Chronique des matières premières – La Chine se détourne de l'arachide africaine au profit de la sud-américaine

C’est une saison compliquée pour l’arachide du continent africain : elle est devenue moins compétitive que l’arachide sud-américaine, et donc moins intéressante pour les acheteurs, en particulier pour la Chine, le premier importateur. Le pays s’est intéressé de très près, cette année, aux arachides d’Amérique latine.

Le principal enjeu en Chine, c’est le prix, avant même le choix de la variété, car l’essentiel des arachides est transformé en huile. Les importateurs chinois, qui ont globalement peu acheté depuis octobre, se sont concentrés sur les producteurs qui offraient les plus bas prix et où il y avait de la disponibilité, relève le Service agricole N’kalô.

La dernière récolte brésilienne a été très bonne et le pays a pu répondre à la demande. Ces derniers mois, le Brésil, comme l’Argentine, a vu exploser ses exportations d’arachides décortiquées et d’huile d’arachide vers l’empire du Milieu.

Des fournisseurs africains moins présents

Ce qui a défavorisé les arachides d’Afrique, c’est aussi tout simplement qu’elles ont été moins présentes sur le marché. Traditionnellement la Chine s’approvisionnait au Soudan, or la guerre a perturbé les flux. Depuis octobre dernier, pas une arachide n’a quitté le Soudan pour la Chine, selon les données de N’Kalô. La saison dernière – 2024/2025 –, le pays avait pourtant vendu à son partenaire plus de 160 000 tonnes. 

La Chine est généralement très active aussi au Sénégal, mais les autorités ont mis en place de mi-novembre à mi-janvier des restrictions à l’exportation pour privilégier leur industrie locale, ce qui a fait chuter les volumes sénégalais exportés. 

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Le Brésil et l’Argentine, des partenaires plus « fiables » ?

Il y a aujourd’hui un risque que la Chine se détourne durablement de l’Afrique au profit de l’Amérique du Sud. C’est en tout cas ce qui va se jouer dans les prochaines années selon N’Kalô. Les fournisseurs habituels ont été moins fiables et ont montré qu’ils pouvaient temporairement, pour des raisons différentes, ne plus exporter, alors que les ruptures d’approvisionnement en Argentine et au Brésil sont beaucoup moins probables, relève un des experts agricoles de l’organisation. Ce qui, d’un point de vue commercial, est un atout, surtout pour un gros acheteur comme la Chine.

On observe un peu le même scénario dans le secteur du sésame. Le Brésil s’est mis à en produire depuis quelques années et grâce à des chaînes d’approvisionnement efficaces, le pays offre ainsi une forme de garantie aux acheteurs internationaux. Résultat, le géant d’Amérique latine a gagné des parts de marché auprès des importateurs indiens et chinois qui ont pourtant leurs habitudes au Nigeria et au Burkina Faso. L’avantage prix, offert généralement par l’Afrique, dans le sésame, perd même du terrain au profit de la sécurité des flux.

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