L’administration Trump a annoncé jeudi avoir retiré le droit à la prestigieuse université américaine d’accueillir des étudiants étrangers. Ces derniers représentent pourtant une carte de visite à l’international et une source de revenus cruciale pour l’établissement.
«La certification du programme SEVIS (Student and Exchange Visitor) de l’université Harvard est révoquée avec effet immédiat». Le couperet est tombé jeudi après-midi pour les étudiants étrangers de Harvard, sous la plume de la ministre de la Sécurité intérieure américaine Kristi Noem.
Dans une lettre adressée à l’université et postée sur X, la Républicaine a annoncé que l’administration Trump mettait fin au programme permettant à Harvard de recevoir des étudiants titulaires de visas F ou J pour l’année scolaire 2024-2025. Cette interdiction, qui s’inscrit dans le contexte du bras de fer inédit qui oppose le prestigieux établissement et la Maison Blanche sur fonds d’accusations d’antisémitisme et de dérives wokistes, représente une perte sèche pour l’université, autant en termes de renommée que de ressources financières.
27% de la population étudiante
Environ 6800 étudiants internationaux, originaires de plus de 140 pays, ont fréquenté Harvard au cours de l’année universitaire 2024-2025, indiquait l’établissement. Cela représente environ 27% de la population étudiante. Cette proportion est en progression constante ces dernières années : en 2010-2011, 19,7% des étudiants étaient étrangers. En parallèle, les frais de scolarité de l’établissement s’élèvent à 59.320 dollars par an pour l’année 2025-2026. En incluant logement et pension, l’enveloppe pour une année à Harvard grimpe à 87.000 dollars.
Or, si Harvard applique une politique dite «need-blind» pour les étudiants de premier cycle («undergraduate»), c’est-à-dire qu’elle examine les dossiers d’admission sans tenir compte de la situation financière du candidat, les étudiants internationaux ont tendance à payer une part plus importante des frais de scolarité que les autres étudiants, constate le New York Times . Cela s’explique notamment par l’absence de politique «need blind» pour les parcours de deuxième et troisième cycles (Master, MBA…), qui proposent plutôt des bourses partielles ou des prêts, parfois conditionnés à la nationalité. La participation des étudiants étrangers contribue alors à alimenter le flux de revenus crucial servant à subventionner l’aide financière pour les étudiants nationaux, ajoute Reuters.
380.000 emplois créés grâce aux étudiants étrangers
Selon un rapport publié par le Bureau des affaires éducatives et culturelles du Département d’État et l’Institut d’éducation internationale, plus d’un million d’étudiants internationaux étaient présents aux États-Unis au cours de l’année 2023-2024, rappelle le média américain NPR, qui poursuit : «ils ne sont pas admissibles aux aides financières fédérales et représentent donc pour de nombreuses universités une bouée de sauvetage financière cruciale». Dans cette optique, «le blocage des inscriptions d’étudiants internationaux accentuera les pressions financières sur Harvard», analyse Bloomberg.
Par ailleurs, la part des étudiants étrangers pèse près de 6% de la population totale de l’enseignement supérieure aux États-Unis. L’hypothèse de leur disparition sur les campus étudiants du pays fait craindre aux responsables américains de l’enseignement supérieur une possible fuite des cerveaux non-américains, pointait le New-York Times en avril 2025.
Leur perte pourrait également nuire à l’économie américaine dans son ensemble, selon les experts, alertait encore le quotidien. L’année dernière, les étudiants internationaux ont injecté près de 44 milliards de dollars dans l’économie américaine et créé 378.000 emplois, avançait la NAFSA (Association of International Educators), qui promeut l’éducation internationale.
Décision «illégale»
La réglementation fédérale encadre les conditions d’attribution du programme d’accueil des étudiants étrangers. Ce dernier, mis en place par les services de l’immigration américains en 2003 pour suivre les informations des étudiants étrangers aux États-Unis et les établissements agréés qui les accueillent, peut être retiré à une université en cas de non-respect d’exigences spécifiques en matière de rapports concernant les étudiants internationaux. C’est précisément ce motif qu’a avancé Kristi Noem pour justifier cette décision. La ministre a en effet assorti sa décision choc d’un ultimatum : si Harvard veut retrouver ce «privilège», elle doit fournir dans les 72 heures toute une série d’informations dont elle disposerait sur d’hypothétiques activités «illégales» de ses étudiants étrangers dans les cinq dernières années.
«Cette décision du gouvernement est illégale», a immédiatement répondu un porte-parole de Harvard, contacté par l’AFP. «Nous nous engageons pleinement à maintenir la capacité de Harvard à accueillir nos étudiants et universitaires internationaux, qui viennent de plus de 140 pays et enrichissent l’université – et cette nation – de manière incommensurable», a ajouté l’institution.
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