Politique, le choix de la semaine – Le bloc central exaspéré par Sébastien Lecornu

Les relations sont de plus en plus compliquées entre le Premier ministre et le bloc central. Cette semaine un épisode a mis le feu aux poudres.

Le Premier ministre a repoussé lundi soir sine die une proposition de loi permettant d’élargir le travail le 1er mai, largement promue par le chef du parti Renaissance, auquel le Premier ministre appartient également.

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L’ensemble des syndicats et des partis de gauche étaient vent debout contre le texte, dont devaient bénéficier les boulangers et les fleuristes. Son passage en force la semaine dernière par une manœuvre parlementaire avait valu à l’exécutif des menaces de censure de la gauche, y compris du PS.

En refusant de convoquer une commission mixte paritaire en début de semaine, le Premier ministre a donc mis le feu aux poudres dans son propre camp. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a, en début de semaine, mis en cause le manque de concertation du gouvernement, qui a eu plus d’un an pour négocier avec les organisations syndicales, a-t-elle déclaré.

D’autres pointent un problème plus large de coordination au sein de l’exécutif. « Chacun parle dans son couloir », déplore un cadre du groupe, qui appelle à une communication « plus collective et plus politique ».

Mais en interne, le malaise persiste : plusieurs élus redoutent que ce type de sortie ne fragilise davantage un bloc central déjà sous pression.

À un an de l’élection présidentielle, les désaccords se multiplient entre le gouvernement et les partis censés soutenir Emmanuel Macron

Après la colère qui a éclaté en début de semaine sur le texte relatif au travail le 1er mai c’est ensuite, le vote sur le projet de loi dit de simplification de la vie économique qui a agi comme un révélateur mardi soir. Le groupe Renaissance s’est divisé en deux. 25 ont voté pour, 30 contre. Les députés venaient de rejeter l’amendement du gouvernement réintroduisant les zones à faibles émissions et le zéro artificialisation nette. Les troupes de Gabriel Attal sont les seules à s’être ainsi coupées en deux. Il faut noter qu’il est très rare qu’un gouvernement n’ait pas le vote de son groupe. Car le texte était initialement porté par le gouvernement. Ce recul de l’exécutif révèle le fossé qui se creuse entre Gabriel Attal, qui se sert de l’Assemblée nationale comme d’une tribune pour installer sa candidature à la présidentielle, et Sébastien Lecornu, qui fait tout pour ne pas être renversé. Mais avec le Modem et Horizons, autres partis partenaires du gouvernement, l’ambiance n’est pas non plus au beau fixe.

Certains dénoncent également la partition que joue Gabriel Attal

L’ancien Premier ministre est candidat à la présidentielle de 2027. Il tente d’avancer ses pions et certains députés Renaissance déplorent discrètement les textes clivants que le chef du parti met à l’ordre du jour. Il est notamment accusé d’avoir sous-estimé la portée symbolique du 1er-Mai. « On ne peut pas ignorer la charge symbolique du 1er-Mai » glisse un élu Renaissance. Quand un autre explique qu’il faut qu’il arrête « de prendre en otage l’Assemblée avec des trucs très clivants ». Sous-entendu : le patron de Renaissance instrumentaliserait certains textes à des fins électorales.

Quoi qu’il en soit, à mesure que les échéances politiques approchent, ce genre d’épisode met en lumière les lignes de fracture au sein du bloc central.

En suspendant un processus législatif, Sébastien Lecornu a peut-être évité une crise ouverte avec les syndicats. Mais il en a déclenché une autre, à domicile. Dans un Parlement sans majorité absolue, où chaque texte se négocie au fil du rasoir, se faire des ennemis dans son propre camp reste la plus coûteuse des économies.

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