diplomates, d’entreprises de sécurité ou de partisans du mouvement d’extrême droite Pegida. Le site refusait également de citer les identités des auteurs. «Nous ne voulons pas savoir qui sont les auteurs de tous les attentats qui sont revendiqués sur le site», expliquaient d’ailleurs les gérants de la plateforme américaine, citait Libération en 2017.
Indymedia a également inspiré des mouvements alternatifs plus structurés à travers le monde, comme Occupy Wall Street, Democracy Now!, ou celui des Anonymous, précisait encore Le Parisien.
Source du contenu: www.lefigaro.fr








