En compétition à la dernière Mostra de Venise, cette fresque médiévale naturaliste conte l’irruption de la modernité dans une communauté agraire du XVIe siècle en Écosse. Une fable sombre portée par Caleb Landry Jones.
Une lumière douce et naturelle nimbe l’errance d’un homme vêtu d’une ample tunique bleutée qui mord à pleines dents dans l’écorce d’un arbre, caresse des papillons à peine sortis de leur chrysalide ou se baigne nu dans un lac qu’on devine glacé. Un puissant bain sensoriel qui fait penser au cinéma de Terrence Malick.
Crinière rousse au vent, moustache fournie, le corps râblé comme à l’état sauvage, Caleb Landry Jones (prix d’interprétation à Cannes en 2023 pour Nitram de Justin Kurzel) impressionne par son étrange charisme. Il campe un fermier du nom de Walter Thirsk qui vit dans une petite communauté paysanne en Écosse au XVIe siècle.
Harvest débute au moment où approche de la fête des moissons, ce qui provoque l’effervescence chez les paysans. Maître Kent (Harry Melling) joue les seigneurs bienveillants, tout en étant l’ami d’enfance de Walter. Les paysages organiques et les fermiers qui s’activent autour du village rappellent sans le souligner l’imagerie des tableaux des maîtres flamands du XVIe siècle tels Brueghel l’Ancien ou Jérôme Bosch.
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Politique et poétique
Bientôt un cartographe à la peau noire (Arinzé Kene) arrive sur leurs terres avec ses crayons, pinceaux et chevalets. Las, la carte qu’il dessine n’a rien d’un projet artistique. Tel l’Arpenteur du Château de Kafka, le cartographe va plutôt servir de triste catalyseur de changement, amenant tel un oiseau de mauvaise augure l’inquiétude et l’affliction autour de lui. Et sans compter le feu qui s’est déclaré dans la grange, l’apparition de trois étrangers dont deux seront cloués au pilori, et l’arrivée du seigneur Jordan (Frank Dillane) le véritable antagoniste du film qui provoque finalement l’irruption de la modernité dans ce petit coin d’éden encore préservé.
Pour son quatrième long-métrage, Athina Rachel Tsangari, qui appartient à la nouvelle vague du cinéma hellénique aux côtés de Yorgos Lanthimos, signe une fable sombre et hallucinée sur la fin d’un paradis agraire perdu par les hommes au profit de l’avènement du capitalisme. Film politique et poétique, Harvest capte une époque révolue et distille un parfum de fin du monde adouci par la triste mélancolie d’un inéluctable exode.
La note du Figaro : 2,5/4
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