Avant le lancement du Tournoi 2025, le sélectionneur tricolore a justifié ses choix pour affronter le pays de Galles. Et évoqué la forte attente qui entoure le XV de France.
La crainte d’un retard à l’allumage ?
«Lors de chaque tournoi, c’est impossible de prévoir ce qui va se passer et c’est vrai que l’an dernier on a commencé par une défaite à domicile face à l’Irlande, à Marseille. Un match où on a joué à 14 quasiment plus d’une mi-temps avec beaucoup de faits de jeu qui ont fait que le match a été très difficile à vivre. On apprend beaucoup de ces moments-là. On apprend beaucoup aussi du Tournoi passé où il a fallu se battre toute la compétition pour avoir un dernier match qui nous donnait le droit, lors de la dernière journée, de potentiellement gagner le tournoi ou de finir second ce que nous avons fait. Ce sera encore un Tournoi âpre, pour cette sixième compétition. Notre staff a maintenant une connaissance et un vécu qui nous permettent d’améliorer notre préparation. On se prépare encore mieux que précédemment, les évolutions c’est notre méthodologie de travail avec des nouveaux outils, une nouvelle vision sur le rugby. Il y a une cohérence, on a des joueurs qui vivent cette compétition depuis six ans et ce n’est pas négligeable. On a longtemps été, entre guillemets, une équipe qui avait peu de vécu au niveau international. Même si on est toujours sur un niveau de 20-25 sélections, là c’est 24 sélections sur la feuille de match, mais il y a un vécu qui commence à se densifier. On a le sentiment d’être prêt.»
Un échec de ne pas gagner ?
«Je préfère parler déjà de vivre le Tournoi, de le jouer… On est à J-2, ce sont des journées très belles à vivre pour les joueurs qui sont sélectionnés. On a annoncé la sélection hier (mardi) et c’est toujours un moment particulier. Le fait d’annoncer l’équipe c’est un moment très important, il y a d’autres mots à employer que celui-ci (échec), en tout cas aujourd’hui, à deux jours de l’ouverture du Tournoi. Nous sommes toujours très ambitieux, nous sommes toujours dans une préparation sans concessions, nous sommes très exigeants, nous avons une grande volonté de réussir et elle est partagée avec les joueurs.»
La pression du résultat
«Je l’entends, c’est une sorte de bruit de fond récurrent que j’entends et qui me va très bien, que je respecte. Cette équipe de France performe énormément depuis 2020, avec 80% de victoires sur 55 test-matches. Pour moi, c’est une performance hors normes jamais réalisée. J’entends aussi que ça fait cinq Tournois et que dans ces cinq Tournois, vous n’avez qu’un Grand Chelem et une première place ex aequo en 2020… Mais trois places de second pour moi, c’est très bon, c’est excellent. Bien sûr, on a envie de faire mieux, il faut être objectif sur notre ambition et nous voulons faire mieux. Nous allons continuer à grandir, à progresser, mais c’est impossible dans le sport de haut niveau vu les aléas que nous avons rencontrés par le passé. On a 11 défaites en 55 matchs, 7 défaites inférieures à moins d’une marque, 4 défaites supérieures à une marque, ça veut dire que dans les sept défaites on était dans la partie pour encore pour remporter ce match.»
Derrière ma confiance, il y a une réalité et pas uniquement quelque chose qui est très éphémère et qui peut s’évaporer en un match
Le choix de Roumat en deuxième ligne
«Le choix d’Alexandre Roumat, c’est d’abord dû au forfait de Thibaut Flamand en début de semaine dernière et Alexandre remonte naturellement à ce poste-là. Il postule aussi avec nous aussi au poste numéro 8 puisqu’il joue troisième-ligne centre régulièrement au Stade Toulousain. Il a aussi un profil qui nous intéresse en deuxième ligne, avec sa spécificité qui est la touche, le déplacement, l’activité, sa capacité à tenir le ballon et à être un meneur de jeu. Ensuite, dans notre banc en 6-2 (six avants, deux arrières), il y a aussi Hugo Auradou qui a ce profil avec ce point fort qui est la touche, l’activité et le déplacement. Même profil de joueur, un peu moins expérimenté à l’heure actuelle.»
Le retour de la charnière Dupont-Ntamack
«Il y a toujours réflexion – hésitation, je ne sais pas si c’est le mot qui convient -, mais il y a toujours une grande réflexion. On ne s’épargne pas le fait de travailler sur la composition d’équipe au moins une fois par semaine, voire deux fois. Chacun raconte sa vision et ensuite on fait une synthèse donc il y a toujours un gros travail sur la composition d’équipe et notamment au sujet de la charnière. Aujourd’hui la charnière c’est Antoine Dupont – qui est le capitaine – et Romain Ntamack qui revient de blessure. On peut saluer son retour puisque son dernier match c’était face à l’Écosse (en août 2023). Aujourd’hui, il est prêt à rejouer avec le XV de France, cette charnière Dupont-Ntamack est alignée régulièrement en club. C’est une ancienne charnière qui a beaucoup d’expérience malgré son jeune âge et de vécu commun.»
