ENTRETIEN – Le mode de scrutin privilégié sous la IVe République — en 1946, 1951 et 1956 — fait la part belle à la proportionnelle, dont la portée est tempérée, à partir de 1951, par le mécanisme des « apparentements ».
Professeur de droit public à l’université de Strasbourg, Julien Jeanneney publie Contre la proportionnelle dans la collection « Tracts » de Gallimard.
LE FIGARO. – L’histoire démocratique française, étroitement associée au scrutin majoritaire, n’a connu que trois expériences de proportionnelle. Quelles en étaient les circonstances ?
JULIEN JEANNENEY. – Les puristes vous diraient que la proportionnelle intégrale n’a jamais été appliquée en France. Il s’agissait essentiellement de scrutins de liste avec une forte dimension proportionnelle, toujours à l’échelle du département. La première expérience intervient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les élections législatives de 1919 débouchent sur la chambre « bleu horizon », et celles de 1924 suscitent le Cartel des gauches. C’est un mode de scrutin extrêmement compliqué, que les candidats eux-mêmes ne comprennent parfois pas, dont les résultats ne sont guère lisibles. Il est donc abandonné ensuite. 
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