Invité de L’Atelier Politique, le député européen écologiste David Cormand livre son analyse sur l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, revient sur la posture du chancelier Merz face à Donald Trump, dénonce le « passage en force » de Von der Leyen sur le Mercosur et tire la sonnette d’alarme sur la dérive de Jean-Luc Mélenchon.
Iran : « C’est potentiellement le pire qui arrive »
L’opération militaire coordonnée entre les États-Unis et Israël contre le régime iranien laisse-t-elle espérer un Moyen-Orient plus apaisé ? David Cormand ne cache pas son pessimisme. « J’ai peur que non », répond-il d’emblée.
Il rappelle les précédents : l’Irak après le 11 septembre, la Libye. « À chaque fois, les puissances occidentales ont fait tomber des dictateurs — dont il ne s’agit pas ici de faire l’apologie — mais la motivation profonde de ces interventions n’est pas le bien des peuples sur place. »
Sur la justification avancée par Donald Trump — l’Iran à quelques semaines de la bombe atomique, David Cormand est direct : « C’est évidemment complètement grotesque. » Et quand Trump fixe ses objectifs, « il parle de la sécurité des États-Unis et dit au peuple iranien : ça sera à vous de régler les choses. » Agir avec ces motivations, estime-t-il, « c’est potentiellement le pire qui arrive. »
David Cormand reconnaît la légitimité de l’espoir des Iraniens en exil. « Ces sentiments sont légitimes. » Mais agir « en dépit du droit international, sans préparer le jour d’après de façon sérieuse », c’est selon lui s’exposer à des lendemains qui déchantent.
Le droit international, une ligne à ne pas franchir
Face aux déclarations explicitement menaçantes de Khamenei et Ahmadinejad contre Israël, l’État hébreu n’était-il pas fondé à agir préventivement ?
David Cormand ne conteste pas la nature du régime. « Ce sont des intégristes fanatiques antisémites atroces depuis 42 ans. » Mais il refuse l’argument du droit préventif. « Dans le droit international, il n’y a pas de droit préventif à se défendre. Qui décide du niveau de menace qui autorise de déclencher le feu guerrier ? »
Accepter ce principe, poursuit-il, revient à dire que chaque État peut unilatéralement évaluer une menace et frapper. « On voit bien où cela peut mener. »
La France et ses engagements dans la région
Sur le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, David Cormand soutient la décision française. Chypre, touchée par des drones, est membre de l’Union européenne, les accords de soutien réciproque s’appliquent. « La France joue son rôle ».
Merz face à Trump : « Une faute extrêmement lourde »
Sur l’attitude du chancelier allemand Friedrich Merz à la Maison Blanche, David Cormand se montre très sévère. La scène : Friedrich Merz, aux côtés de Trump au moment où celui-ci menaçait l’Espagne de sanctions commerciales, sans défendre son partenaire européen.
« Il a été en dessous de tout », tranche David Cormand. « Un peu comme un idiot, il faut le dire, à côté de Trump, à devoir être témoin des affabulations habituelles. » Pour lui, c’est « une faute de discernement diplomatique absolument dommageable », d’autant que l’Allemagne « n’est pas n’importe quel pays dans l’Union européenne. »
David Cormand va plus loin : l’Allemagne, dont la défense a historiquement reposé sur les États-Unis et sur la France, « donne des leçons en matière de budget de défense » à un pays souverain qui refuse l’usage de ses propres bases. « C’est une mauvaise manière. »
Sur les menaces commerciales de Trump envers Madrid, sa position est nette : « Toucher l’un des pays de l’Union européenne, c’est toucher les 27. »
Mercosur : « Un passage en force »
David Cormand est très critique sur l’application provisoire du traité de libre-échange avec le Mercosur, décidée par Ursula von der Leyen, malgré une saisine de la Cour de justice européenne par le Parlement européen.
Techniquement, explique-t-il, la Commission a suivi la procédure : après validation par la Commission puis par le Conseil, une application provisoire est possible sans ratification parlementaire. « Elle respecte la lettre des traités. De mon point de vue, elle n’en respecte pas l’esprit. »
Sur le fond, David Cormand rejette l’argument géopolitique des partisans du traité — résister au protectionnisme trumpiste par le libre-échange. « Trump, ce n’est pas une rupture avec le libre-échange, c’est sa dégénérescence. Vouloir y répondre en continuant le libre-échange sans changer de modèle, c’est une faute historique absolue. »
Il relève une ironie : « Le premier pays d’Amérique du Sud à ratifier l’accord pour enclencher l’application provisoire ? L’Argentine de Milei, premier soutien de Trump en Amérique du Sud. »
Europe : « Pas trop d’Europe. Pas assez de fédéralisme »
Pour David Cormand, le problème de l’Union européenne n’est pas un excès de pouvoir technocratique mais un déficit démocratique. Sa conviction : le Parlement européen, seule institution issue du suffrage universel européen, doit primer.
« L’Union européenne, c’est un outil démocratique qui à 70 ans. C’est une démocratie inachevée. » Il plaide pour un « régime parlementaire fédéraliste européen où le pouvoir est au Parlement européen », estimant qu’en diluant les responsabilités, l’Union « porte atteinte à l’esprit de la démocratie. »
Sur l’Ukraine, David Cormand soutient un geste symbolique fort : des parlementaires ukrainiens comme observateurs dans l’hémicycle européen, mais se méfie d’une adhésion accélérée. « L’urgence, c’est que cette guerre s’arrête, que la Russie recule, que le territoire ukrainien soit sécurisé. »
Mélenchon : « Il veut être le roi du cimetière »
Il y a dix ans, David Cormand alertait contre le risque d’un populisme de gauche cherchant à combattre l’extrême droite sur son propre terrain. « Celui qui gagne, c’est le plus chimiquement pur. Vous ne pouvez pas être plus populiste que l’extrême droite. »
Les propos de Jean-Luc Mélenchon sur l’affaire Epstein ont, selon lui, franchi une ligne. « Ce sont des termes antisémites. Il faut nommer les choses. » Pour autant, David Cormand refuse de rompre avec les listes insoumises aux municipales. « Je ne veux pas diviser la gauche comme il a envie de le faire. Son objectif dans cette affaire, c’est de faire perdre la gauche. Il veut être le roi du cimetière. »
La main tendue aux militants insoumis reste, dit-il, la meilleure façon « d’en finir avec les excès de Jean-Luc Mélenchon. »
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