Député MoDem du Finistère depuis 2017, Erwan Balanant est un parlementaire très actif sur les questions de protection de l’enfance, de liberté de création et de régulation numérique. Auteur de la loi de 2022 sur le harcèlement scolaire, rapporteur de la commission d’enquête sur les violences dans le monde de la culture, il revient sur ses combats législatifs et propose son analyse sur l’état de la démocratie. Invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.
Le harcèlement scolaire : des avancées rattrapées par les réseaux
Cinq ans après la remise de son rapport parlementaire sur le harcèlement scolaire, Erwan Balanant dresse un bilan contrasté. La loi qui porte son nom a donné pour la première fois une définition légale au phénomène, et une prise de conscience a gagné une partie de la société. Mais le député finistérien considère que les progrès réalisés ont été réduits par la montée en puissance des algorithmes.
Erwan Balanant pointe en particulier la dimension continue du harcèlement en ligne, qui prive les victimes de tout répit : « Quand vous étiez harcelé à l’école, une fois que vous étiez chez vous, vous aviez un certain répit. Aujourd’hui, les enfants n’ont aucun répit. »
La régulation des plateformes : l’espace numérique soumis aux mêmes règles
Pour Erwan Balanant, la solution n’est pas uniquement répressive. Elle implique une réforme profonde du cadre juridique applicable aux grandes plateformes. Il établit une comparaison directe avec l’espace public physique : dans la rue, l’anonymat de fait n’exclut pas la responsabilité pénale. Il en déduit que la même logique doit s’appliquer en ligne.
« L’espace public numérique doit avoir les mêmes règles que l’espace public. Pour moi, c’est simple, et si on fait ça, on arrivera à réguler. »
Erwan Balanant plaide pour que les plateformes assument une responsabilité éditoriale comparable à celle d’un directeur de publication. Il estime que l’espace numérique est aujourd’hui « régulé par les algorithmes et par la finance », ce qui constitue selon lui un problème de fond pour la démocratie.
Violences dans la culture : 17 mesures législatives en préparation
Rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les violences dans le monde de la culture aux côtés de Sandrine Rousseau, Erwan Balanant annonce la publication imminente d’un texte législatif. Le député rappelle que plus de 80% des victimes recensées dans ce secteur sont des femmes, et que les travaux de la commission ont déjà entraîné l’évolution de plusieurs conventions collectives.
Le texte, qui doit être présenté à l’occasion du Festival de Cannes, comprend dix-sept mesures législatives. Erwan Balanant précise que le dispositif dépasse le seul secteur culturel : « On profite de ce texte pour proposer un dispositif de contrôle renforcé de l’honorabilité des personnes qui s’occupent ou qui ont la responsabilité d’enfants. »
Pour Erwan Balanant, ce résultat illustre la valeur du travail parlementaire conduit avec méthode : « C’est justement le travail des commissions d’enquête quand elles sont menées avec sérieux. »
Restitution des œuvres : « un texte de réconciliation entre les peuples »
Adoptée à l’unanimité le 13 avril 2026 par l’Assemblée nationale, la loi facilitant la restitution des œuvres acquises durant la période coloniale a reçu le soutien d’Erwan Balanant. Le député y voit une question de justice culturelle autant que de mémoire.
Pour l’expliquer, Erwan Balanant recourt à une métaphore botanique : « Il y a des arbres qui continuent à pousser quand ils ont été déracinés sur une autre terre, mais jamais ils ne s’expriment mieux que sur la terre où ils sont nés. Et les œuvres d’art, c’est la même chose. »
Il décrit le texte comme « un texte de réconciliation entre les peuples », à condition que les œuvres restituées puissent être correctement conservées et exposées.
Commission sur l’audiovisuel public : un rapport contesté
Membre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, Erwan Balanant se trouve dans une position délicate à la veille du vote sur la publication du rapport. Annoncé initialement favorable à la publication, il a exprimé des réserves après lecture du document.
« J’ai dit dans un premier temps que je ne censurerai pas le texte. Mais à date, j’ai des questions, parce qu’il y a des propos à la limite de la diffamation et des manipulations de chiffres dans ce rapport. »
Erwan Balanant estime néanmoins que rejeter le texte serait faire le jeu du rapporteur, Charles Alloncle. Il formule sa position en ces termes : « Je ne veux pas lui offrir ce totem de la censure. » Il appelle à un dialogue en séance pour obtenir la réécriture des passages problématiques, tout en reconnaissant que certaines propositions du rapport lui paraissent utiles.
La Digue : un engagement transpartisan contre l’extrême droite
Erwan Balanant a rejoint le conseil d’administration du mouvement La Digue, fondé par le député écologiste Pouria Amirshahi, dont l’objectif est de lutter contre la montée de l’extrême droite. Il est l’une des rares personnalités non issues de la gauche à avoir adhéré à ce mouvement.
Pour Erwan Balanant, la défense de l’État de droit transcende le clivage droite-gauche : « La Déclaration universelle des droits de l’homme, notre Constitution, le bloc de constitutionnalité, tout ce qui constitue l’État de droit n’est ni de droite ni de gauche. »
Il se montre toutefois attentif à ne pas user de mots à la légère. Il estime que l’emploi abusif du terme « fascisme » par une partie de la gauche est contre-productif, citant notamment le cas de la campagne municipale à Toulouse où un « front antifasciste » s’est constitué face au maire sortant Jean-Luc Moudenc, qu’il qualifie de « quelqu’un de très modéré et humaniste ».
2027 : le défi de la solidarité intergénérationnelle
Interrogé sur les enjeux de l’élection présidentielle de 2027, Erwan Balanant formule un souhait plutôt qu’une prévision. Il identifie comme défi structurant le lien entre les générations, dans un contexte de déclin démographique.
« Nous avons un vrai problème démographique qui fait que les jeunes n’ont plus envie de faire des enfants, ou parfois ils ont l’envie, mais ils n’ont pas la capacité. La question du logement est un vrai frein à faire des enfants. »
Erwan Balanant rappelle que le modèle social français repose depuis le Conseil national de la Résistance sur la solidarité intergénérationnelle. Il conclut en appelant à un partage plus équitable des richesses entre les générations, « pour que chacun ait l’impression de participer à cette belle histoire qu’est l’histoire de la France et l’histoire de l’Europe. »
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