Trafic international d’antiquités : le principal suspect dans l’affaire du Louvre Abou Dhabi en fuite

Le marchand d’art de 83 ans accusé d’avoir vendu pour plus de 50 millions d’euros d’antiquités provenant de fouilles illégales, aurait profité d’une brève mise en liberté pour fuir en Allemagne.

Simple négligence ou véritable fuite organisée ? Serop Simonian, marchand d’art allemand considéré comme l’un des principaux maillons d’un trafic international d’antiquités faisant l’objet d’investigations à Paris, a quitté le territoire français après avoir obtenu une remise en liberté temporaire, a appris jeudi l’AFP de source proche du dossier, confirmant les informations relayées par Libération .

Né le 1er janvier 1942 au Caire et issu d’une famille faisant commerce d’antiquités à Hambourg (Allemagne), Serop Simonian a été mis en examen et incarcéré dans ce dossier mi-septembre 2023, notamment pour escroquerie et blanchiment en bande organisée ainsi que pour association de malfaiteurs criminelle et délictuelle. Il est accusé d’avoir fourni des objets provenant de fouilles illégales, comme le sarcophage égyptien du prêtre Nedjemankh, qu’il a ensuite revendu pour 3,5 millions d’euros au Metropolitan Museum of Art de New York. Selon Le Monde, la famille Simonian a aussi vendu au Louvre Abu Dhabi « sept pièces de provenance problématique, pour un montant de 50 millions d’euros » entre 2014 et 2018.

Une remise en liberté infirmée par la cour d’appel

Le 31 décembre, après quinze mois de détention à la prison de la Santé à Paris, il a obtenu sa remise en liberté sous contrôle judiciaire européen. En raison de son âge avancé et de ses problèmes de santé — arthrose, dépression et migraines sévères — le juge des libertés et de la détention a estimé qu’il ne représentait pas une menace immédiate pour la justice. Une mesure dont le parquet a immédiatement fait appel.

Selon l’AFP, la cour d’appel a infirmé cette remise en liberté et ordonné sa réincarcération. « Serop Simonian dispose de nombreuses connexions à l’étranger et est au contact de personnes aux activités interlopes, note la chambre dans son ordonnance consultée par Libération . Le risque qu’il tente d’échapper à l’action de la justice française est prégnant et ce d’autant qu’il bénéficie de réseaux et de fonds nécessaires pour organiser sa fuite. »

« Il n’a pas été avisé dans une langue qu’il comprend qu’il y avait un appel contre sa libération. »

Déclaration de l’avocate de Serop Simonian.

Selon l’avocate de Serop Simonian, « il n’a pas été avisé dans une langue qu’il comprend qu’il y avait un appel contre sa libération sous contrôle judiciaire européen. Il est parti à Hambourg entre-temps », commente-t-elle à l’AFP. Dans cette information judiciaire ouverte en 2020, après deux ans d’enquête préliminaire, au moins huit autres personnes sont mises en examen. Parmi elles figurent deux galeristes parisiens, Christophe Kunicki et Richard Semper, l’ancien président-directeur du Louvre Jean-Luc Martinez et un ex-cadre de l’Agence France Museums, Jean-François Charnier.

La Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée et l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels cherchent à déterminer les responsabilités dans la vente de centaines d’antiquités issues de pillages dans des pays du Proche et du Moyen-Orient, en plein Printemps arabe.

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