A412 : mobilisation contre un projet d’autoroute en Haute-Savoie… qui menacerait le reblochon

Des associations appellent à se mobiliser ce samedi contre ce projet dont les travaux doivent commencer en 2026. Ils l’estiment inutile et dénoncent son impact écologique… et la production de reblochon.

Une mini-autoroute de 16,5 kilomètres seulement suscite une vive contestation. Plusieurs centaines de personnes sont appelées à se mobiliser ce samedi 10 mai en Haute-Savoie contre le projet de l’A412, à l’appel de la Confédération paysanne 74, des Écologistes des Pays de Savoie et de l’Association de concertation de proposition pour l’aménagement et les transports (Acpat), indique Ici. «Une grande mobilisation festive» pour protester contre cette voie rapide qui ne fait pas l’unanimité dans la région. Comme l’A69 entre Castres et Toulouse, ils ne désespèrent pas de voir ce projet suspendu par la justice.

L’A412 a été déclarée d’utilité publique en 2019. Cette 2×2 voies relativement courte reliera Machilly, près d’Annemasse et de la frontière suisse, à Thonon-les-Bains, pour un coût estimé à 315 millions d’euros. L’État en a attribué la concession pour 55 ans en octobre 2024 à Eiffage, qui prendra en charge les travaux et l’exploitation de l’autoroute jusqu’en 2079. Le chantier devrait débuter en 2026, pour une mise en service en 2029.

Désenclavement du territoire

Le projet est donc soutenu par l’État, mais aussi par des élus locaux. Ses défenseurs le voient comme indispensable au «désenclavement du territoire», Thonon-les-Bains étant coincé entre le lac Léman, la montagne et la Suisse. Les routes du secteur sont aujourd’hui engorgées par un trafic trop important.

Le projet de l’A412. Le train Léman Express est la ligne en pointillés grisés.
Eiffage

«Le territoire du Chablais n’est aucunement enclavé mais engorgé», nuance France nature environnement (FNE) Haute-Savoie sur son site. L’association remet en cause l’utilité du projet, estimant «c’est un transport collectif de masse (train, bus en site propre) qui est pertinent pour accompagner la mobilité dans ce secteur et non un afflux supplémentaire de véhicules individuels».

Un doublon du train ?

L’A412 entrerait par ailleurs «directement en concurrence avec le train», souligne FNE, le tracé étant parallèle à celui de la voie ferrée. Les villes du coin sont desservies depuis 2019 le Léman Express, un RER franco-suisse plébiscité que l’association appelle à renforcer. Une de ses lignes relie déjà Thonon-les-Bains à Annemasse, jusqu’à Genève. La ville de Genève elle-même avait, en vain, déposé un recours devant le Conseil d’État en 2020, estimant que le projet d’autoroute était un doublon avec le train.

Dans un communiqué publié fin 2024, le préfet de Haute-Savoie estimait au contraire que «ce projet autoroutier s’inscrit dans la complémentarité des autres modes de transports existants, en particulier le Léman Express», et qu’il «concourt au développement territorial du département et vise à améliorer la vie quotidienne de l’ensemble des administrés».

Les détracteurs du projet s’interrogent aussi sur l’attractivité de la future autoroute, avec un péage qu’ils estiment entre 2,40 euros et 3 euros pour seulement 16,5 kilomètres, rapporte France 3. Eiffage n’a pas communiqué sur le prix des péages qui prélèvera, mais il faudra bien que l’entreprise rentabilise les fonds investis pour la construction, pour laquelle elle ne reçoit aucune subvention publique. Elle assure sur son site qu’elle proposera deux formules d’abonnement pour les utilisateurs fréquents, avec des rabais de 30% à 50%.

Des terres agricoles perdues

Sur le plan environnemental, les associations alertent également sur les zones humides traversées par la future autoroute. FNE assure par exemple avoir documenté la présence d’amphibiens comme le sonneur à ventre jaune, la salamandre tachetée et le triton alpestre, mais aussi de nombreux oiseaux, des chauves-souris et des papillons.

Les agriculteurs, eux, sont inquiets pour… leur production de reblochon. Ils pourraient perdre 70 hectares de terres de pâturage incluses dans l’AOP reblochon, a assuré le président de la Confédération paysanne de Haute-Savoie, Jérôme Déthès, sur France Inter. «Sur l’ensemble des surfaces ce sont à peu près 110.000 reblochons qui ne seront pas produits chaque année», a-t-il calculé. «Une fois que l’autoroute sera construite, ces surfaces ne seront pas récupérables ailleurs, on ne va pas en inventer.»

Le concessionnaire Eiffage assure avoir l’ambition d’«aller au-delà des exigences réglementaires pour limiter les conséquences sur les écosystèmes du Chablais» et d’avoir prévu une «emprise foncière définitive réduite au strict nécessaire». L’entreprise assure par ailleurs que le péage en flux libre, où l’on doit payer en ligne plutôt qu’à une grande gare de péage, permettra d’occuper moins de place. Elle promet des viaducs pour préserver les écoulements des eaux, des ponts pour la faune, du béton «bas carbone», certains ponts en bois…

Eiffage doit encore mener une enquête environnementale pour avancer sur ce projet. En attendant, les associations ont déjà déposé plusieurs recours, notamment contre la déclaration d’utilité publique mais aussi contre le décret désignant le concessionnaire.

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