Willie Morlon, l’orfèvre du plâtre

Il était presque prédestiné à se retrouver un jour dans ce grand espace clair du centre-ville de Bruxelles tenant plus de l’atelier de menuiserie que de celui de l’artiste. Sur la grande table où gisent les chutes de Placo, Willie Morlon travaille ce jour-là à une marqueterie sur une plaque de plâtre BA13. Le créateur de 33 ans, dont le travail se situe, selon ses mots, à la croisée du design et de l’art, procède à coups de découpages et d’encastrements sur ce matériau de chantier, muni d’un masque, d’un casque et d’une scie.

Diplômé de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, après avoir abandonné ses études de droit, le Parisien doit peut-être à son père, qui était architecte avant de devenir antiquaire, sa sensibilité aux jeux de construction, à l’ornement et aux arts décoratifs. Entre Paris et Versailles, où travaillent ses parents, et à qui il continue de donner un coup de main de temps à autre, Willie Morlon aura ainsi formé son œil. Il nourrit son inspiration de styles aussi hétéroclites que ceux des tapisseries mille-fleurs du Moyen Age, des grotesques de la Renaissance, des splendeurs passées de Versailles ou encore des motifs floraux de William Morris. « Un cocktail de références classiques que je déplace grâce à ce matériau ouvrier », sourit-il.

En 2024, « Placo Studiolo », le décor de boiseries néoclassiques en plaques de plâtre du jeune designer, aux couleurs acidulées, réalisé pour la Design Parade Toulon (section architecture d’intérieur), lui a valu d’être nommé lauréat du Grand Prix Van Cleef & Arpels. Pour son esthétique et le postulat artistique, aussi inattendus l’un que l’autre : « L’idée était à la fois de révéler un matériau invisibilisé, celui des cloisons de chantier, mais aussi, à travers lui, de questionner l’idée même de pérennité, car le Placo, apparu dans les années d’après-guerre au temps de la reconstruction à tout prix, n’est pas un matériau durable. Il est lourd, fragile et, dans de nombreux bâtiments, on a déjà dû le remplacer. »

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