Député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget et chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou, Philippe Juvin cumule les casquettes. De l’état des hôpitaux français aux soins palliatifs, du budget 2026 à la présidentielle, il répond aux questions de Frédéric Rivière dans L’Atelier Politique.
L’hôpital français : bien soigné… mais pas également
Le tableau n’est pas rose. « Globalement, on est plutôt bien soigné en France, mais de façon très hétérogène », pose d’emblée Philippe Juvin. Et d’illustrer l’inégalité d’une formule piquante : « Moi, je sais où me faire opérer. Vous, vous ne savez pas. »
L’inégalité est structurelle. Certains établissements sont ultramodernes, d’autres profondément délaissés. Un chiffre l’alarme plus que tout : la mortalité infantile française, en hausse, dépasse désormais celle de nos voisins européens. « Nous ne sommes plus le meilleur système de santé du monde, comme on l’a cru pendant des années. »
La gouvernance des hôpitaux est aussi en cause. Longtemps dominés par les cadres administratifs, les établissements ont tiré une leçon du Covid. « Le legs de la pandémie, c’est la nécessité des circuits courts de décision, pris localement, à toute vitesse, par des gens qui connaissaient le sujet. » Depuis, des directeurs médicaux co-existent avec les directeurs administratifs. Philippe Juvin y voit un progrès fragile, à cultiver.
Fin de vie : le médecin contre la loi
Sur l’aide à mourir, Philippe Juvin ne mâche pas ses mots. Médecin urgentiste depuis des décennies, il a été confronté à des demandes d’euthanasie. Bilan ? « Toutes ont disparu quand on apportait une réponse. »
Les chiffres sont sans appel. À l’entrée en soins palliatifs, 3% des patients souhaitent mourir. Une semaine plus tard : 0,3%. « Dix fois moins ! Parce qu’en une semaine, vous avez apporté des réponses—contre la douleur, l’isolement, les questions sociales… » Une demande d’euthanasie, dit-il, c’est d’abord « un appel au secours ».
Sa critique la plus acide vise l’hypocrisie sociale que cache le mot « liberté ». « Quand vous êtes riche, entouré, avec une famille aimante, la fin de vie est moins pénible. Mais quand vous êtes seul dans votre souffrance et que l’infirmière ne passe qu’une fois par jour… Ce n’est pas une loi de liberté, parce qu’on n’est pas tous libres. »
Et le constat est brutal : un Français sur deux qui a besoin de soins palliatifs n’y a pas accès. « Ma crainte, c’est qu’il y ait des gens qui demandent l’euthanasie par défaut d’accès aux soins palliatifs. »
Budget 2026 : le possible contre le souhaitable
Député rapporteur général du budget, Philippe Juvin défend le PLF 2026 adopté le 2 février 2026, non sans ambivalence. Il cite Raymond Aron pour résumer sa position : « En politique, la question qui se pose toujours, c’est entre le possible et le souhaitable. Le souhaitable, c’était un budget de droite. Mais ce n’était pas possible. Alors j’ai choisi le possible. »
Sans majorité absolue à l’Assemblée, le texte est nécessairement composite. Juvin n’en cache pas l’insatisfaction, mais brandit un argument déterminant : le réarmement. « Sans budget, vous ne pouvez pas réarmer le pays. Nous n’avons pas suffisamment de chars, d’avions, une incapacité à tenir un front de plus de 80 kilomètres. Le patriotisme, c’est facile—mais il faut des preuves de patriotisme. »
Sur les concessions faites au Parti socialiste, il est plus critique : « Je trouve qu’on aurait pu être beaucoup plus chiche avec les socialistes. Je pense qu’ils n’auraient jamais voté la censure. »
Présidentielle : la primaire comme condition de survie
Dans quinze mois, la France votera pour son président. Les sondages placent le RN en tête. Philippe Juvin refuse le fatalisme, mais pose ses conditions. « Tous ceux qui étaient donnés gagnants un an avant ont perdu. Donc ce n’est pas fait. »
Pour la droite et le centre, le chemin est étroit : il faut une vision « pas des mesures, une vision de la société », une incarnation—il soutient Bruno Retailleau—et surtout, une seule candidature. « Si vous avez deux, trois, quatre candidats, vous n’êtes pas au second tour. Il faut une primaire. »
Quant au thème de la campagne, Philippe Juvin plaide pour les services publics. « La droite a longtemps été le père fouettard des services publics. Pourtant, c’est la colonne vertébrale de la solidarité de la République. »
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