L’importance de cette charnière dans l’histoire
«C’est intéressant puisque moi-même j’ai joué de 1991 à 2003. J’ai fait partie de la traditionnelle valse des charnières tricolores qui étaient souvent clouées au pilori lorsqu’il y avait une défaite. C’était très dur à mon époque de se maintenir en poste. On était toujours tenu responsables. Les quatre dernières années de mon mandat, c’était bizarre parce que tout était plus facile quand on sent la confiance pour de vrai… Parce que souvent on disait qu’on nous donnait les clés du camion mais on les enlevait après le match. C’était des camions de location. Et ça existe toujours pas mal aujourd’hui. On essaie de construire quelque chose de plus solide et de montrer que derrière ma confiance, il y a une réalité et pas uniquement quelque chose qui est très éphémère et qui peut s’évaporer en un match. Antoine et Romain doivent ressentir une forme de d’aisance, de liberté tout comme Nolann Le Garrec, Thomas Ramos et Maxime Lucu puisque nous faisons régulièrement appel à eux. On s’est rendu compte qu’il faut aussi se préparer à l’imprévu et donc on a des joueurs qui sont prêts à tenir la barre.»
FRANCK FIFE / AFP
Le choix de retenir Jégou et Auradou
«Alors il y a des questions auxquelles on a beaucoup répondu, vraiment, et ça fait six mois à peu près qu’on répond à ce sujet-là. J’ai beaucoup répondu aux médias. Aujourd’hui, c’est l’annonce de l’équipe de France et des joueurs qui vont jouer, qui méritent de jouer, qui performent et qui se sont préparés donc je vais me concentrer essentiellement sur ces réponses-là. Je crois qu’on a déjà beaucoup répondu et j’entends votre question mais on va se concentrer sur le match face au pays de Galles et les questions qui parlent de rugby.»
Les poids des absents
«Nous avons un groupe sur lequel on compte. Mais il y a aussi de l’émulation et les joueurs qui sont sur cette feuille de match doivent nourrir l’ambition de réussir, pour avoir le droit de rejouer le match suivant. La production de chaque joueur fait qu’on continue sur une cohérence, une stature, qui bouge. (…) Le rugby est un sport où l’on se blesse parfois gravement, où on se blesse beaucoup, il y en a besoin d’avoir un groupe de joueurs étoffé pour continuer à construire une équipe de France performante.»
Notre méthode profite aussi aux clubs, c’est le principe des vases communicants
Le bilan de la nouvelle charte sur le cadre de vie
«Non, honnêtement, ça ne fait pas partie des sujets sur lesquels il est nécessaire de répondre. Je préfère parler de notre capacité à nous remettre en question, à évoluer, à grandir, à comprendre les enjeux, à être intelligent. La charte (mise en place par la FFR), c’est une vision d’ensemble qui nous projette sur la suite et sur le futur et, pour le reste, je vous le dis : je préfère me concentrer sur l’excellent travail que réalise le staff et notamment William Servat dans la contribution à préparer les joueurs de manière très remarquable depuis maintenant 55 matchs. Ça continue et c’est encore mieux que précédemment.»
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La montée en puissance des jeunes joueurs
«C’est le rugby qui évolue tout simplement. C’est une combinaison en fait entre le travail des clubs, la formation, l’incidence des JIFF (joueurs issus des filières de formation) qui permet à nos jeunes joueurs de jouer de manière plus régulière. On va dire aussi que la méthode de travail à 42 joueurs que nous avons construit en 2020 permet à de jeunes joueurs de venir voir ce qui se passe à ce niveau-là, de vivre pendant trois-quatre jours l’expérience de l’équipe de France, de s’entraîner, de repartir en club, de transmettre un message. C’est la relation qu’on a tissée avec les clubs et je pense sincèrement que les clubs nous nourrissent et que nous nourrissons les clubs qu’il y a une relation entre le haut niveau fédéral et le très haut niveau des clubs, la première division et aussi la deuxième division. Depuis six ans, cette méthode de travail infuse. On se nourrit énormément des clubs, on prend beaucoup à Toulouse, Bordeaux, La Rochelle qui performent énormément. Cette méthode profite aussi aux clubs, c’est le principe des vases communicants.»
Des Gallois en perte de vitesse
«On a eu l’habitude de jouer face à une équipe du pays de Galles qui avait dominé les trois derniers mandats avec l’Angleterre à partir de 2020. Le rapport de force s’est inversé. Ils ont encore des joueurs qui ont vécu les dernières épopées… Ils ont vécu cette grande époque galloise et puis il y a des jeunes joueurs qui débarquent qu’on connaît moins. Sur le papier, c’est vrai qu’on a l’impression qu’il y a il y a dans le rugby gallois une transition qui est difficile puisqu’ils sont sur une série de défaites importante (12) et qu’ils performent moins depuis 2021. Mais ce qui fait la beauté de cette compétition, c’est qu’on a souvent assisté à des performances radicalement différentes d’une année à l’autre. Il y a des équipes qui renaissent de leurs cendres. C’est une compétition assez longue, une forme de sprint comme un 400 mètres. Le match d’ouverture reste toujours très particulier.»
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