Une œuvre érotique de Nicolas Poussin mise aux enchères à Paris

Le tableau, oeuvre de jeunesse du maître de l’école classique française peinte vers 1626, est estimée entre 800 000 et un million d’euros.

« On ne pouvait pas imaginer que Poussin ait pu faire un sujet pareil en 1626 », indique Éric Turquin, expert d’une vente exceptionnelle. Le tableau érotique Vénus épiée par deux satyres de Nicolas Poussin est mis aux enchères ce mardi 26 novembre par la maison Ader, rapporte l’hôtel des ventes Drouot, dans une publication repérée par Franceinfo.  Ce tableau estimé entre 800 000 et 1 000 000 d’euros représente deux satyres qui tombent sur une Vénus endormie, sous un paysage roumain. Et l’œuvre possède une riche histoire.

Redécouverte en 1933 grâce à l’historien Tancred Borenius, Vénus épiée par deux satyres a longtemps fait partie de la collection de Paul Jamot, conservateur en chef du musée du Louvre et spécialiste de Nicolas Poussin. Vendu dix ans plus tard, en 1943, le tableau est perdu de vue. Il ne reste alors plus qu’une photographie en noir et blanc de l’œuvre du peintre français du XVIIe siècle. Elle est finalement redécouverte par hasard par la maison de vente Drouot, avant de finir chez un particulier, raconte le commissaire-priseur David Nordmann, dans des propos rapportés par Franceinfo

Mais ce n’est qu’en 2017, que Mickaël Szanto, maître de conférences à Paris Sorbonne confirme qu’il s’agit bel et bien d’une œuvre de Poussin. Elle est alors exposée au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 2022. Pour l’anecdote, le tableau figurait entre les Vénus, toutes deux aussi érotiques, du Kunsthaus de Zurich et de la National Gallery de Londres.

Maître du classicisme 

« À partir du XVIIIe siècle, la dimension érotique et la violence sous-jacente dans cette scène de voyeurisme était trop aveuglante pour qu’on attribue cette toile à Nicolas Poussin », précise Drouot dans un communiqué de presse. «L’évolution du regard sur l’œuvre de Poussin, la remise en question des historiens de l’art, ont conduit à replacer cette œuvre à sa juste place, faisant de cette Vénus un jalon essentiel entre l’érotisme vénitien du XVIème siècle et la renaissance de l’érotisme dans la peinture française au XVIIIème siècle», souligne le communiqué.

Influencé par les peintres Titien et Carrache, Nicolas Poussin commence à peindre dès les années 1620 des tableaux érotiques avant de devenir l’un des maîtres du classicisme. « La qualité picturale, la liberté de la touche, le tonalisme subtil qui nimbe le corps de la déesse, la restitution du volume des chairs des satyres par l’usage singulier de la réserve permettent de l’intégrer sans conteste parmi les œuvres du maître français réalisées vers 1626 », confirme Mickaël Szanto dans le catalogue de l’exposition Poussin et l’Amour organisée à Lyon. Nicolas Poussin est également connu pour d’autres tableaux comme Le Triomphe de Pan, La Danse de la vie humaine ou encore L’Enlèvement des Sabines.

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