Jean Ferrat, 60 ans après sa Montagne toujours au sommet

Pour le 60e anniversaire de la plus célèbre chanson du chantre d’Aragon, le groupe Les Ardéchois sort le 6 décembre un album «qui célèbre la nature», un hommage à son œuvre, intitulé Restera-t-il un chant d’oiseau ?

Voici exactement 60 ans, après une saison entre écriture, composition, enregistrements et tournées dans de petites salles, Jean Ferrat, encore débutant, décide de s’offrir son premier mois de vacances depuis bien longtemps. Sur le conseil d’un ami, il choisit comme destination, Antraigues-sur-Volane, un village du sud de l’Ardèche. Il loue une chambre à l’hôtel Podello, dont les fenêtres donnent sur la place, mais aussi sur la montagne. Le coup de foudre pour le décor et l’ambiance sont tels qu’il se met en tête d’acheter une maison dans les alentours. En attendant de la trouver — ce qui se produira très rapidement, il écrit, en quelques jours, des couplets intitulés La montagne. Il y évoque, à sa façon, la beauté de paysages qui le fascinent, et en profite pour traiter un sujet cher à ses engagements de toujours : la crainte d’un exode rural déjà en plein développement. Elle devient immédiatement un succès et permet à son auteur de devenir, en 1966, « la vraie idole des jeunes chez les 16/24 ans ». José Bové, alors lycéen, se souvient d’avoir pris conscience, en l’écoutant, du risque de la disparition de l’agriculture. Le poulet aux hormones dans les HLM a également constitué un déclic. 

Très vite, les habitants de la région vont s’approprier des paroles et musiques qui deviennent un hymne local. Elles figurent toujours au répertoire de nombreuses chorales et se trouvent régulièrement étudiées dans des écoles primaires à travers la France. À l’occasion de cet anniversaire, la chanson a été reprise par un chœur local baptisé « Les Ardéchois ». 16 artistes de la région et des enfants des environs se sont réunis pour enregistrer cette nouvelle version. Elle figure dans un album de 14 titres, dont beaucoup sont demeurés méconnus parce que très en avance sur l’époque, à l’heure de leur création. 

Depuis les années 60 et jusqu’au milieu des années, entre Nuit et Brouillard, Potemkine et d’autres thèmes essentiellement politiques, Ferrat a régulièrement écrit et composé des couplets visionnaires. Bien avant que l’écologie devienne un sujet d’actualité, il a évoqué, à sa façon, ses préoccupations environnementales et, en particulier sa volonté de défendre l’idée de préserver la beauté des paysages et de vivre en harmonie avec la nature . « Je me demande ce qu’il restera d’une civilisation qui va aller sur la lune et qui ne sait plus faire la soupe ! », s’inquiétait – il déjà en 1964. 

Ce CD, où pour la première fois sa photo sur la pochette est remplacée par une illustration, s’intitule Restera-t-il un chant d’oiseau ?. Il s’interroge, en particulier, sur une biodiversité sur laquelle personne ne se pose encore la moindre question. Dans cet album figurent également, entre autres, Le p’tit jardin, Raconte-moi la mer et Mon pays était beau et Le châtaignier

« Je trouve que c’est une de vos meilleures chansons », lui déclara Bernard Pivot en le recevant un vendredi soir dans Apostrophes. L’interrogeant sur son installation définitive en 1973 en Ardèche, le journaliste ajouta « Est-ce que c’est l’amour des arbres qui vous a fait venir dans ce pays ? ». La réplique de son interlocuteur a été immédiate : « L’amour des hommes aussi ! »

Un euro sur la vente de chaque CD sera versé au Secours Populaire dont Ferrat a été un parrain actif. L’espoir de Gérard Meys, son éditeur : que la diffusion permette à cette association de récolter une montagne d’argent.

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