Reportage France – Artisanat d'art: la crainte de voir les savoir-faire disparaître

En France, les élèves de terminale vont recevoir, ce 3 juin, les résultats de leurs affectations post-bac sur la plateforme Parcoursup. Certains s’orientent peut-être vers une filière d’artisanat d’art. Et il en faut ! Tailleur de pierre, chaudronnier, verrier, ébéniste… Les métiers d’art peinent à recruter. En 2025, on comptait 150 000 offres d’emplois non pourvues. Clara Duban est allée à la rencontre de ceux qui s’inquiètent de voir disparaître leurs savoir-faire.

De Clara Duban, service France de RFI

Dans son atelier dans le centre de Paris, Christophe Daby crée des luminaires en bois. Les formes sont épurées, chics. Son entreprise, c’est lui, une apprentie et deux stagiaires. Depuis six ans, il recherche la perle rare qui voudrait collaborer durablement avec lui. Les apprentis qu’il a formés successivement ne restent jamais plus de quelques années. Un frein pour son entreprise :

« On est bridé dans la créativité, dans la création de nouvelles pièces, parce qu’aujourd’hui, après 15 ans d’existence, j’ai peut-être un catalogue avec 15 collections, chacune nécessitant de maîtriser des savoir-faire propres. Donc, ma priorité, quand j’intègre quelqu’un, c’est qu’il sache produire et réaliser les pièces qu’on a déjà au catalogue. Du coup, on ne peut pas sortir de nouvelles pièces. »

Pour lui, le modèle économique des métiers d’arts n’attire pas car trop peu rémunérateur par rapport aux conditions de travail : « Il faut jeter la pierre à personne. Quand vous voyez les retraites d’un artisan d’art, c’est misérable. Ce n’est pas qu’il n’a pas envie, c’est que juste qu’il veut s’assurer qu’il peut vivre. Vous avez des jeunes qui sont ultra motivés au début, puis ils se disent “oui mais c’est lourd, je vais me blesser, je m’abime les mains, je me fatigue le dos…” Enfin, concrètement, on se fatigue. Je pense qu’il y a beaucoup de candidats qui, au bout de quelques années, se rendent compte de ça, qui sont vraiment séduits par l’image que ça renvoie, parce que c’est le plus beau métier du monde, ça tout le monde le dit : “Ah, mais c’est génial, tu travailles le bois, les copeaux, les trucs et tout, ça fait rêver.” Le quotidien, ce n’est pas ça. »

Transmettre des métiers centenaires

Christophe et bon nombre d’artisans s’inquiètent pour le devenir de leur art. Alors, au lycée professionnel d’arts de la mode Octave-Feuillet à Paris, on s’applique à transmettre ces métiers centenaires, tout en les mettant au goût du jour. Tiffany Houssinger, professeur de broderie Cornely, a appris à ses élèves à broder des fils conducteurs reliés à des diodes :

« En fait, j’ai appris aux élèves à broder avec des fils conducteurs où, branchés à des diodes et des résistances, elles s’allumaient. En brodant, on arrive à utiliser la lumière et d’autres matières modernes. C’est un métier qui perdure et on continue à avoir de la demande dans ce domaine-là. »

Dans l’établissement, on forme aussi de futurs plumassiers, fleuristes de mode ou encore modistes. Mais chaque année, les 13 classes ont du mal à se remplir de nouveaux passionnés.

« ​​​​​Il y a un risque de disparition des métiers »

L’Institut pour les savoir-faire français, une association reconnue d’intérêt général qui contribue au rayonnement des métiers d’art, alerte sur la situation actuelle : « Il y a un risque de disparition des métiers si on ne trouve pas de successeur : successeur dans le geste, mais successeur aussi des entreprises. On a besoin de voir émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs. On a vraiment besoin d’accompagner cette transmission-là, parce que si on ne l’accompagne pas, on va perdre des gestes, on va perdre des entreprises et derrière, on a vraiment un enjeu important. Un enjeu culturel et patrimonial. Les savoir-faire français ont quand même cette notoriété. Mais aussi, on a un enjeu de souveraineté de la production française. On a besoin de continuer à produire en France parce que ça crée de l’emploi, parce que ça fait vivre des territoires et que quand une manufacture ferme dans un territoire, eh bien potentiellement, c’est des écoles qui ferment, c’est des commerces qui ferment, c’est une économie locale qui s’en trouve dégradée. Et c’est des métiers qui vont être très peu impactés par l’IA », explique Anne-Sophie Doroyon-Chavanne, vice-présidente de l’institut.

D’ici à 2030, un quart des artisans d’art partira à la retraite.

Source du contenu: www.rfi.fr