C’est l’arbre emblématique du littoral de la Côte d’Ivoire, de San Pedro à Assinie. Le cocotier est sous la menace du jaunissement mortel, une maladie qui décime les cocoteraies du pays depuis un peu plus de 30 ans. Aucun remède efficace n’est connu et cette calamité pourrait encore accentuer le déclin de la filière nucicole.
De notre envoyé spécial à Addah, près de Jacqueville, capitale ivoirienne de la noix de coco,
Les dizaines de troncs de cocotiers dressés vers le ciel ressemblent à des totems perdus dans la brousse. Kouassi est paysan, il s’occupait de la parcelle : « Les premiers signes n’ont pas été vite reconnus, il y a eu plusieurs noix qui sont tombées, les feuilles sont devenues jaunes et ont commencé à tomber. »
Les cocoteraies du paysan sont atteintes par le jaunissement mortel – une maladie causée par un phytoplasme. Ce parasite est transmis à la plante par des cicadelles. Le cocotier est alors condamné, explique le botaniste Béranger N’Goran, le spécialiste ivoirien du jaunissement mortel du cocotier. « Les inflorescences, ça commence à noircir et une fois que ça a noirci, le cocotier meurt au bout de cinq à dix mois », explique-t-il.
Pour ce chercheur du Centre national de floristique, aucun remède n’existe : « Pour le moment, tout ce qui est proposé, ce sont des mesures prophylactiques, pour limiter la propagation de la maladie, regrette-t-il. Les essais sont toujours en cours pour identifier une molécule qui pourrait permettre de lutter contre la maladie. Mais jusqu’à présent, aucun produit efficace n’a été trouvé. »
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Mieux comprendre la propagation
La recherche ivoirienne se concentre sur la détection précoce du jaunissement mortel, à l’aide de drones et d’images satellites. Objectif : comprendre la propagation du phytoplasme pour mieux le freiner. Autre espoir : développer un cocotier hybride, capable de résister.
Pour le moment, aucune tentative de « replantation » n’a été couronnée de succès, selon Béranger N’Goran. Faute de mieux, le botaniste préconise de défricher entièrement les parcelles infectées, et d’incinérer les cocotiers touchés.
En attendant, la maladie progresse inexorablement depuis son apparition au début des années 1990 sur l’île de Grand-Lahou, à 60 kilomètres à l’ouest d’Addah. En trente ans, 5 000 hectares de cocoteraies et au moins 750 000 arbres y ont péri.
Production divisée par trois
James, un fonctionnaire retraité qui dit s’être endetté pour planter des cocotiers, redoute cette perspective ; il produisait sur ses terres au moins 20 000 noix par an, mais le jaunissement mortel est apparu. « Quand je pratiquais cette affaire de coco, je gagnais au moins 900 000 francs CFA par semestre, témoigne-t-il. Aujourd’hui, c’est rien. 15 à 20 hectares, tout est décimé. Il me reste quoi là-bas ? J’assiste impuissant à ma mort prochaine ».
Selon les chefs traditionnels, les cocotiers faisaient autrefois la richesse et la réputation d’Addah. Face à la maladie, les paysans se tournent vers la culture du manioc. La Côte d’Ivoire produit environ 120 000 tonnes de noix de coco par an, trois fois moins qu’il y a 40 ans.
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