Une étonnante collection de manuscrits de Kafka mise en vente à Paris

De 1917 à sa mort en 1924, l’auteur de La Métamorphose a étudié l’hébreu. Des exercices de grammaire, tracés de sa propre main sur des épreuves de Rapport pour une académie, seront présentés et proposés à 90 000 euros au Salon du livre rare et des arts graphiques, du 13 au 15 juin.

Franz Kafka n’est jamais parti en Palestine, mais il s’y préparait. Des mots en hébreu tracés par la main de l’écrivain font partie des raretés d’une très riche collection autour de l’écrivain tchèque, amassée par un passionné qui la met en vente à Paris.

Kafka passa des années à apprendre la langue hébraïque, de 1917 à sa mort en 1924, songeant à un départ en Palestine depuis sa Prague natale. Sur des épreuves de sa nouvelle Rapport pour une académie, en 1919, il fait des exercices de grammaire. Cet exemplaire est proposé à 90 000 euros, la plus chère parmi les pièces qui doivent être exposées au Salon du livre rare et des arts graphiques, à Paris du 13 au 15 juin.

Thierry Bouchet se sépare de sa collection après l’avoir patiemment constituée depuis une quarantaine d’années. Il a confié la vente à la librairie Faustroll. « Cette collection est extraordinaire. Elle fait à mon avis jeu égal, sur la partie en langue allemande, avec celle de Breon Mitchell. Mais, sur la partie traductions, illustrations, reliures, elle est supérieure », explique à l’AFP le libraire Christophe Champion.

Breon Mitchell, 82 ans, est un universitaire américain, traducteur de l’allemand. Le catalogue de sa vente Kafka, édité à Boston en 1997, est une référence pour les spécialistes de l’auteur de La Métamorphose. Thierry Bouchet, 71 ans, a un autre profil : chirurgien et bibliophile qui a fait travailler les meilleurs relieurs de notre époque. « J’ai été attiré par les récits de Kafka pendant mes études médicales dans les années 70 et, à la réflexion, après un voyage dans la Prague communiste de l’époque », explique-t-il en introduction du catalogue. Dans les années 2000, il décide de se concentrer sur Kafka uniquement.

De 20 à 90 000 euros

Pour les 427 pièces de sa collection, les prix vont de 20 à 90 000 euros. Les deux les plus élevés concernent des volumes avec inscriptions autographes de cet auteur qui compte parmi les légendes de la littérature du XXe siècle mais qui, de son vivant, ne vendit pas beaucoup de livres. D’où la rareté de sa signature. Il y a donc ces épreuves de Rapport pour une académie couvertes de verbes en hébreu. Et une édition originale de La Colonie pénitentiaire (1 000 exemplaires à Leipzig en 1919) dédicacée « für Oskar », c’est-à-dire pour son ami écrivain Oskar Baum.

La lettre de Kafka à son ami Robert Klopstock, rédigé en 1921, est au prix de 20.000 euros.
LEO VIGNAL / AFP

Deux lettres de Kafka, à son ami Robert Klopstock en 1921 et à l’acteur Ludwig Hardt en 1924, ont pour prix respectivement 20 000 et 30 000 euros. Même non dédicacées, les éditions originales valent cher. Un ensemble avec celles du Soutier, de La Métamorphose et du Verdict (en 1913, 1915 et 1916) est proposé à 30 000 euros. Celle d’Un artiste de la faim (3 000 exemplaires en 1924), recueil de nouvelles sur lequel l’auteur travaillait au moment de sa mort à l’âge de 40 ans, à 20 000 euros.

Le collectionneur s’est enfin beaucoup intéressé au travail du traducteur français qui contribua à la fortune mondiale de l’œuvre de Kafka, Alexandre Vialatte (1901-1971). Un ensemble signé de la main de Vialatte, autour de la correspondance avec sa traductrice tchèque Milena Jesenská, est proposé à 50 000 euros, en quatre volumes reliés. Il s’agit du manuscrit complet, 279 feuillets noircis à la plume, de la traduction des Lettres à Milena (1956 en français), du tapuscrit, d’un ensemble de documents relatifs à cette correspondance, et de 13 feuillets de « Notes sur Kafka ».

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