RENCONTRE – Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a dressé un vaste état des lieux des futurs Jeux dans les Alpes françaises, sans esquiver aucun sujet.
Rendez-vous était pris ce mardi quai de Grenelle pour un déjeuner avec Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui avait décidé de réunir quelques journalistes pour faire un point sur l’organisation des futurs Jeux olympiques 2030 dans les Alpes françaises. Comme d’habitude avec le Marseillais, le ton fut très libre, sans langue de bois, et avec un humour à même de désamorcer tout sujet potentiellement sensible.
Cyril Linette directeur général du COJOP ?
«J’ai l’impression qu’il a bien les faveurs de M. Grospiron. Personnellement, je ne le connais pas mais je fais confiance à ceux qui sont en charge et je les laisse travailler. Parce que j’estime que pour que les choses marchent, il faut que les gens à qui on a donné le pouvoir puissent l’exercer. Et j’ai toujours dit, à chacune de nos réunions avec M. Grospiron, qu’il pourra compter sur mon aide et qu’il n’y aura aucun problème. C’est lui le patron.»
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Ses relations avec Edgar Grospiron
«Tout se passe très bien. Je pense qu’il fera parfaitement l’affaire parce qu’il veut bien traiter tout le monde, et qu’en même temps, il sait très bien ce qu’il veut. Et c’est exactement ce type de gestion qu’il faut. Je l’ai souvent au téléphone ou l’on se voit mais ce n’est pas pour intervenir ou le contrôler, juste pour savoir où l’on en est. Je n’interviens pas, sauf là où je suis en fonction, à savoir sur la Solideo (il en est le président pour un an), dont les débuts – le 14 avril prochain à Marseille – marqueront le second vrai départ de ces JO 2030 après la naissance du COJOP à Lyon.»
Les premiers dossiers chauds de la Solideo
«Les premières délibérations importantes concerneront les deux villages olympiques, à Nice et à Briançon, le bobsleigh à la Plagne et la patinoire de Nice. Les processus sont déjà engagés et les moyens financiers mis en place. Donc on n’a pas traîné. Après, il y a l’autre volet qui concerne le Parlement et la loi olympique qui est prête ou presque. Ce n’est pas le plus difficile de la mettre en place, mais il faut réussir à la mettre à l’agenda et la voter. Néanmoins, même sans elle aujourd’hui, cela ne nous gêne pas pour avancer à notre niveau pour l’instant. Simplement, tout ce qui n’a pas déjà été engagé, avec des études de faites ces deux dernières années, ce ne sera pas possible de le réaliser en temps et en heure. Déjà que sur certains dossiers déjà lancés, nous serons limite, comme sur le Fort des Têtes à Briançon (pour le village olympique). Il faudra voir dossier par dossier, même si l’immense majorité ne concerne que l’aménagement de ce que l’on a déjà, ce qui explique pourquoi nous aurons les Jeux les moins chers de l’histoire.»
La répartition entre le Nord et le Sud
Au départ, j’avais les Jeux en entier dans ma région mais pour séduire le CIO, il nous fallait la participation des Alpes du Nord. Quand il a fallu partager avec Laurent (Wauquiez), il m’a dit : «je ne te donne rien, car on les a déjà faits trois fois et on sait tout faire.» Je lui ai répondu : «Dans ce cas-là, je me présenterai sans toi, comme ça, on perdra tous les deux.» Du coup on a été obligé d’arbitrer, et nos arbitrages valent ce qu’ils valent. Cela n’a pas toujours été simple car Laurent m’a demandé ce que je voulais, et je lui ai dit que je voulais sans doute la même chose que lui, comme la cérémonie d’ouverture ou tout le ski alpin. Mais à un moment, on a essayé d’être intelligent. Dans ma région, je vois bien que je suis sous-doté en termes d’organisation de compétitions mondiales en ski alpin ou dans d’autres disciplines, sauf en patinage à Nice. Donc tout s’est mécaniquement mis en place et je n’allais pas me rouler par terre en disant que je voulais la descente. Une fois que vous êtes en bonne intelligence et que vous n’êtes pas stupides, ça s’est passé assez naturellement parce qu’on a des forces et des faiblesses les uns et les autres. Il n’y a que la question de la cérémonie d’ouverture qui a été un peu plus délicate, mais je ne voulais pas me battre toute la journée, ça ne servait à rien.»
Les sports additionnels dans les Alpes du Sud
«Il a toujours été dit, et validé depuis le début, que tous les sports additionnels, quels qu’ils soient, seront dans le Sud. Je me permets de rappeler ce qui a été posé dans la maquette initiale. Et nous nous étions engagés à ne pas parler de ces sports additionnels. Il y a d’autres contingences pour le choix de ces disciplines additionnelles qui sont médiatiques, avec un avenir pour la montagne… Toutes sortes de paramètres, et chacun prêche pour sa paroisse en expliquant qu’ils ont un grand nombre de licenciés… Mais nous n’en sommes pas encore à faire un choix. Cela sortira plus tard, probablement dans un peu moins d’un an.»
Val d’Isère incorporé dans la carte des sites
«On verra. Il y a la question du coût. L’ajout de Val d’Isère, c’est minimum 25 ou 30 millions. Si après, il n’y a pas les sous pour le reste. Le match n’est pas encore fait. C’est la même chose pour la question des sports additionnels. Dans ma région, tout le monde veut le kilomètre lancé, car on a une piste qui est prête, avec un triple champion du monde. Alors évidemment, j’ai du mal à dire non mais rien n’est écrit.»
Pas de patinage de vitesse en France ?
«Non. C’est trop cher – environ 50 millions d’euros -, ce n’est pas usable. Donc on va trouver une solution et Edgar va partir en Hollande et en Italie pour voir comment on peut faire avec eux. En tout cas, le CIO ne nous impose rien. Il faut réinventer les Jeux. C’est ça qui est intéressant.»
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Son regard sur les oppositions
«J’entends plutôt que du bien. Globalement, il y a une réelle adhésion. On a fait une étude (ClimSnow) avant de se lancer dans cette aventure, qui a concerné la totalité de nos massifs, station par station, pour savoir où il y aura de la neige et où il n’y en aura pas. La synthèse est assez simple : plus vous êtes bas et/ou plus vous êtes exposés au soleil, et moins il y a de neige. Mais à une certaine altitude, avec la bonne exposition, il n’y a aucun problème. Néanmoins, vous avez toujours des gens qui sont contre. Ils ne sont pas très nombreux mais ils font du bruit. Pourtant, même la députée LFI de Briançon veut les Jeux. Donc je suis très enthousiaste, et je ne crains pas tellement nos oppositions. Pourquoi ? Parce qu’ils ont parfois raison. Il faut faire de la pédagogie aussi, expliquer pourquoi on fait ça, échanger…. C’est pour cela qu’on a lancé le Parlement des Jeux, un organe consultatif qui aura pour but de nous donner des idées et de laisser à chacun la possibilité de s’exprimer, positivement ou négativement. C’est une forme de co-construction.»
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