Le gardien argentin, bourreau des Bleus en finale de la Coupe du monde 2022, est détesté en France pour son attitude provocatrice. La vision est différente en Angleterre, surtout à Aston Villa où il est une idole.
«The world’s number one, Emi Martinez.» Chaque week-end, les supporters d’Aston Villa s’époumonent pour glorifier leur gardien, qu’ils considèrent comme le N.1 au monde. Les faits leur donnent raison : Emiliano Martinez a été le lauréat du Trophée Yachine, du nom de l’illustre ancien portier Ballon d’Or, en 2023 et 2024. «Sa cote de popularité est très importante» à Birmingham, nous confirme Quentin Gesp, journaliste français et correspondant Aston Villa pour le site 90min.
Mais en France, rares sont les personnes qui voient d’abord en Martinez, 32 ans, un footballeur d’exception. Et le principal intéressé le sait. «Mon équipe aura moins de pression car on va m’insulter. Ça va être passionnant», a-t-il salivé à la télé argentine en évoquant le déplacement au Parc des Princes, mercredi pour y affronter le PSG en quarts de finale de Ligue des champions.
Provocations, inélégance et joute avec Hugo Lloris
L’Argentin a été l’un des grands artisans du sacre de son pays à la Coupe du monde 2022. Au-delà de ses parades décisives, dont celle passée à la postérité contre Randal Kolo Muani en toute fin de prolongation, il s’était signalé par des provocations, des tentatives de déstabilisations des Bleus et une attitude peu élégante après la victoire.
Avant de soulever la coupe, il avait reçu le trophée de meilleur gardien du Mondial, en forme de gant. Il l’a apposé contre son entrejambe dans une posture grossière qui lui a valu un torrent de critiques. «C’était stupide», a regretté Martinez auprès d’ESPN en février 2023. Avant de réitérer son geste un mois plus tard avec des coéquipiers devant le public argentin. Un bon résumé de l’indéchiffrable Martinez, souvent irritant, parfois attachant, toujours excessif, surtout combatif.
En Angleterre, tout le monde reconnaît son talent et le fait qu’il peut entrer dans les têtes des adversaires, prendre le dessus mentalement.
Quentin Gesp, journaliste français et correspondant Aston Villa pour 90min
Arrivé à Arsenal à l’âge de 18 ans en 2010 et issu d’un milieu modeste, Martinez a multiplié les prêts dans des clubs anglais de seconde zone avant de rejoindre Aston Villa en 2020, et d’y voir sa carrière décoller. «En Angleterre, il est respecté. Tout le monde reconnaît son talent et le fait qu’il peut entrer dans les têtes des adversaires, prendre le dessus mentalement», éclaire Quentin Gesp.
Car s’il est un gardien brillant sur sa ligne, le natif de Mar del Plata, grande ville située au bord de l’océan Atlantique, est surtout connu et reconnu pour son attitude. «Je vais te manger tout cru», avait-il lancé à un Colombien en demi-finale de la Copa America 2021 avant de repousser son tir au but. Il sait gagner du temps, titiller, agacer.
«Il a une intelligence de jeu qui lui permet de sortir ses adversaires de leur match, tout en gardant un contrôle de ses émotions assez déroutant», constate Quentin Gesp. Hugo Lloris avait une analyse plus amère après la finale du Mondial. «Faire l’idiot dans le but, déstabiliser ostensiblement l’adversaire en jouant avec la limite, je ne sais pas le faire», avait commenté le capitaine tricolore. «Il a dit ça parce qu’il a perdu», a rétorqué Martinez, qui a poussé la Fifa à modifier son règlement.
Depuis le 1er juillet 2023, avant un penalty, «le gardien ne peut distraire abusivement le tireur, par exemple en retardant l’exécution du penalty ou en touchant les poteaux, la barre transversale ou les filets», peut-on lire dans les lois du jeu édictées par l’Ifab. Ça n’a pas empêché «Dibu» (son surnom) de semer la pagaille, et même de frôler l’exclusion, avant une séance de tirs au but contre Lille, au stade Pierre-Mauroy, en quart de finale retour de Ligue Conférence en avril 2024.
Emiliano Martinez est «vraiment un bon gars» pour Lucas Digne
«Je suis content de l’avoir avec moi», soufflait Lucas Digne après la qualification des Villans. «Les choses sont un peu exagérées. C’est un jeu, quand on le provoque, il répond aussi. Le fait qu’il réponde sur le terrain, c’est beau et il assume. C’est vraiment un bon gars», défendait le Français. Un leader de vestiaires, ce lieu sanctuarisé dans les équipes de football, et où Martinez puise une partie de sa force.
À Villa, dans son casier, il garde deux peluches rattachées à ses enfants : un pingouin, lié à son fils Santi, et une girafe, liée à sa fille Ava. Cette saison, il a troqué le N.1 pour faire floquer le 23 au dos de son maillot, car c’est le jour de la naissance de son fils. Et aussi parce qu’il a gagné tous ses trophées en sélection avec le N.23. «Je suis très superstitieux», confiait Martinez dans un sourire plein de malice.
Il est chez lui à Aston Villa, club historique sept fois champion d’Angleterre, champion d’Europe en 1982 et au palmarès vierge depuis presque trente ans. «Il disait rêver de disputer la Ligue des champions avec Villa à une époque où l’équipe ne prétendait pas se qualifier», souligne Quentin Gesp, expert des Villans qui voit en lui «leur meilleur gardien au XXIe siècle, c’est certain».
Je n’insulte personne. J’essaye juste d’aider mon équipe, je veux juste gagner. Je ne franchis aucune limite, je ne le fais jamais.
Emiliano Martinez dans les colonnes du Guardian en août 2024
Unai Emery n’en démordrait pas. L’histoire entre l’entraîneur basque et le sulfureux gardien avait pourtant mal débuté. «Je vais lui parler de certaines de ses célébrations», avait-il annoncé trois jours après la Coupe du monde 2022. Aujourd’hui ? «Je l’aime comme il est», assure Emery, qui voit en lui un homme «plus mature et responsable» qu’il y a deux ans et demi.
«Je n’insulte personne. J’essaye juste d’aider mon équipe, je veux juste gagner. Je ne franchis aucune limite, je ne le fais jamais», jurait Martinez en août 2024 dans les colonnes du Guardian . Dans un entretien au quotidien argentin La Nacion, Lloris se voulait bon joueur en mars dernier : «Il défend son but, son pays, son club. Il a tout pour être l’un des meilleurs, voire le meilleur gardien de l’histoire de l’Argentine. J’ai beaucoup de respect pour lui et je suis heureux de sa situation.»
Également vainqueur de la Copa America en 2021 et 2024, Martinez a écrit la légende de l’Albiceleste. Avec presque autant de roublardise que de talent. Lucas Hernandez et Ousmane Dembélé, acteurs du dramatique scénario à Doha, savent mieux que quiconque à quoi s’en tenir mercredi. D’autant que Martinez a bâti sa réputation sur les grands rendez-vous. À Lille en 2024, «ils m’avaient sifflé pendant 120 minutes», s’est-il souvenu. «Je maîtrisais parfaitement la situation.» La France déteste Martinez, et Martinez s’en accommode très bien.
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