«Quand certains jubilent à jouer à la politique, ils jouent avec la vie de nos entreprises», s’agace par ailleurs le chef de la CPME, François Asselin, dans un entretien au Journal du dimanche.
«Nous sommes déjà rentrés en légère récession» : quelques jours après la chute du gouvernement de Michel Barnier, le président du Medef ne cache pas son inquiétude. Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Patrick Martin a alerté sur les conséquences de la censure votée par la gauche et le Rassemblement national, cette semaine. Son constat sombre est partagé par son homologue de la Confédération des petites et moyennes entreprises, François Asselin, dans le même hebdomadaire.
Pour le patron des patrons, les entreprises de l’Hexagone traversent aujourd’hui des «réalités économiques difficiles», que les politiques prennent insuffisamment en compte. «Certains indicateurs sont particulièrement inquiétants : la moitié des investisseurs étrangers qui disaient vouloir investir en France ont suspendu voire annulé leur projet. Autre signal d’alerte, nous comptabilisons 66.000 dépôts de bilan cette année. C’est un record historique», insiste Patrick Martin. Il estime par ailleurs que la désindustrialisation du pays se poursuit, malgré les efforts. «La chimie, la sidérurgie, l’automobile tournent au ralenti», cite-t-il en exemple.
De son côté, François Asselin regrette l’évanouissement, avec la censure, de la «stabilité, [la] visibilité et [la] lisibilité» dont ont cruellement besoin les entrepreneurs au quotidien. Le patron des petits patrons craint de voir les investissements, les embauches et l’activité reculer d’autant, une situation «catastrophique». «Quand certains jubilent à jouer à la politique, ils jouent avec la vie de nos entreprises», s’agace-t-il.
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«Bon courage» au futur gouvernement
Les deux représentants du monde économique portent ensemble un même message, appelant les élus à se ressaisir, et le futur gouvernement à prendre la situation à bras-le-corps. Patrick Martin suggère de soutenir au plus vite le secteur de la construction par des «mesures de relance du bâtiment», ainsi qu’aider les entreprises par des suppressions d’impôts et de taxes, comme la CVAE, déjà engagée. Il préconise parallèlement d’éviter à tout prix l’alourdissement du coût du travail. «J’appelle au sursaut, à une prise de conscience de nos responsables politiques, car leur parlant quotidiennement, je m’inquiète que beaucoup ne mesurent pas assez cette fragilité conjoncturelle et la rudesse de la compétition internationale. Nous sommes à l’heure des choix», martèle le chef du Medef. Et d’ajouter, sans concession, que l’État doit cesser de ponctionner les entreprises pour se renflouer. «Nous, partenaires sociaux, regardons le débat politique avec une forme de dépit, et, pour certains, avec colères», cingle-t-il.
Un constat, là encore, partagé par François Asselin. «Ce qui […] est essentiel pour le pays, c’est une réforme globale de l’action publique. Et sur ce point, bon courage à ceux qui la porteront, parce qu’il faudra bien s’y atteler. Qu’on soit de droite, qu’on soit de gauche, il faudra la faire, sinon le pays va s’effondrer», constate le représentant de la CPME. Qui récuse, par ailleurs, tout catastrophisme, préférant parler d’un «poison lent» qui ébranle la France. «Il faut réagir dès maintenant. Et ne pas se dire que ça n’arrive qu’aux autres», conclut-il.
Ces prises de parole interviennent alors que la chute du gouvernement Barnier, de même que celle du projet de budget qu’il portait, inquiète les acteurs économiques. Ceux-ci soulignent les risques associés à l’instabilité politique, alors même que la concurrence internationale, dont avec les États-Unis, s’accroît. Les agences de notation ont aussi tiré la sonnette d’alarme : «La fragmentation de l’Assemblée nationale rend difficile la recherche de compromis sur la consolidation budgétaire (…). Il est donc très peu probable que la France atteigne l’objectif de déficit de 5% du PIB initialement présenté par (Michel) Barnier», écrivait Fitch, vendredi. Moody’s, de son côté, jugeait mercredi que la censure «réduit la probabilité d’une consolidation des finances publiques» de la France et «aggrave l’impasse politique du pays».
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