Notre critique de Simon de la montaña : un grand truc en plus

Simon a 21 ans et se persuade qu’il est handicapé. Ce film argentin de Federico Luis questionne habilement la normalité.

Pehuen, Colo, Lucy et Agustin respirent le bonheur, même si leurs regards paraissent trop larges et leurs sourires démesurément étirés. Seul Simon (Lorenzo Ferro) a l’air différent. Pourtant, ce dernier s’est pris d’amitié pour les quatre autres. Et puis, il suffit parfois d’un accessoire pour ressembler à son entourage. Pour Simon, ce sera une oreillette qu’il subtilise à une de ses camarades. Qu’importe, elle en a quatre paires.

Cette joyeuse équipée mène une vie ordinaire. Ils se promènent, vont à la piscine, au cinéma, ressentent des émotions, des élans amoureux, comme les Roméo et Juliette qu’ils incarnent sur une scène de théâtre. Ils élaborent aussi des stratégies pour obtenir ce qu’ils veulent. En l’occurrence, un certificat de handicap. Sans ce sésame, impossible de faire reconnaître sa différence. Mais de quelle différence parle-t-on ?

Décor en arrière-plan

En apparence, Simon, 21 ans, a tout d’un jeune homme normal. Il vit dans une famille recomposée, aide son beau-père dans ses travaux manuels mais a du mal à trouver sa place. Alors il la cherche ailleurs et se prend pour un autre. Il s’entraîne à dodeliner de la tête, laisse pendre sa lèvre inférieure tout en évitant de croiser le regard des autres. Sa mère ne le reconnaît plus. Simon est-il handicapé ou se prend-il pour un handicapé ?

On n’attendait pas un film argentin sur le handicap. Encore moins qu’il se déroule dans la cordillère des Andes. Mais ne comptez pas vous évader devant une ligne infinie de sommets enneigés : Simon de la montaña se concentre sur ses personnages, et son réalisateur, Federico Luis, a banni le beau. Pas d’images époustouflantes, pas de couleurs chatoyantes, le décor reste en arrière-plan, les gros plans dominent, le vent emporte avec lui la moindre brillance et l’image prend une nuance de gris qui colle bien au propos. Ne dit-on pas que rien n’est tout blanc ou tout noir ?

Voilà l’idée qu’essaie de développer Federico Luis dans son film qui a reçu le grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes l’an dernier. Si son approche rappelle celle d’Un p’tit truc en plus, d’Artus, le traitement est très différent. Ici, les protagonistes ne sont pas présentés comme des êtres lumineux et tendres. C’est leur dimension plus sombre qui est explorée et à travers elle la notion de différence. « Aucun des mots qui désignent le handicap ne sonne juste », dit le réalisateur, qui craint que son film soit l’un des derniers à avoir vu le jour avant la mort de l’Institut national du cinéma argentin, qui n’a pas les faveurs du président Javier Milei.

La réussite de Simon de la montaña réside dans sa capacité à nous faire douter. On ne sait dans quelle catégorie mettre Simon. Il suffit qu’il ôte son oreillette pour qu’on le classe parmi les normaux. Mais qu’il emmène ses camarades au bord de l’eau au volant d’une camionnette, et il apparaît comme un leader. Plongé dans son voyage vers l’identité, le spectateur n’a pas d’autre choix que de bouger le curseur de la normalité. Et qu’il n’y a pas des personnes différentes et normales, mais des imperfections humaines.


La note du Figaro : 3/4

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