INFOGRAPHIES – De 2016 à 2022, la capitale française «connaît la deuxième plus forte baisse de population, en pourcentage, parmi les communes de plus de 100.000 habitants», derrière Mulhouse, selon une étude de l’Insee.
Paris séduit les touristes du monde entier… mais perd de plus en plus d’habitants. Ce constat paradoxal a été confirmé une nouvelle fois, la semaine dernière à l’occasion de la publication d’une étude de l’Insee. Portant sur l’évolution de la population des communes de l’Hexagone, celle-ci constate le recul persistant du nombre d’habitants de la capitale française, depuis plusieurs années, à rebours des autres grandes villes.
Dans leur note, les statisticiens nationaux rappellent d’abord que Paris reste, de loin, la ville la plus peuplée de l’Hexagone, avec 2,11 millions d’habitants au 1er janvier 2022. Derrière figurent notamment Marseille – 877.215 habitants -, Lyon – 520.774 habitants – et Toulouse – 511.684 habitants. Mais si toutes les grandes villes de province gagnent des habitants, la capitale connaît une dynamique opposée. Son taux d’évolution annuel moyen est ainsi le seul à être négatif, sur la période 2016-2022. Pire encore, celui-ci s’est aggravé par rapport à la période précédente, de 2011 à 2016. Et ce, alors qu’il s’est amélioré dans certaines villes, comme Nice, Montpellier ou Strasbourg, ou qu’il s’est maintenu à Toulouse, Marseille ou Lille.
«Paris connaît ainsi la deuxième plus forte baisse de population, en pourcentage, parmi les communes de plus de 100.000 habitants», derrière Mulhouse, résument les statisticiens. Une situation qui s’explique par un solde migratoire apparent – la différence entre les entrées et les sorties du territoire – largement négatif, ainsi qu’à un solde naturel moins dynamique. Le dynamisme économique de la ville, son prestige, sa beauté ainsi que la concentration des lieux de pouvoir dans les rues parisiennes, ne suffisent pas à juguler la fuite des locaux.
Une spécificité parisienne
L’évolution de la population dans la capitale s’inscrit dans un contexte global de ralentissement de la croissance de la population française : celle-ci est ainsi passée de 0,44%, de 2011 à 2016, à 0,35% sur la période suivante. Soit une perte d’environ 53.000 habitants supplémentaires en six ans. Sans surprise, tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne : les littoraux restent attractifs, de même que les métropoles régionales, alors qu’une «large diagonale allant du nord-est au sud-ouest concentre les évolutions les plus défavorables», victime d’un exode rural.
Le cas parisien reste toutefois spécifique, puisque les zones urbaines voient leur population augmenter, selon l’Insee. Les grands centres urbains ont même le taux d’évolution le plus dynamique, grâce à de nombreuses naissances, même s’ils souffrent d’un solde migratoire globalement négatif. «Dans l’ensemble, la croissance de la population est deux fois plus élevée dans l’urbain que dans le rural entre 2016 et 2022, alors qu’elle était identique sur la période 2011-2016», précisent les statisticiens. À l’échelle régionale, par ailleurs, la population de l’Île-de-France croît, mais moins qu’entre 2011 et 2016. La faute, là encore, aux exodes de population, contrebalancés par des naissances dynamiques.
L’étude de l’Insee n’explique pas la décrue de la population parisienne, un phénomène connu de longue date : le nombre d’habitants a ainsi reculé de 6% environ entre 2011 et 2022. Coût de la vie dans la capitale, cherté des loyers, fécondité plus basse des femmes davantage cadres que la moyenne nationale, manque d’espaces verts… De nombreuses causes sont fréquemment avancées, et la pandémie de Covid-19, en donnant des envies d’ailleurs aux Parisiens, a accentué ces tendances. Jusqu’à entraîner une mutation d’ampleur : «Quand on prolonge ces tendances, Paris va repasser sous les deux millions d’habitants» entre 2050 et 2059, expliquait dans nos colonnes Mustapha Touahir, directeur des études pour l’Insee Île-de-France, en commentant des projections établies par les statisticiens nationaux en 2022.
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La mairie relativise
Ces chiffres préoccupants interviennent alors que la fréquentation touristique de Paris reste à des niveaux très élevés. L’an dernier, 39,6 millions de nuitées hôtelières ont été enregistrées, en hausse de 5% par rapport à 2022 ainsi qu’à la période pré-Covid. Cette année, le bilan sera plus mitigé, les Jeux olympiques et paralympiques ayant refroidi certains visiteurs : «Entre janvier et septembre 2024, Paris Île-de-France a accueilli 24 millions d’arrivées hôtelières, soit un recul de -5,3% par rapport à 2023 et de -10,1% comparé à 2019», relève ainsi l’Institut Paris Région, dans son dernier bilan de l’activité touristique. Mais l’attrait de la capitale reste solide, dans le cœur des visiteurs étrangers.
De son côté, la mairie relativise le constat dressé par l’Insee. Interrogée en février 2023 sur la fuite des Parisiens, Anne Hidalgo a préféré y voir une «dédensification» de la capitale, ainsi qu’une «nécessité, pour qu’on puisse mieux vivre à Paris». Avant d’admettre que «ce n’est pas une bonne nouvelle qu’une capitale se vide». Un constat lucide, alors qu’entre son élection, en 2014, et 2022, dernières données en date, Paris a perdu quelque 5% de sa population.
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