Après Michel Barnier, le ministre du Budget prédit lui aussi «une crise économique et financière» en cas de censure du gouvernement

Une censure fragiliserait la France sur les marchés financiers, entraînant une envolée des taux d’intérêt de la dette publique, a prédit Laurent Saint-Martin.

Pas besoin de «shutdown» pour avoir un pays «en crise». Au micro de France Inter ce matin, le ministre chargé du Budget et des Comptes publics, Laurent Saint-Martin, a coupé court au débat sur l’impact d’une éventuelle censure du gouvernement. «Ce serait une tempête pour le pays. Le financement de notre endettement serait confronté à des taux d’intérêt en hausse et ça a un coût direct pour le quotidien de nos concitoyens», a-t-il déclaré. Le gouvernement de Michel Barnier alerte depuis samedi sur les conséquences financières d’une censure qui serait votée conjointement par le Nouveau front populaire et le Rassemblement national. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait notamment dit samedi redouter une crise financière et «un scénario à la grecque», dans lequel les fonctionnaires ne seraient pas payés au mois de janvier. Un scénario catastrophe de «shutdown» à l’américaine. 

Alors que plusieurs parlementaires, dont Marine Le Pen, sont remontés contre ces déclarations jugées trop alarmistes, le ministre du budget a rappelé ce matin le poids de la dette et a tenu à préciser les propos du gouvernement. «Il n’y a pas besoin d’un shutdown pour être en crise économique et financière», a-t-il déclaré. Comme le rappelait la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet hier, «le gouvernement peut présenter au parlement une loi spéciale pour prélever les impôts à partir du 1er janvier», mais, sans budget, le gouvernement n’aurait pas les moyens de «mettre en place les mesures pour redresser nos comptes, tout simplement», ajoute Laurent Saint-Marin. 

Crainte d’une envolée du déficit public

S’il souligne la robustesse, reconnue, de l’économie française, le ministre alerte sur l’avènement d’une crise financière et une perte de contrôle du déficit. «Le déficit public de notre pays va continuer de se creuser. On va arriver à 60 milliards d’euros par an rien que pour les intérêts de notre dette, est-ce qu’on veut arriver à 70, 80 milliards ? Non.» D’autant que le «spread» franco-allemand, soit l’écart entre les taux d’emprunt de la France et de l’Allemagne sur les marchés financiers, atteint déjà 0,83 point de pourcentage. 

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a prévenu mardi 26 novembre des risques que pouvait avoir «la confusion» autour de la manière dont la France allait «réduire (ses) et maîtriser» sa dette, qui «aurait un coût sur les emprunts de la France et des Français». «Les investisseurs qui prêtent à la France, et les Français eux-mêmes – qu’il s’agisse des entrepreneurs ou des ménages – attendent de la clarté, de la confiance, sur comment nous allons réduire nos déficits et maîtriser notre dette», a-t-il dit, à l’occasion de la conférence Investir Day. Les menaces de censure semblent un mauvais signal, à quelques jours du verdict des agences de notations qui se prononceront vendredi. 

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