La commission d’enquête parlementaire sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public a achevé ses travaux ce 8 avril après quatre mois d’auditions.
C’est un peu un rendez-vous manqué, tant la dimension idéologique de l’approche du rapporteur, Charles Alloncle, l’a emporté sur les investigations. Ce député UDR, allié du RN, a pris les rênes de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public après la décision du groupe Bolloré de dénoncer la partialité du service public. En cause : une rencontre entre un responsable socialiste et deux chroniqueurs de France Inter et de France 5, Thomas Legrand et Patrick Cohen, filmée à leur insu. Rien de très probant dans cette vidéo. Mais qu’importe : cela va servir de prétexte pour nourrir le soupçon d’une collusion entre la gauche et l’audiovisuel public.
Dès le début, le rapporteur veut ainsi démontrer que France Télévisions est mal gérée, alors même que son déficit est lié à un recul de sa dotation d’État. Il dénonce une « gabegie », un « système de castes et de privilèges », de l’opacité et des conflits d’intérêt dans l’attribution des contrats à des sociétés de production.
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Des accusations peu étayées
Banijay et Mediawan, entendus dans le cadre de la commission, ont de nombreuses sociétés de production qui travaillent avec France Télévisions, mais ce sont en même temps des champions internationaux et leur part de marché sur le groupe public se situe entre 11 et 13 % chacun. Pas de quoi justifier l’idée d’une méga-concentration.
En réalité, on a bien senti que ce qui intéressait le rapporteur, c’était d’impliquer deux actionnaires de Mediawan. D’un côté, Xavier Niel, le fondateur de Free, proche de Macron, qui a qualifié de « cirque » cette commission ; de l’autre, Matthieu Pigasse, ancien banquier et patron d’un groupe média de gauche, Combat. Pour le reste, Charles Alloncle n’a pas réussi à aller au-delà des accusations qu’il avait d’emblée formulées pour les réseaux sociaux : sur des frais de bouche trop importants par exemple.
Point d’interrogation sur le financement de l’audiovisuel public
On verra dans le rapport – s’il est bien publié début mai – s’il y a des avancées sur le financement de l’audiovisuel public, mais à entendre Vincent Bolloré, qui demande l’arrêt de tout financement public pour réallouer 4 milliards d’euros aux agriculteurs, on ne peut pas dire que cette commission a tout fait pour montrer qu’elle ne s’exerçait pas contre l’audiovisuel public.
Pourtant, à l’heure de Netflix et YouTube qui captent l’audience, France Télévisions a de moins en moins d’argent pour assurer des missions plus larges, incluant le streaming. Et l’audiovisuel public, auquel appartiennent France 24 et RFI, ne représente que 4,2 euros par habitant par mois, contre 5 en Belgique, 6 au Royaume-Uni et 8,7 en Allemagne, selon le cabinet NPA Conseil.
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