« Les souvenirs heureux de son rire » : le dernier hommage rendu à Émilie Dequenne au Père-Lachaise

De nombreux admirateurs et les proches de l’actrice belge, morte le 16 mars après une longue bataille contre le cancer, se sont rassemblés mercredi à Paris pour honorer sa mémoire.

Clin d’œil à la « lumière de son regard et de son sourire », le cercueil d’Émilie Duquenne est entré mercredi dans le crématorium du Père Lachaise sur la mélodie d’Emilie Jolie. Sa mère, Brigitte, a monté les marches et croisé cette pancarte de Jean-Charles de Castelbajac, où la jeune femme est représentée avec des ailes d’anges, le crâne rasé, symbole de sa douloureuse bataille contre la maladie.

Une demi-heure plus tôt, Michel Feracci, son mari, et ses deux, fils Enzo et Maël, ont ouvert la marche, rejoints par une centaine de personnes. Sur un ton maussade, marqué par l’absence de fleurs, – la famille de l’actrice ayant demandé que les invités fassent un don pour soutenir la recherche médicale contre le cancer à la place – quelques personnalités comme Sami Bouajila, Alice Belaïdi, Natacha Régnier, Albert Dupontel, Hafsia Herzi ou encore Andrea Ferréol ont défilé jusqu’à la porte. Les réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne, venus dire au revoir à leur Rosetta, étaient également présents. Avec un peu de retard, sa compatriote Virginie Efira et son confrère Vincent Macaigne se sont joints à cet hommage.

« Elle avait un jeu d’actrice formidable »

Autour des barrières de sécurité, quelques curieux étaient venus assister à la cérémonie depuis l’extérieur. Parmi eux, des Anglais qui ne connaissaient pas l’actrice, mais qui se sont pris d’émotion en découvrant le parcours et le combat d’Émilie Dequenne contre le cancer. Il y avait aussi beaucoup d’admirateurs. Brigitte, originaire de Lille, venue « pour la première fois » aux obsèques d’une artiste. « C’est mon actrice préférée, explique la septuagénaire. J’aimais sa personnalité, sa simplicité, son humanité et son authenticité. Elle apportait un rayon de soleil dans nos vies. » Un avis partagé par Thibaut, 23 ans, qui l’a découvert avec son rôle dans L’Équipier de Philippe Lioret : « Elle avait un jeu d’actrice formidable, un charme aussi. Cette cérémonie apportera un peu de gaîté dans ce moment si difficile. »

Pour lancer la cérémonie, les proches de l’actrice ont lu un message laissé par Audrey, sa petite sœur : « Plus vivante que toi tu meurs. […] Tu nous enverras des autographes des gens de là-haut…» Puis, sur un nouvel air musical, celui de Joe Dassin et son hymne Dans les yeux d’Émilie, c’était au tour de l’abbé Pierre-Jean Franceschi de prendre la parole. « Depuis l’annonce de ton départ, j’ai cherché les mots, a-t-il lancé. Je les ai cherchés jusqu’au plus profond de mon cœur. Des mots humains, il n’y en a pas. Si tu as reçu beaucoup d’amour, c’est parce que tu as donné beaucoup d’amour. » Et en se tournant vers la famille de la défunte : « Elle serait la première à vous dire ne soyez ni tristes ni bouleversés. La lumière de son regard et de son sourire vous aidera à traverser cette épreuve. »

Hommage de Lucas Belvaux 

La cérémonie, d’une petite quarantaine de minutes, a vu défiler plusieurs hommages. Les frères Dardenne muets, c’est un autre réalisateur qui a adressé un discours poignant. Lucas Belvaux, à la baguette de Pas son genre, où Émilie Dequenne interprétait merveilleusement bien la tumultueuse Jennifer, a déclaré garder encore « des souvenirs heureux de son rire, de son énergie, et de sa joie de vivre ». « Nous nous sommes mutuellement respectés, admirés d’une certaine manière, disait-il. Pas son genre a fait pleurer des hommes comme des madeleines, sans pouvoir dire un mot pendant 20 minutes. Émilie a révélé en eux quelque chose enfoui. C’est ce qui fait la différence entre une actrice et une grande actrice. Elle manquera au cinéma, elle me manquera, elle nous manquera tous… »

« Elle manquera au cinéma, elle me manquera, elle nous manquera tous… »

Lucas Belvaux

Et une chanson « qu’elle aimait beaucoup » résonna dans le crématorium du Père Lachaise. L’entraînante mélodie de Queen, Don’t stop me now. Impossible de ne pas faire le lien avec la mort trop précoce de cette reine du cinéma. Un second morceau de Queen a été interprété par Milla, la fille de l’actrice. Un Bohemian Rhapsody conclut par un tonnerre d’applaudissements. Et, enfin, un chant corse souhaité par le cardinal François Bustillo, qui voulait « être présent par la communion de prière et de pensée », est venu mettre un terme à la cérémonie.

Vers 16 h 30, les proches de l’actrice sont sortis du crématorium. Deux photos les devançaient. Celle d’une Émilie Dequenne souriante, cheveux longs, et une autre le crâne rasé, mais toujours avec le même sourire. Ce sourire inoubliable. Son mari, pourtant détendu à son arrivée, n’a su retenir ses larmes au moment de dire au revoir à son épouse. Sa fille, Milla, a cherché du réconfort auprès de lui. Et après les applaudissements de la foule, Émilie s’en est allée.

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