L’œil de l’INA : quand la comédienne Catherine Laborde faisait la pluie et le beau temps

En 1977, la célèbre présentatrice météo donna la réplique à Pierre Vaneck dans Meurtre sur la personne de la mer. INA-Madelen vous propose de voir ou de revoir un extrait de ce téléfilm.

Bien avant de scruter chaque matin l’état du ciel afin de présenter la météo sur TF1, Catherine Laborde, alors comédienne, a décroché son premier grand rôle à la télévision en s’interrogeant sur l’état des océans. En 1977, elle a donné la réplique à Pierre Vaneck dans Meurtre sur la personne de la mer, une fiction dénonçant les dangers de la pollution, au cœur de la Méditerranée. En un temps où, dans les médias, le sujet n’était pas encore d’actualité, Michel Subiela, a écrit et réalisé un téléfilm dont il a ainsi résumé le propos: «un cri du cœur pour éviter des saloperies et protéger la nature !»

Il ne s’agit pas toutefois de la première apparition de Catherine Laborde sur le petit écran. Depuis ses débuts en 1973, elle a tourné quelques scènes dans des séries parmi lesquelles Les gens de Mogador, Le calendrier de l’histoire où elle incarne Marie Mancini dans un Louis XIV raconté par André Castelot, et Les enquêtes du commissaire Maigret, avec Jean Richard. Elle a ainsi commencé à concrétiser le rêve de vivre sa passion de toujours. Elle a évoqué ses débuts au cours d’un entretien diffusé dans une émission régionale, tournée à Bordeaux, sa ville natale. INA-Madelen vous propose de découvrir, ou de redécouvrir cette séquence où elle affiche un sourire qu’elle a eu le courage de conserver jusqu’au bout.

Après une licence d’anglais, afin de faire plaisir à son père qui enseignait cette langue au lycée, elle entre au conservatoire de Bordeaux. Elle apprend les bases de son futur métier, avant de décider , deux ans plus tard , de tenter sa chance à Paris. Elle monte sur scène pour la première fois au Théâtre des Mathurins dans L’église, une nouvelle de Louis-Ferdinand Céline, mise en scène par François Joxe. Son nom apparaît ensuite sur les écrans de cinéma au générique de Voyage en grande Tartarie, un film de Jean-Charles Tacchella. 
Son métier prend l’allure d’un parcours du combattant, lorsque à force de passer des auditions et de se présenter à des castings, elle commence à mesurer la réalité des difficultés de celles et ceux qui, comme elle, doivent travailler un millier d’heures par an, – deux fois plus qu’aujourd’hui -, pour bénéficier du chômage. C’est ainsi qu’elle décide qu’entre deux rôles, elle consacrera désormais son temps et son énergie à défendre ses intérêts, mais aussi et surtout ceux de ses consœurs et confrères. 
Devenue représentante syndicale au SFA, le syndicat français des artistes-interprètes, elle s’attelle, en particulier, au respect des droits de jeunes acteurs qui parviennent très difficilement à vivre de leur métier. Son franc-parler et sa détermination lui valent d’être remarquée par les journalistes. Dans les années 70/80 , elle intervient régulièrement à la télévision pour défendre leur cause, et en profite pour développer des idées personnelles . Convaincue que le travail d’un agent n’est pas de vous en trouver, mais exclusivement de parler argent avec les producteurs, elle suggère la création d’un fichier destiné aux employeurs en puissance, répertoriant les noms et la filmographie des comédiennes et comédiens. « Comment les gens peuvent avoir envie de vous engager s’ils ne vous connaissent pas ? », ajoute-t-elle en guise d’argument. Elle se demande aussi ce qu’il faut faire pour ne pas être oublié et se retrouver contraint de déclamer seul devant sa glace. La seule solution, en ce temps-là , pour jouer à tout prix, est d’accepter d’assurer des animations, des conventions ou des forums dans de grandes entreprises dont les dirigeants se refusent à assurer, en échange, la moindre couverture sociale. 
Elle participe en 1983 , à un mouvement de grève qui va se conclure par un accord sur l’indemnisation du chômage. Elle ne manque pas de s’interroger toutefois sur la réalité de cette notion qui, dans son esprit, demeure essentiellement administrative. À ses yeux, c’est un drame, hélas classique, qui ne doit pas empêcher de continuer à vivre d’espoir. Dans les moments où le téléphone ne sonne pas, il est moralement indispensable d’avoir un ou plusieurs projets en tête ou sur le papier. Tous ne se concrétisent pas, mais c’est la loi dans un univers qu’elle sait impitoyable. 
En 1988, Françoise Laborde, sa sœur, qui travaille au service économique de TF1 lui glisse à l’oreille que sa chaîne cherche à recruter une nouvelle « Miss Météo ». Elle lui conseille de présenter sa candidature. C’est ainsi qu’après des temps professionnels parfois difficiles, vont débuter, pour Catherine, 28 années sans le moindre nuage.

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