Cryptomonnaies : l’influenceur Captain Tradin rappelé à l’ordre par la Répression des fraudes

Le cas de cette chaîne YouTube de conseils aux plus de 62.000 abonnés illustre les difficultés que rencontrent les autorités françaises pour réguler l’écosystème crypto.

Les autorités françaises s’efforcent de réguler la spéculation sur les cryptomonnaies et les influenceurs qui en font la promotion, sans pouvoir empêcher le recours aux plateformes étrangères où se ruent ceux qui rêvent de faire fortune en quelques jours. Dernier exemple en date, la Répression des fraudes (DGCCRF), qui dépend de Bercy, a ordonné à la société espagnole Captain Trading, une chaîne YouTube en français qui donne des conseils sur les cryptomonnaies, de supprimer des liens vers Bitget, une plateforme de trading non homologuée. Cette grosse plateforme, illicite en France, permet de miser une faible somme et de spéculer sur un montant dix fois supérieur.

Les aspirants spéculateurs peuvent trouver sur les réseaux sociaux des milliers d’experts qui, graphiques à l’appui, proposent leurs conseils pour miser sur les variations de quelque 9.000 cryptomonnaies – des plus établies comme le Bitcoin à celles qui ne reposent que sur le nom d’une personnalité comme la «Trump coin» ou le «Hawk Tuah», lancée par une jeune fille qui a fait le buzz pour des propos salaces dans une vidéo. La France, où la réglementation sur les cryptomonnaies est l’une des plus strictes au monde, utilise une armée de régulateurs pour tenter de surveiller la marée de comptes YouTube, Instagram ou TikTok de pseudo-experts qui font miroiter le doublement de votre mise en un jour. Ils vendent des formations ou prennent des commissions si on utilise les plateformes de courtage qu’ils recommandent. Depuis une loi de juin 2023, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) contrôle les influenceurs, même basés à l’étranger, s’ils ciblent les consommateurs français, infligeant jusqu’à 100.000 euros d’amendes s’ils font la promotion de produits non autorisés.

Liste noire, liste blanche

Et depuis une loi de 2022, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dressé une «liste noire» de 5.000 plateformes ou offres non autorisées. Elle n’a enregistré en «liste blanche» qu’une poignée de sites, soumis à des contraintes exigeantes. La réglementation européenne Mica, en vigueur depuis le 30 décembre, inspirée de la pratique française, va durcir l’arsenal. Depuis le second semestre 2023, les arnaques financières sont fortement concentrées sur les cryptoactifs, des actifs financiers purement numériques. Le montant moyen de la perte déclarée, tous thèmes d’arnaques confondus, se chiffrait à 29.000 euros fin novembre, selon l’AMF.

Les jeunes hommes sont les plus tentés. Une enquête BVA Xsight, réalisée en septembre dernier pour l’AMF auprès de 5001 adultes, montre que 3,2% des Français seraient victimes d’arnaques à l’investissement financier, trois fois plus qu’en 2021. «Parmi les victimes probables, 45% sont des hommes de moins de 35 ans, qui semblent plus réceptifs aux messages incitant à investir dans des placements prônant l’enrichissement rapide», note l’AMF. Environ 12% des Français détiennent des cryptoactifs (contre 9,4% l’an dernier), dont 57% ont moins de 35 ans, et surtout des hommes, selon une étude Ipsos KPMG de 2024. Car il suffit de passer par une plateforme étrangère pour se procurer n’importe quelle cryptomonnaie avec une simple carte bancaire. À ses risques et périls.

L’écosystème français «tué»

«Aujourd’hui, les Français privilégient très majoritairement des plateformes qui ne sont pas sur le sol français: avec trois ou quatre plateformes étrangères, on est déjà à 70% des détenteurs», critique Alexandre Stachtchenko, qui dirige la plateforme Paymium, seule place de marché française des cryptos enregistrée par l’AMF. «On a pondu les normes avant tout le monde, parce qu’on voulait absolument protéger les consommateurs, sans se rendre compte que les normes allaient tuer l’écosystème français. On est la seule plateforme d’échange en France parce que les autres sont mortes ou parties. Pour se mettre en conformité avec le règlement Mica, il faut sortir un million d’euros», déplore-t-il.

«Le régulateur interdit des pratiques dangereuses, du coup, les Français vont faire ça chez les Américains», renchérit Hasheur, l’un des influenceurs cryptos les plus suivis en France. «On essaie de protéger les consommateurs d’eux-mêmes, mais résultat des courses, ils ignorent le marché français et vont se servir à l’international. Donc l’utilisateur prend à peu près le même risque et on enlève le pain de la bouche uniquement des entreprises françaises. C’est déséquilibré et injuste», juge-t-il.

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