Des tensions au Centre national de la musique après le vote du budget 2025

Le Centre national de la musique (CNM) a adopté cette semaine un budget 2025 censé pour la première fois assurer le financement durable de ses missions mais, derrière cette façade consolidée, «la maison commune de la musique» reste fissurée. Le conseil d’administration du CNM qui s’est tenu lundi a ainsi permis d’entériner un budget de 137,6 millions d’euros pour l’établissement public sous tutelle du ministère de la Culture, né d’une fusion d’anciennes entités en 2020, dont une large part (117,8 millions) doit être consacrée au programme d’aides.

Mais, si le Centre a mis en avant une feuille de route financière qui «assure pour la première fois le financement pérenne» de ses missions de développement de la filière, des voix se sont rapidement élevées pour critiquer les options retenues. Et ce alors que le secteur doit terminer de négocier le virage de l’après-crise sanitaire, avec un budget 2024 qui comportait encore plus de 28 millions d’euros de crédits exceptionnels. Parmi les sources de financement publiques et privées du CNM, la plus importante se trouve du côté du spectacle vivant, où le secteur privé est assujetti à une taxe sur la billetterie de 3,5%, qui a rapporté environ 50 millions d’euros en 2023.

Jusqu’à présent, 65% de cette taxe revenaient aux contributeurs, un mécanisme appelé «droit de tirage». Les 35% restants alimentaient un pot commun d’aides sélectives. Or, le CNM a décidé de raboter le droit de tirage à 60% dès le 1er janvier, ce qui gonflera la part dédiée à ces aides, qui sont ensuite fléchées par secteur pour soutenir la création musicale dans sa diversité ou de façon transversale pour favoriser le développement international ou la transition écologique par exemple. Un choix qui a aussitôt suscité une bronca du spectacle vivant privé.

Dissensions en interne

Le syndicat Ekhoscènes, qui en représente les entrepreneurs, a ainsi voté contre le budget 2025, considérant être «une nouvelle fois mis à contribution pour compenser des défaillances systémiques qui ne lui sont en rien imputables». «Si le spectacle vivant privé a toujours placé le principe de solidarité au cœur de ses engagements, il a aussi toujours rappelé que l’équité, au sein de la filière musicale et de variétés, devait en être le prérequis», a-t-il dénoncé.

La Scène indépendante, autre syndicat du spectacle vivant privé qui n’a pas accès aux instances décisionnaires, a dit refuser que «le droit de tirage soit la variable d’ajustement du budget du CNM», qu’elle estime «en déséquilibre du fait du faible rendement de la taxe streaming». En vigueur depuis janvier après d’âpres discussions, cette taxe applicable aux plateformes gratuites ou payantes de partage de contenus, à partir d’un certain chiffre d’affaires, doit rapporter 9,3 millions d’euros en 2024, soit 38% de moins que prévu. Mais certaines ne s’y sont pas encore conformées.

«Les 15 millions d’euros seront atteints l’an prochain», une fois le «rythme de croisière» pris, avait assuré fin octobre Jean-Philippe Thiellay, le président du CNM. Grâce à ses dispositifs de soutien, «la maison commune de la musique continue d’affirmer son engagement pour accompagner les entreprises de la musique et des variétés dans des contextes qui demeurent globalement fragiles et en pleine mutation», même si de «réelles opportunités» existent, a-t-il affirmé.

Cependant, si les différents acteurs s’accordent sur la nécessaire solidarité de la filière, certains continuent de s’interroger sur la politique du CNM. «La maison commune de la musique, c’est la maison hantée, faut pas y entrer», a raillé un cadre dirigeant d’un poids lourd de l’industrie musicale. Hormis resserrer ses rangs, d’autres sujets sensibles attendent encore le Centre national de la musique l’an prochain, comme le modèle économique en danger des festivals, à réinventer d’urgence.

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