Les chiffres publiés ce mercredi par Eurostat pour l’ensemble de l’année 2025 sont sans appel : la France confirme sa place de mauvais élève de l’Union européenne sur le plan des finances publiques;, comme ne cesse de le répéter l’économiste Marc Touati.
La France, cancre de la zone euro
Avec un déficit public atteignant 5,1 % du PIB, la France se retrouve en deuxième position des pires élèves de la zone euro, juste derrière la Belgique (5,2 %), loin au-dessus de la moyenne de la zone euro fixée à 2,9 %. De nombreux pays membres affichent pourtant des excédents budgétaires — Chypre, l’Irlande, la Grèce ou le Portugal —, démontrant que la discipline budgétaire est possible.
Sur la dette publique, la situation est tout aussi préoccupante. Eurostat a révisé à la hausse le chiffre français, désormais établi à 116,2 % du PIB au quatrième trimestre 2025 — soit plus de 3 points supplémentaires par rapport aux estimations de l’INSEE. En volume, cela représente 3 400,5 milliards d’euros de dette, en hausse de quelque 154 milliards d’euros sur la seule année 2025, et de 1 300 milliards depuis 2017. Sur la même période, la richesse nationale en valeur (PIB nominal) n’a progressé que de 800 milliards d’euros, laissant un trou de 500 milliards d’euros qui s’est évaporé du circuit économique.
La France représente aujourd’hui près de 25 % de la dette publique totale de la zone euro — la première contributrice, devant l’Italie (22,3 %) et l’Allemagne (20,4 %). Un record que rien ne vient célébrer.
Des dépenses publiques hors de contrôle
Sur le plan des dépenses, la France est également en tête mondiale : 57,5 % du PIB en dépenses publiques, un niveau sans équivalent dans l’Union européenne, devant la Finlande (57,3 %). Depuis 1980, ces dépenses ont progressé de près de 700 %, quand le PIB en valeur n’augmentait que de 567 % — un écart de plus de 130 points qui illustre une croissance structurellement financée à crédit.
Parmi les postes les plus problématiques figurent les dépenses de fonctionnement, qui atteignent 551,5 milliards d’euros — soit 32 % de l’ensemble des dépenses publiques —, en hausse de 106 milliards d’euros depuis 2021. Ces dépenses englobent la rémunération des personnels, l’entretien des bâtiments, ainsi qu’une multitude de frais liés aux 570 000 élus, aux 700 organismes divers d’administration centrale (ODAC), aux 350 comités consultatifs et à une inflation normative estimée à 8 milliards d’euros par an de manque à gagner pour l’économie.
Une étude récente de l’INSEE révèle par ailleurs que 56 % des personnes vivant en France reçoivent davantage de l’État qu’elles ne lui versent, un niveau de dépendance à la dépense publique qui complique structurellement toute réforme.
Une souveraineté financière menacée
La part de la dette publique française détenue par des non-résidents a de nouveau progressé, atteignant 56 % au quatrième trimestre 2025, contre 55,1 % au trimestre précédent. La France est ainsi le pays le plus exposé parmi les grandes économies : l’Allemagne est à 50 %, l’Espagne à 40 %, l’Italie à 27 %, les États-Unis à 22 % et le Japon à 10 %.
Cette dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers — dont certains pays du Golfe — fragilise considérablement la position française. En cas de retrait précipité de ces créanciers, une envolée des taux d’intérêt serait inévitable. Le taux à 10 ans se maintient déjà à 3,7 %, et le taux à 30 ans dépasse les 4,5 %, des niveaux au plus haut depuis juin 2009.
L’inflation repart : vers 4 % à l’automne ?
L’inflation, mesurée en glissement annuel selon les normes Eurostat, ressort à 2 % en mars 2026. Mais une analyse des variations mensuelles suggère une accélération préoccupante. En retenant une hypothèse volontairement optimiste d’une hausse des prix de seulement 0,2 % par mois à partir de juin, le taux d’inflation pourrait atteindre 4,1 % dès novembre 2026 en France, et un niveau similaire dans la zone euro.
Ces projections tiennent compte des effets indirects de la hausse des prix pétroliers — le baril de Brent se maintient autour de 98-99 dollars — sur les matières premières agricoles (+18 % pour le blé depuis le début de l’année), les engrais, les produits d’hygiène et les services de transport. Des pressions qui mettront plusieurs mois à se diffuser pleinement dans les prix à la consommation.
Face à cela, les réponses gouvernementales annoncées — 20 centimes d’aide par litre de carburant pour certains travailleurs, extension des tickets restaurants au dimanche — apparaissent dérisoires au regard de l’ampleur du choc.
La zone euro en danger
La conjonction d’une dette publique française explosive, d’une perte de souveraineté financière et de divergences budgétaires croissantes au sein de la zone euro pose la question de la pérennité même de l’union monétaire. L’hypothèse d’un soutien de la Banque centrale européenne via des rachats massifs de dettes se heurte à l’opposition de plusieurs pays membres — Allemagne en tête —, qui ont consenti d’importants efforts budgétaires et refusent de cautionner le laisser-aller français.
À titre de comparaison, la dette publique française a progressé de 178 % depuis 2007, quand le PIB en valeur n’augmentait que de 59 %. Sur la même période, l’Allemagne voyait son PIB croître plus vite que sa dette.
Autre signal d’alarme : la Cour des comptes a émis un avertissement sur un risque de défaut de la Sécurité sociale dès 2027, dont le déficit atteint 23 milliards d’euros en 2025, sans perspective d’amélioration. S’ajoutent à cela 22 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (PGE) arrivant à échéance en 2026 sans possibilité de rééchelonnement supplémentaire.
Marchés financiers : une résistance en trompe-l’œil
Malgré ce tableau sombre, les marchés boursiers font preuve d’une résistance surprenante. Le S&P 500 a progressé de 12,3 % entre le 30 mars et le 17 avril 2026, atteignant un nouveau record historique à 7 126 points. Le CAC 40, lui, reste plus volatile — 80 % des profits des entreprises qui le composent sont réalisés hors de France, ce qui le déconnecte partiellement de la conjoncture nationale.
L’or, après un pic spéculatif à 5 400 dollars l’once en janvier 2026, se stabilise autour de 4 700 dollars. Dans un contexte d’incertitude maximale, ces actifs restent des placements de long terme à manier avec prudence.
Ce qu’il faudrait faire
Des solutions existent. Une baisse significative des impôts sur les entreprises et les ménages, une réduction des charges pesant sur les salaires pour augmenter les salaires nets, et une révision profonde des dépenses publiques de fonctionnement permettraient, selon l’analyse présentée, de relancer l’activité et de réduire le chômage sans nécessairement aggraver la pauvreté — à condition d’agir globalement et non à la marge.
Mais pour l’heure, le courage politique manque. Et pendant que les dirigeants multiplient les annonces symboliques, la dette continue de croître, l’inflation repart, et la récession s’installe. La France, première contributrice à la dette de la zone euro, numéro un mondial des dépenses publiques et de la pression fiscale, n’a plus les marges de manœuvre pour attendre.
Source du contenu: infodujour.fr









