En peignant Pintura, réalisé entre 1925 et 1927, Joan Miró aurait choisi d’effacer volontairement un art qu’il jugeait trop traditionnel et l’héritage bourgeois de sa famille, selon certains experts.
Une prouesse scientifique qui démontre une rupture avec la tradition. Une analyse aux rayons X d’une toile de Joan Miró, conservée à la Fondation consacrée au peintre à Barcelone, vient de révéler une surprenante découverte : sous les formes abstraites caractéristiques de l’artiste espagnol, se cache un portrait de sa propre mère, Dolors Ferrà i Oromí. Pour la Fondation, cette découverte n’est pas la preuve que Joan Miró voulait célébrer ses racines, mais plutôt qu’il souhaitait tourner le dos à la peinture traditionnelle.
Intitulée Pintura, cette petite huile sur toile dominée d’une couleur bleu cobalt a été peinte par Joan Miró entre 1925 et 1927, avant d’être offerte à son grand ami, le promoteur d’art Joan Prats. Cinq ans après la mort du promoteur en 1970, le tableau a rejoint la collection de la fondation Joan Miró, basée à Barcelone. Selon The Guardian, les experts de la fondation, dirigés par la conservatrice Elisabet Serrat, ont décidé il y a un an d’analyser en profondeur le tableau. Une radiographie de 1978 avait déjà laissé entendre que quelque chose d’autre se cachait sous les coups de pinceau de Miró.
« Nous avions une image de bonne qualité du portrait, qui ressemblait presque à une photo. »
Elisabet Serrat, conservatrice à la Fondation Joan Miró.
À l’aide des rayons X, de la lumière ultraviolette et infrarouge et d’imagerie hyperspectrale, l’équipe d’Elisabet Serrat et plusieurs organisations, comme le Centre de restauration de Béns Mobles et l’Université Pablo de Olavide de Séville, ont découvert le portrait d’une femme. « Nous avions une image de bonne qualité du portrait, qui ressemblait presque à une photo », explique Elisabet Serrat, « mais nous ne savions pas de qui il s’agissait ».
R.Maroto / R.Maroto
Quelques semaines plus tard, la conservatrice s’est rendue dans l’un des ateliers du peintre sur l’île des Baléares. Elle a alors découvert un portrait de 1907 signé par l’artiste Cristòfol Montserrat Jorba. Non seulement le visage correspondait à celui de la femme sur les radiographies de Pintura, mais son nom était enfin identifié : Dolors Ferrà i Oromí, la mère de Miró.
Pourquoi l’artiste a-t-il choisi d’effacer ainsi le visage de sa propre mère ? Les spécialistes avancent plusieurs hypothèses. Celle de la Fondation Joan Miró suggère que le peintre, en pleine période de rupture avec la peinture traditionnelle et l’héritage bourgeois de sa famille, aurait voulu symboliquement tourner la page en effaçant la figure maternelle au profit d’une œuvre moderne et radicalement différente.
Le tableau en question sera présenté dans l’exposition Sous les couches de Miró. Une enquête scientifique, qui ouvre ses portes ce jeudi 27 mars à la Fondation. L’exposition présente des dessins préparatoires réalisés par Joan Miró entre 1924 et 1926, des notes originales du peintre, ainsi qu’une liste de matériaux utilisée pour réaliser Pintura. Les visiteurs pourront aussi comprendre dans les détails le processus d’analyse de l’œuvre grâce aux images obtenues avec la photographie infrarouge et les rayons X.
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