Une plainte pénale inédite pour “traite d'êtres humains”

La plainte visant Deliveroo et Uber Eats a été déposée par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations AMAL et Ciel.

Livraison de nourriture à domicile (UnlimPhotos)

Quatre associations d’entraide aux livreurs ont porté plainte auprès du parquet de Paris, le mercredi 22 avril, contre Deliveroo et Uber Eats pour traite d’êtres humains. Elles dénoncent le modèle économique de ces plateformes, qui repose selon elles sur l’exploitation d’une main-d’œuvre précaire avec des conditions de travail et des revenus indignes.
La plainte a été déposée par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations AMAL et Ciel.

Les accusations

Selon leur avocat, Me Thibault Laforcade, les livreurs travaillent jusqu’à 60 heures par semaine « dans des conditions dangereuses, pour des rémunérations largement inférieures au Smic horaire, sans protection sociale, et sous la menace constante de perdre leur compte et donc leur seul revenu ». Il dénonce l’engrenage des algorithmes des plateformes, qui exploitent la vulnérabilité des travailleurs.
Selon les plaignants, les livreurs, « totalement dépendants », sont « contraints d’accepter n’importe quelles conditions de travail ».

Le profil des livreurs concernés

D’après une enquête menée en 2025 par Médecins du monde et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs, 98 % sont nés à l’étranger et 64 % sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros bruts mensuels. On estime qu’il y a entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs en France selon les sources.
Une action civile pour discriminations également envisagée
Les associations ont également mis en demeure Uber Eats de faire cesser des « discriminations », sous peine d’engager une action de groupe. En l’absence de réponse satisfaisante sous 30 jours, l’action serait portée devant le tribunal judiciaire de Paris.

La réponse des plateformes

Uber Eats assure que cette plainte « ne repose sur aucun fondement ». Deliveroo, de son côté, dit contester « vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées » et « rejette fermement toute assimilation de son modèle à une situation d’exploitation ou de traite des êtres humains ». Deliveroo indique appliquer un accord d’avril 2023 garantissant aux livreurs un revenu horaire minimum de 11,75 euros.

Un appel au changement réglementaire

Les nombreuses études et alertes sur le fonctionnement des plateformes « ne les ont absolument pas incitées à changer. Elles ont un sentiment de totale impunité, car elles n’ont pas de cadre légal », déplore le coordinateur de la Maison des livreurs, qui appelle à un « changement réglementaire ».

Source du contenu: infodujour.fr