Gims, Dadju et Fally Ipupa à Bercy en soutien aux victimes de la guerre au Congo

NOUS Y ÉTIONS – Quelque 11 000 personnes étaient réunies mardi à l’Accor Arena de Paris pour la soirée « Solidarité Congo ». Gims a appelé les Congolais de France et de Belgique à se mobiliser au terme d’une soirée en demi-teinte.

Les organisateurs de l’événement présentaient mardi matin « Solidarité Congo » comme un « concert sans précédent ». Initialement prévu le 7 avril, date de la journée de commémoration du génocide au Rwanda, le concert a été décalé au 22 du même mois à la demande de la préfecture de Paris après des plaintes de la diaspora rwandaise. Même si la date avait été « choisie malencontreusement », c’était déjà un premier couac. Et les problèmes ont un effet domino. Le public a appris dans la matinée, par exemple, que le concert était avancé d’une heure. Pour les journalistes, mettre les pieds dans les gradins de Bercy s’est révélé être un véritable parcours du combattant. Il a fallu attendre 20 h 30 (au lieu de 19 h) pour pénétrer dans l’enceinte de Bercy. Problème, le concert avait commencé depuis 30 minutes. Mais le retard causé par l’organisation – et les trois heures d’attente – s’est vite fait oublier.

Une horde de drapeaux bleus, jaunes et rouges, distribués en amont du concert, envahissent les lieux. Le public s’est mobilisé. Les organisateurs annoncent 11 000 personnes. Ce n’est qu’une petite moitié si l’on se fie à la capacité maximale de l’Accor Arena (20 300 places). Mais la salle paraît comble. On entend des Congolais, des Français, des Ivoiriens, ou encore des Maliens, hausser la voix à chaque intervention de Nordine Ganso et Skuluch, formidables animateurs tout au long de la soirée. Le dispositif est assez décevant. La scène et la direction artistique, simplistes. Les couleurs, toujours les mêmes. Les spectateurs installés dans les gradins les plus à l’extrémité ne voient pas l’estrade à cause des grands poteaux qui perturbent la visibilité.

Gazo, Dadju, Gims… n’ont pas touché de cachet

On regrette que certaines prestations soient trop courtes. À commencer par celle de Gazo, pourtant tête d’affiche, qui s’est présenté sur scène pour interpréter Casanova, l’un de ses titres phares. Le morceau a été joué une heure plus tôt par Soolking, bien meilleur sur scène. On se demande pourquoi les deux artistes ne l’ont pas chanté ensemble. « C’est sérieux », scande une spectatrice. « Reviens Gazo », lance une autre. Il ne reviendra pas. Guy2Bezbar, également parmi les têtes d’affiche, fait une entrée remarquable sur Monaco, le hit de l’été 2024. Mais c’est tout. Il promet au public de revenir. Le public attend toujours. La prestation de la jeune Merveille (17 ans) aura également duré le temps d’une bande-annonce. Selon les organisateurs, les artistes, « plus qu’impliqués », se sont produits sans cachet.

Le passage de Fally Ipupa, star de la nouvelle pop congolaise, réveille tout le monde. Sur scène, le décor change. L’artiste apporte le sang neuf que le public attendait. Accompagné de danseurs et de musiciens, il réalise la performance la plus longue de la soirée. L’Arena gronde et les drapeaux s’agitent dans tous les sens. Mais les meilleures performances resteront celles de Dadju et Gims. Les deux frères, qui passent l’un après l’autre, font exploser l’enceinte de Bercy. Le cadet, sur son titre Jaloux, n’a presque pas besoin de chanter. L’aînée montre qu’il est le patron de la soirée. Il débarque sur Ciel, le morceau à la mode de l’ancien de la Sexion d’Assaut. Ses autres hits, Ninao et Spider font un « boucan ». Pour conclure un concert dont le réveil s’est fait tardivement, Gims interprète « le titre de la décennie ». Sur Sapés comme jamais, les confettis envahissent l’Accor Arena. Le sol tremble. Le public chante les paroles par cœur. Gims conclut de façon remarquable.

Manque cruel de déclarations

Malgré la teneur de cet événement « solidaire », les grandes déclarations attendues ont un peu manqué. Il y a, certes, un soutien affirmé à la région de l’est du Congo, ravagée par des violences meurtrières depuis 30 ans. D’autant plus depuis l’offensive éclair menée par le groupe armé M23, soutenu par des troupes rwandaises, qui lui a permis de s’emparer de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu) en 2021. On reste toutefois sur notre faim. Les organisateurs avaient promis des « prises de paroles » pour jalonner le show. Elles se comptent malheureusement sur les doigts d’une main. « Il y a 100 millions de Congolais au Congo, remarque Gims sur scène. Combien en France ? En Belgique ? Il faut multiplier ce genre d’actions, absolument. » 

Soutenez les Congolais pour que la richesse du Congo profite aux Congolais et qu’elle profite au monde de manière légale

Moise Mbiye, chanteur et pasteur

Sur un fond musical, le chanteur et pasteur Moise Mbiye prononce une ode à la paix : « Nous sommes réunis ici pour dire qu’il y a des meurtres, des viols, les bébés sont tués. Nous sommes ici pour dire à toutes les communautés qu’il est temps que ça s’arrête. Soutenez les Congolais pour que la richesse du Congo profite aux Congolais et qu’elle profite au monde de manière légale. Pour réparer les victimes, qu’elles aient accès à la justice, pour les bénévoles qui travaillent jour et nuit pour que les Congolais aient un camp de refuge et un cimetière pour enterrer ses dignes fils. » Les autres artistes préfèrent des phrases plus courtes, peut-être plus impactantes. Nombre d’entre eux scandent le slogan « Free Congo ». L’ivoirienne Roseline Layo déclare : « On sera là pour les gens qui étaient là ». Sidiki Diabité explique que les Hommes « n’ont pas besoin de guerre, ils sont pour la paix, tous ensemble ». « C’est le Congo qui gagne », dit Youssoupha. Et Fally Ipupa : « Faites du bruit pour le Congo indivisible ».

L’organisation avait toutefois prévu d’inclure des « interventions de militants, des victimes, de partenaires afin d’attirer l’attention sur la situation des enfants victimes de la guerre ». Après une heure de concert, le journaliste Saber Desfarges, animateur de la soirée, lance un documentaire poignant dans lequel ont été recueillis les témoignages de survivants, personnes blessées et victimes de violences sexuelles, qui se comptent par centaines de milliers selon l’ONU et le gouvernement congolais. Les images évoquent les stigmates de la guerre. Le moment est d’autant plus bouleversant lorsque deux des interlocutrices du documentaire se présentent sur la scène de Bercy. « Nous avons besoin de votre soutien, de la paix et de la justice pour ne plus jamais être seules », lancent les deux femmes, sauvées par l’association Fonarev. Elles fondent en larmes au moment de quitter l’estrade. Rare moment d’émotion dans cette soirée qui aurait mérité davantage d’interventions comme celles-ci.

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