Un appel à la grève a été lancé et les salariés de Stellantis se sont mobilisés, jeudi 23 avril à Poissy, en région parisienne. Le géant français de l’automobile a annoncé, la semaine dernière, qu’il allait stopper la production de véhicules dans cette usine. Elle était la dernière d’assemblage en Île-de-France. L’impact : près de 1 000 suppressions d’emploi dans l’usine à l’horizon 2028 et des conséquences sur toute une filière. Une décision qui ne passe pas auprès des ouvriers.
Reportage de Victor Delfouilloux
« Beaucoup de casse, beaucoup de casse. On est passé de deux lignes de montage à une seule ligne et c’est une vraie casse de l’emploi. Il n’y a pas d’autres mots » : Mickaël Cola, gilet rouge de la CGT sur les épaules et ouvrier depuis 22 ans chez Stellantis, est en colère, mais pas surpris.
« Qu’est-ce qu’on laisse à nos gamins si un site comme celui-là ne perdure pas ? Moi, je suis très inquiet. On apprend que, d’un côté, ils sont en train de délocaliser la fabrication à Vesoul pour la mettre sur Poissy. Dire que c’est ça qui va sauver nos emplois alors qu’on va détruire d’autres employeurs, pour moi, c’est pas ça. Il nous faut un nouveau véhicule sur Poissy. On n’a pas le choix, c’est primordial », poursuit-il.
« C’est un éternel recommencement »
Plusieurs centaines d’ouvriers et leurs soutiens ont répondu à l’appel des syndicats. Dans le cortège qui a relié la mairie de Poissy à l’usine Stellantis, Alima El Farah, déléguée UNSA, a déjà vécu une situation similaire à Aulnay-sous-Bois, autre site du groupe fermé en 2014. « On nous annonce effectivement qu’il y aura de l’assemblage jusqu’en 2028, mais derrière, on se méfie puisqu’on a eu exactement la même chose à l’époque quand on était à Aulnay. Ils ont juste attendu que la présidentielle passe et après, ils nous ont donné un coup de massue. Je suis venue ici en espérant pouvoir travailler jusqu’à ma retraite et malheureusement, c’est un éternel recommencement. »
Dans la foule d’ouvriers, quelques politiques sont venus apporter leur soutien, comme François Ruffin, député de gauche de la Somme et candidat à une primaire de la gauche en vue de la présidentielle de 2027. « C’est l’illustration de toute une industrie qui est en train de flancher, l’industrie automobile, avec une division par trois en 20 ans du nombre de véhicules produits en France. Mais en général, la part de l’industrie dans le PIB, pour la première fois de notre histoire, est passée sous la barre des 10%. Parce que c’est un choix de nos dirigeants politiques et économiques depuis 40 ans. Ils ont fait le choix de se débarrasser de l’industrie. C’était le passé, c’était dépassé. Il fallait s’en débarrasser. Ils s’en sont débarrassés. Les dirigeants politiques ont laissé faire et ils ont laissé faire les patrons de ces boîtes-là. »
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« Non à la fermeture de l’usine »
La fin de la production des véhicules à Poissy touche de plein fouet les sous-traitants. Zouhair Eliacoubine est technicien pour Forvia, qui fabrique depuis 50 ans des pièces automobiles pour Stellantis : « On est liés. Quand ils toussent, nous on s’enrhume. Et là, ils vont mourir, on va être enterrés avec eux. Donc forcément, on vient les soutenir dans leur combat qui est le nôtre. Autour de l’usine de Poissy, il y a plusieurs milliers d’emplois qui gravitent autour. Ce n’est pas uniquement l’usine de Poissy qui va être impactée, c’est forcément les commerçants, les sous-traitants et ainsi de suite. »
« Non à la fermeture de l’usine », peut-on lire sur des affiches et panneaux dans les rues de la ville. Certains commerçants affichent en devanture leur soutien aux ouvriers, comme Abdel, dont le commerce de fruits et légumes a vu passer les ouvriers de Peugeot puis de Stellantis. « Ça fait un moment, ils ont beaucoup réduit les employés, les salariés, et ça fait que ça ne travaille pas. Et quand eux, ils ne travaillent pas, les commerces aussi ne travaillent pas. Ils avaient des tarifs préférentiels, on leur faisait 10% pour les achats et maintenant ça y est, c’est mort. C’est mort pour le commerce », lâche Abdel.
La CGT appelle l’État actionnaire à agir pour forcer Stellantis à conserver les 2 000 emplois du site pour garantir la pérennité de la filière. Le constructeur, de son côté, annonce qu’il va investir 100 millions d’euros sur le site de Poissy pour transformer son activité.
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