Alors que la Cour des comptes a estimé le coût de la facture à 6 milliards d’euros, l’ancienne ministre des Sports a tenu à nuancer cette «note d’étape» ne prenant en compte «ni les recettes, ni la notion d’héritage».
Quelle est votre réaction quant à la note du rapport de la Cour des comptes qui estime la facture publique liée à l’organisation des Jeux de Paris 2024 à environ 6 milliards d’euros ?
Amélie Oudéa-Castéra : D’abord, je veux souligner que dans ce rapport, il n’y a ni dérive, ni dépenses injustifiées qui soient dénoncées. Et c’est suffisamment rare dans un rapport de la Cour des comptes pour le relever. Ça montre que l’État et les collectivités publiques ont fait beaucoup de choses pour la réussite des Jeux, et le rapport de la Cour des comptes le dit : cela a été un succès exceptionnel. Simplement, la Cour des comptes a des partis pris. Le premier, que je regrette, tient au fait qu’à aucun moment, elle ne met en regard des coûts, les retombées. Or, on sait que ces retombées positives sont de l’ordre de 7 à 11 milliards d’euros, donc plus élevées que les coûts. Mais nous n’aurions pas eu ces retombées si nous n’avions pas engagé ces coûts pour les générer. Le deuxième parti pris consiste à parler de dépenses d’investissement, sans mettre en regard la notion d’héritage et la valeur de cet héritage pour la collectivité. Enfin, dernier élément, la Cour comptabilise toute une série de dépenses qui ne sont pas dans le périmètre des dépenses publiques au sens de la comptabilité nationale. Je pense par exemple aux renforts d’offres financés par la RATP ou la SNCF. Sur ces renforts d’offres, elle ne compte pas les recettes qui sont associées à ces dépenses. Donc elle a une approche brute au lieu d’avoir une approche nette des recettes engendrées par ces investissements.
Vous estimez qu’elle surestime la facture….
Elle retient une approche qui est beaucoup trop large parce qu’elle n’est pas centrée sur les dépenses qui ont été dictées par les besoins des Jeux, mais sur celles occasionnées au moment des Jeux, ce qui est différent. C’est le cas notamment de l’enfouissement des lignes à haute tension en Seine-Saint-Denis. Ou alors la réfection des infrastructures sportives locales qu’elle comptabilise pour 253 millions d’euros alors que 21 millions d’euros seulement ont été utilisés pour les Jeux. À l’arrivée, cela fait une grosse inflation. Idem sur la question des droits TV concernant France Télévisions, alors même que c’est financé par la publicité et que de toute façon une couverture aurait été faite si les Jeux avaient eu lieu ailleurs qu’à Paris. Donc à mes yeux, il y a une exagération. Je connais bien la Cour des comptes puisque j’en viens et je sais comment ils raisonnent. Dans son approche par coûts complets, elle a mis le curseur trop loin et elle l’a fait parce que ses membres avaient envie qu’on parle de leur rapport dans un contexte où ils n’avaient pas de dérive à dénoncer. Je pense qu’il faut vraiment souligner les retombées, souligner la maîtrise des coûts. Je le sais parce que j’y ai contribué, j’ai vraiment veillé à ce qu’on ait cette tenue des budgets. Il n’y a eu aucun dépassement des budgets, notamment sur le sport. Il y a eu un dépassement sur la sécurité lié à l’évolution de la menace sécuritaire que Gérald Darmanin, qui a tweeté sur le sujet, assume parfaitement. Et au global, c’est une très belle équation qui a été tenue, qui a permis de rendre fier notre pays. Et cette discipline, il faut la conserver maintenant pour les Jeux de 2030.
Après, la Cour ne s’est pas cachée, dans l’introduction du rapport, sur sa méthodologie. Elle explique que ce sont effectivement des dépenses brutes et que le volet recettes commerciales et fiscales sera comptabilisé dans le rapport publié à l’automne…
Exactement, c’est pour ça que je souligne que c’est une note d’étape et qu’il sera important de voir ce que la Cour dira sur les recettes et sur l’héritage, puisque la loi du 19 mai 2023 que j’ai portée demandait à la Cour des comptes de faire cette évaluation en agglomérant toutes ces dimensions, pas en détachant juste la question des coûts. Il fallait faire les coûts, les recettes et l’héritage. La Cour a choisi ce parti pris méthodologique de séquencer les choses et de ne se focaliser d’abord que sur les coûts. Moi, je les remets en perspective parce que je ne veux pas que les Français pensent que tout ceci a été mal géré.
Ce chiffre de 6 milliards d’euros aurait donc pour objectif de faire le buzz…
Je vous laisse analyser ça comme vous le souhaitez (sourire).
Je pense qu’à ce stade, l’héritage est en demi-teinte.
Amélie Oudéa-Castéra
Sur l’héritage, quand on interroge les sportifs, beaucoup le qualifient de «poussif», de «décevant» sur le plan du sport. Est-ce également votre sentiment ?
Je pense qu’à ce stade, l’héritage est en demi-teinte. Il y a des éléments qui sont positifs, comme le déploiement des 30 minutes d’activité, ou encore les 5.600 équipements de proximité qu’on a sortis de terre et les équipements structurants, y compris en Seine-Saint-Denis, autour de la natation et du savoir nager avec le centre aquatique olympique. Il y a également la plateforme pour la formation des bénévoles qui va pouvoir être un très bel actif pour le sport français. Je pense aussi à l’accompagnement de nos sportifs de haut niveau, de ce qu’on a fait sur le suivi socio-professionnel. Tout ça, ce sont des acquis. Mais en face de ça, il y a aussi, malheureusement, certains dispositifs qui n’ont pas été soutenus. Je pense aux deux heures de sport pour les collégiens. Je suis inquiète sur le devenir du plan sur les équipements parce qu’aujourd’hui, on puise sur la trésorerie de l’Agence nationale du sport pour le financer. Mais à partir de 2026, je suis inquiète. De la même manière que je suis inquiète sur le devenir du pass sport à un moment où on entend parler d’un nouveau tour de manivelle, de sur gel.
Ce sont des sujets dont vous allez pouvoir vous emparer en tant que nouvelle présidente du Comité national olympique et sportif français…
Oui, j’ai envie qu’on ait une logique conquérante, c’est-à-dire que le mouvement sportif travaille lui-même sur ses modèles économiques en ayant des mécènes, en ayant des sponsors, en inventant de nouvelles façons de financer le sport avec des banques publiques d’investissement, avec des acteurs mutualistes qui sont prêts à nous aider pour qu’on ait une équation qui, au global, nous permette de mettre le sport davantage au cœur de la société. Moi, ce que je veux souligner, c’est qu’on est tous et toutes des héritiers des Jeux de Paris 2024. Il ne faut pas juger cela juste un an après. C’est un effort qui se conduit dans la durée et c’est ce qui me motive au plus haut point pour continuer à le porter avec tous les autres acteurs.
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