Deux tiers des Français achètent des livres en librairies, ils étaient 73 % en 2023

L’étude réalisée début 2025, révèle que les Français préfèrent acheter des livres dans les grandes enseignes (75 %) plutôt que dans les petits commerces. Même Amazon semble souffrir de ces nouvelles habitudes. Afin d’attirer à nouveau les clients, les libraires lancent des événements.

Quel avenir pour les librairies indépendantes ? Cette exception française, menacée, face à la désaffection pour le livre et à la part de marché croissante des grandes enseignes, se bat avec inventivité. La profession célèbre samedi 26 avril, la 27e Fête de la librairie indépendante, dans près de 700 librairies en France, Belgique, Suisse et Luxembourg. La date correspond au samedi proche de la Sant Jordi en Catalogne, une journée où on s’offre traditionnellement des roses et des livres. En Espagne en 2024, il s’était vendu ce jour-là 1,98 million de livres, un record. Dans les pays francophones, la tradition n’est pas encore établie mais les organisateurs de cette fête y travaillent. Thème de l’édition 2025 : « Pourquoi les librairies ne sont pas des commerces comme les autres ? ». 

Les signaux sont en effet inquiétants. Dans l’étude bisannuelle Les Français et la lecture réalisée en janvier-février par Ipsos pour le Centre national du livre, en 2025, pour la première fois depuis la première édition en 2015, les librairies sont passées derrière les grandes surfaces culturelles comme lieu d’achat des livres. Les sondés ont été 66% à citer les librairies et 75% ces grandes enseignes du type Fnac, Espace E. Leclerc ou Cultura. En 2023, 73% citaient les libraires et 69% les grandes surfaces. « Oui, aujourd’hui on est fortement concurrencés », commente auprès de l’AFP la libraire parisienne promotrice de la manifestation, Marie-Rose Guarnieri. « Les librairies sont des lieux imparfaits, elles ont des lacunes dans leur stock, des limites, mais un style et un savoir-faire, se défend la commerçante, Quand il n’y aura plus que des chaînes, uniformisées, elles n’offriront que des best-sellers. Et s’il y a une alerte à lancer, c’est de dire: ne désertez pas les librairies, car vous perdriez quelque chose de très important», ajoute-t-elle. Pour Jean-Marc Dechaud, président du SLAM (Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne), les raisons de ce détournement sont multiples : « Pour les lecteurs occasionnels, c’est plus pratique et rapide d’acheter les livres dans les grandes enseignes. Les ouvrages sont exposés à l’entrée et les clients pensent que comme les magasins sont grands, il y a beaucoup plus de choix que dans les petites librairies. Or, c’est souvent le contraire. »

Philippe Poutou se reconvertit en libraire

Le marché sur lequel se joue cette concurrence a tendance à stagner, voire reculer en 2025. Pour une éditrice parlant sous couvert de l’anonymat, « la baisse des ventes sur Amazon ne s’accompagne pas d’un report vers les librairies, même si on aimerait beaucoup »Amazon, qui ne veut donner aucun chiffre, semble en effet pâtir des 3 euros de frais de port sur les commandes de moins de 35 euros, obligatoires depuis octobre 2023. Pour Jean-Marc Dechaud, il peut y avoir une explication : « Les clients préfèrent certainement se rendre sur place, car ils n’ont pas les 3 € de frais de port à payer. Dans ces grandes enseignes, ils achètent les livres en même temps qu’ils font les courses. » Cette mesure a été conçue pour maintenir à flot le réseau de librairies en France. Mais la rentabilité est parmi les plus faibles des commerces de détail, d’après des chiffres du cabinet Xerfi, dans une étude commandée en 2024 par le Syndicat de la librairie française. « On distribue 26.000 exemplaires d’un livre, grâce aux Éditions Gallimard, ce qui attire les gens. Mais l’idée est aussi de rassembler la profession, y compris les libraires qui sont dans de petites villes, des villages, très isolés, pour qu’ils sentent cette confrérie », selon Marie-Rose Guarnieri.

Le métier continue d’attirer des vocations. Philippe Poutou, trois fois candidat à l’élection présidentielle pour le Nouveau Parti anticapitaliste, en reprend une à Bordeaux, Les 400 Coups. « Pas un supermarché du livre », promet-il dans Le Nouvel Obs . Le bourg de Saint-Martin-en-Haut, entre Lyon et Saint-Étienne, 4.000 habitants, s’apprête aussi à avoir sa librairie. D’autres ferment, comme L’Écume des jours à Toulouse, en mars. Pour La Dépêche du Midi, sa disparition «fait redouter un désert culturel» dans le quartier des Minimes.


Les Français et la lecture Résultats 2025, réalisé par Ispsos pour le Centre national du livre.

Sondage réalisé par téléphone, sur un échantillon de 1001 Français, âgés de 15 ans et plus, échantillon représentatif selon le système des quotas, sondage réalisé du 21 janvier au 4 février 2025.

Source du contenu: www.lefigaro.fr